25/03/2016

Une étrange vision (XX)

defense-tour-t1-vue-paris-nuit.jpgUn soir de novembre 2015, j'étais en voiture à Genève, une fois de plus bloqué par d'interminables embouteillages. J'avais mis la radio, mais elle m'avait ennuyé, et j'écoutais désormais un de mes disques de musique classique. Je crois que c'était du violoncelle, et que Jean-Sébastien Bach était le compositeur.

Je me souvins des soirées passées chez un oncle, à Neuilly-sur-Seine, à l'époque où j'étais étudiant à Paris; il m'offrait de gros cigares, et nous les fumions en écoutant les mêmes pièces dans son appartement propre et luisant de l'île de la Jatte. Par la fenêtre on apercevait les tours de la Défense, lumineuses tandis que la nuit tombait.

Je songeai à Paris, à l'atmosphère du bois de Vincennes et de la forêt de Fontainebleau, à l'Île de France qui parfois me manque, même s'il s'en dégageait une mélancolie pesante - et même si, à Paris, je me languissais au contraire de la Savoie, de la neige qui tombe dans la vallée du Giffre, et de la pluie, aussi, au mois d'août - se mêlant dans mon souvenir aux forêts alpines, aux cascades, aux torrents. Car quand j'étais petit je vivais dans la région parisienne mais j'allais régulièrement à Samoëns, le village de mes ancêtres, et mes premiers souvenirs et mes premières émotions conscientes remontent à ce temps.

Je songeai aussi aux attentats qui s'étaient déroulés récemment, et je m'imaginais les âmes arrachées inopinément à la Terre, surprises et décontenancées, ne sachant où elles se trouvaient, ni où se diriger, craignant ici le froid, là des foyers de chaleur brûlants. Je me représentai le quartier qui avait vu se fermer leurs yeux à jamais, et que je connaissais un peu. Devant moi une grosse voiture noire avait mis son feu orange. Il clignotait sans fin; la file n'avançait pas.

Puis je ne vis plus que ce feu orange clignotant parmi les lueurs rouges des feux arrière. Ces lumières dans mon esprit devinrent énormes, et je fus comme fasciné. Le monde disparut devant moi. Les feux eux aussi s'estompèrent. Je me sentis comme entouré de ténèbres.

Je prenais peur, mais devant moi je vis une lueur, qui était blanche, et qui me faisait penser à la lune. Elle grossit, et je pus y reconnaître une fontaine; c'était comme une eau brillante qui devant moi faisait une cascade silencieuse, coulant doucement d'un lieu que je ne distinguais pas.

Je la vis venir jusqu'à mes pieds, les longer, et continuer derrière. Sur la rivière qui s'était ainsi créée, je vis un point particulièrement luisant, comme une étoile. Il grossit, et je reconnus en lui un étrange navire, petit, mais bâti à l'ancienne: une voile gonflée le poussait. Il glissa mollement sur l'onde, et s'avança jusqu'à moi. Il était clair et beau, et nulle jointure ne se trouvait entre ses planches, comme si on l'avait taillé dans un seul tronc; car il était bien en bois, mais d'un bois luisant et fin.

Je m'aperçus qu'il y avait quelqu'un sur le pont, qui me regardait. Je reconnus une femme. Elle était vêtue d'un voile blanc, et d'une robe, blanche également; une clarté se dégageait d'elle. Ses yeux étincelaient, jetaient des feux, et leur couleur indéfinissable agitait dans son iris comme des paillettes d'or. Elle fixa le regard sur moi, et sans qu'aucun membre d'équipage se fût manifesté, je vis une passerelle sortir du navire, et se poser devant mes pieds sur le rivage dès que l'esquif se fut arrêté.

Poussées par je ne sais quelle force inconnue, mes jambes me tirèrent vers cette passerelle et m'emmenèrent à bord. Quand je fus parvenu sur le pont, la femme me regarda encore, et puis, finalement, sourit. Alors un souffle venu de l'avant du bateau le retourna doucement et le poussa vers la source de la rivière, dont il était descendu.

(À suivre.)

09:32 Publié dans Education, France, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

ET tout ça au volant d'une voiture...

Écrit par : Pierre Jenni | 25/03/2016

Je lis ce texte comme une courte nouvelle,très bien structurée où tout émerge peu à peu de l'enfance,de cette brume parisienne et de la neige savoyarde..soudain la vision d'un petit bâteau et une femme...L'eau,la lune ,la blancheur..Des symboles de la féminité?
J'attends donc la suite...
Que voulez-vous dire ?Je ne sais pourquoi mais la description de cette vision sonne faux...c'est certainementt moi qui ..
Je voudrais bien lire la suite!
Joyeuses Pâques,malgré tout!





pas à

Écrit par : Mendousse-Pineau | 26/03/2016

J' ai écrit un commentaire.Tout s'est dissipé dans votre vision de la femme ..

Écrit par : Mendousse-Pineau | 26/03/2016

La suite? viendra...

En 1969, un soir, à moitié endormie il me revint en tête que petite fille environ sept ans, un matin, je descendis dans la salle é manger de mes grands-parents, à Lausanne, je montai deux stores légers, comme nos deux yeux, le troisième lourd, terriblement (éventuel troisième œil).
Je vis le lac, les montagnes (moi venant des quartiers gris de Paris) la beauté pure.

Puis les fleurs devant moi prirent des couleurs plus violentes.

Je ne pouvais plus bouger.

Comme un gaz ou une présence mais sans personne se fit sentir depuis ma droite.

Soudain je vois un feu.
Une petite flamme, un peu comme une virgule, s'en détacha puis vient sur ma tête.

Je m'évanouis.

Quand je reviens à moi me "relevant" en me mettant sur les genoux mais non avec l'idée de prier je réalise que j'ai une douleur au cœur tant affective que physique.

Une voix venant du tréfonds de mon coeur me dit: "Je ne t'abandonnerai jamais"

J'ai passé des années (au moins trente ans) à chercher le fin fonds de cet événement. Je lus qu'il y a des rêves qui nous impressionnent tellement que nous pensons avoir vécu ce que nous avons rêvé.
Mais je n'ai pas tout dit.

Je souffrais d'une névrose affective.
Le lendemain de cette vision, habitant dans la villa en question, je redescends dans la salle à manger de mes grands-parents. La voix (du tréfonds de mon cœur, toujours) me demande ce qui, enfant, me touchait le plus dans cette salle à manger.
Je réponds, mentalement, toujours, "la grande table noire qui mm faisait penser aux cheveux de Blanche-Neige avec, par-dessus, un tapis en velours rouge évoquant la mer rouge (qu'enfant j'imaginais rouge) avec le passage dit des Hébreux.

Ainsi débuta une sorte d'auto-psychanalyse (transfert se portant sur un médecin homme en blanc qui entre autres personnes de mon passé de famille - également une prof cheftaine éclaireuse commissaire nationale: totem Kangourou (porte ses petits) également "homme en blanc" comme Jésus (les films ont présenté Jésus parfois habillé comme tout le monde ou à peu près mais les travaux de Bordeaux-Szekely nous ont appris que le Vatican "retient" un Evangile essénien de Jésus lesquels Esséniens grands amoureux de la rosée portaient une magnifique tunique blanche sans coutures). Psychanalyse didactique. J'étudiai dans les ans qui suivirent principalement Freud, incontournable (Dolto comme Lacan finalement "de retour")
Bettelheim, Jung, Dolto, Manoni et d'autres mais il va de soi que la vision de Lourdes me passionna à commencer par le fait que Massabielle pour le folklore était pour les fées lieu de passage.

Représentée cette vision se peut, avec deux montagnes formant un m ou un M en haut au centre forme un creux (féminin) ou également une coupe.
Le feu, rond (perle, symbole du Royaume des Cieux selon Jésus) peut représenter, entre de nombreux autres symboles, une hostie consacrée en ce cas présentée en cours de messe comme le "corps du Christ".

L'Evangile fait dire à Jésus qu'à cause de lui les uns se battront contre les autres.

Si un psychiatre après entretien prolongé suivant un autre où il avait parlé de "grave névrose affective" me déclara guérie (je l'ai vu confirmer dans ma vie malgré quelques heurts et malheurs) l'un de mes fils auquel j'avais pensé devoir raconter cette vision pour dire simplement "sans rien imposer" qu'avec les Ecritures tout n'est pas forcément que mensonges me rejette, comble, avec "conviction"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27/03/2016

Merci pour ces témoignages et commentaires, mesdames et Pierre.

Ici il s'agit de l'entrée dans une conscience de rêve, peut-être que je me suis assoupi au volant, j'essaie de rendre au mieux une sorte de rêve. L'image créée par le rêve cristallise un influx moral, une force morale présente dans le monde. Une sorte d'émanation angélique.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/03/2016

Et joyeuses Pâques à vous tous. La suite viendra, si Dieu le permet.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/03/2016

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