26/01/2016

De l'Égalité et de la Conscience (XVI)

Angel, Persian miniature (1555).jpgJ'ai essayé, les deux dernières fois, de montrer que l'idée de la liberté absolue de Dieu, telle que le déploie le Coran, pouvait renvoyer par reflet à celle de l'homme, si elle était mêlée intimement à l'humanisme occidental.

Une idée d'égalité des hommes devant Dieu peut également être sensible dans ce texte, notamment à travers l'image des anges scribes, rédigeant dans un livre les bonnes et les mauvaises actions de chacun, avant de le lui présenter à la mort. Chacun est redevable de ses actions, non selon son rang ou sa nation, mais selon les choix qu'il fait.

Or, cela nécessite l'égalité devant la loi. L'homme qui ne bénéficie pas des mêmes droits que les autres pourrait-il être imputé d'un crime au même degré que les autres? S'il n'a pas bénéficié du droit au logement, peut-on lui reprocher d'avoir cambriolé au même titre qu'au propriétaire d'un palais? S'il n'a pas bénéficié du droit à la nourriture, pourra-t-on lui reprocher d'avoir volé au même titre qu'à un riche? C'était le thème des Misérables de Victor Hugo: l'homme qui, pour nourrir sa famille, avait volé un pain et avait été condamné au bagne, jamais n'avait été abandonné par sa vivante conscience.

L'égalité devant l'ange implique que tous bénéficient des mêmes droits: le logement, la santé, l'éducation, la nourriture. Pensons à ceci, que si l'éducation est insuffisante, l'idée que nul n'est censé ignorer la loi est dénuée de sens. Si nul n'est censé ignorer la loi, c'est que le gouvernement doit assurer à chacun la possibilité de la connaître. C'est sur lui que tombe l'obligation.

Au dix-neuvième siècle, l'archevêque de Chambéry, Alexis Billiet, estimait impossible de suivre les préceptes de l'Évangile si on ne savait pas lire et écrire. L'instruction était regardée par lui comme une obligation d'État.

Ces droits égaux ne veulent pas dire qu'il faut refaire le monde pour que les gens aient tous les mêmes maisons, les mêmes corps, les mêmes revenus: raisonner de cette façon, c'est aller jusqu'à la déresponsabilisation de l'individu, en attribuant ses fortunes ou ses infortunes au seul hasard qu'il faudrait réformer.

Commettre des actes illicites, en effet, relève bien de l'infortune. Là encore l'image de l'ange qui note les ob_c22dda_img-9744.JPGbonnes ou les mauvaises actions vient sauver de l'illusion du matérialisme, selon laquelle l'individu serait dénué de responsabilité morale. Mais elle le fait sans rompre l'idée de l'égalité: si chacun a avec lui sa conscience, nul ne mérite des droits inférieurs, l'univers lui ayant donné les mêmes chances qu'à tous. Car la conscience n'est pas un instrument de condamnation, mais plutôt de consécration individuelle: l'ange invite, comme disait François de Sales, à suivre le bon chemin.

Henry Corbin dit que dans la littérature ésotérique iranienne, l'ange a une aile claire qui va vers le haut, une aile sombre qui va vers le bas. François de Sales disait qu'il montrait le haut lumineux et paradisiaque et le bas ténébreux et infernal. Non seulement il invite à connaître les lois, mais aussi leurs effets.

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