08/05/2016

La victoire du génie d'Or (XXII)

11401048_938394076181988_5695528069137458493_n.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le bateau étrange, dans lequel je raconte que des monstres avaient attaqué un bateau sur lequel je me trouvais et qu'un être lumineux venait d'en foudroyer deux.

Il bondit, et une sorte de vapeur d'or mêlée de reflets bleus le suivait. Il assena, de son bâton luisant, dont il se servait comme d'une arme, des coups formidables sur les démons qui entouraient la femme armée; et leurs cadavres vinrent s'ajouter au monceau qui déjà l'entourait, car, quoiqu'elle eût reculé, ses mouvements vifs comme l'éclair et ses coups dévastateurs avaient décimé leurs rangs. Mais ils ne semblaient avoir aucune crainte de la mort, et ils n'avaient cessé, dans leur assaut, de s'accroître en nombre, jusqu'à l'arrivée de l'être étrange. Car, dès qu'il fut présent, ils commencèrent à reculer; et leurs traits impénétrables enfin s'amollirent, et de l'angoisse s'y peignit, puis de la peur, et de l'épouvante: paradoxalement, l'attaque de leur ennemi avait éveillé leur âme, enfouie dans leur volonté de tuer, et leur forme épaisse et noire.

Alors les survivants tentèrent de fuir, mais le guerrier leur envoya des rayons fins depuis la gemme de son sceptre, et ils les transpercèrent à la façon de flèches.

À un certain moment, un monstre, plus grand que les autres, fit jaillir dans sa main une pierre mystérieuse, noire et luisante, et une flamme en surgit, qui vint frapper le guerrier d'or; mais il ne fit qu'en reculer d'un pas, et son armure ne fut pas entamée. Aussitôt, il brandit son bâton en le tenant comme un javelot, et je vis l'extrémité inférieure s'allonger et s'effiler pour former une pointe, et il le lança; la gargouille en fut percée de part en part, et la pointe ressortit de l'autre côté. Le monstre s'effondra, et la pierre roula sur le pont du bateau. Le bâton, alors, étonnamment, vibra, et s'arracha à son corps, puis vint se replacer dans la main de son propriétaire. Il reprit sa forme de sceptre, la pointe disparaissant à nouveau.

Tous les monstres qui n'avaient pas eu le temps de fuir étaient désormais prosternés, demandant grâce, de leur voix hideuse, au guerrier étincelant. Celui-ci s'avança, et sa voix retentit, forte et résonnante, comme s'il avait parlé au sein d'une salle; elle ordonna, dans une langue que je compris, aux créatures de retourner dans les profondeurs de la rivière, leur interdisant d'en ressortir jamais!

Je m'étonnai d'avoir compris cette langue. Car ce n'était point du français, ni aucun langage de ma connaissance. Pourtant j'en saisissais les mots comme si elle eût été mienne, comme si je l'eusse apprise de mes propres parents. Elle éveilla, en moi, ce qui me parut être de lointains souvenirs, mais qui, étrangement, me semblèrent remonter à des temps antérieurs à ma naissance. Une nostalgie puissante s'empara de moi, un intense désir. Je crus entrevoir un pays fabuleux. Mais l'image s'effaça bientôt.

Et je me rendis compte que j'eusse été incapable de répéter ce qu'avait dit le guerrier étincelant. Avait-il vraiment prononcé des mots distincts? J'avais plutôt entendu comme un chant, qui sortait de sa bouche. Des images m'étaient venues, figurant la proscription au sein d'un abîme. J'en avais ensuite fait des mots, mais je ne sais s'il y en eut jamais. La même expérience se répéta lorsque, plus tard, l'homme s'adressa à moi, et aussi la femme. Des couleurs surgissaient, s'ordonnant en formes; et je comprenais, et mon cerveau y mettait des mots, mais qui n'avaient point été prononcés.

Les monstres qui avaient survécu s'en furent, exécutant l'ordre reçu. Et je me retrouvai seul sur le pont avec les deux êtres étranges, les corps mêmes des monstres morts ayant disparu: avaient-ils été emmenés par leurs congénères? Je n'en avais pas été témoin. Mais il devait en avoir été ainsi.

(À suivre.)

10:18 Publié dans Education, France, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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