18/05/2016

LXXXVI: Sainte Apsara: Renaissance

10344_894029187359762_4503138106119006771_n.jpgDans le dernier épisode de cette impressionnante série, ô lecteur, nous nous sommes arrêtés alors que Captain Corsica racontait au Génie d'Or comment Sainte Apsara, de nymphe sauvage et amnésique qu'elle avait été, était devenue la guerrière étincelante que l'on connaissait; il en était au moment où, retrouvant la mémoire, elle demanda, pour le sauver, à son père Cyrnos d'emprunter les ponts dimensionnels permettant de franchir l'espace presque simultanément. Or, il hésitait car les dangers étaient grands. Et voici que Captain Corsica continua sans interruption son discours.

Mais comme il s'agissait de la vie de son fils, et que Sainte Apsara insistait, mon père obtempéra, et il la fit glisser sur un de ces ponts secrets jusqu'à la forêt qui entoure les ruines de Noscl. Il s'entoura à l'ouverture de la porte de gardes qui se jetèrent sur les démons à l'affût, afin non seulement de les empêcher d'emprunter ce passage, mais aussi de couvrir la course de Sainte Apsara, de détourner leur attention.

Une bataille féroce eut lieu, et dès que Sainte Apsara fut hors de portée des monstres, et tout près de ressortir de l'autre côté et d'arriver à Noscl, Cyrnos sonna brusquement la retraite, comme il en avait été convenu. D'un coup les guerriers rentrèrent de ce côté du Seuil, laissant les démons stupéfaits, car ils croyaient à une attaque concertée et importante, durable, destinée à les vaincre définitivement. Puis la porte fut refermée.

Sur son passage, malgré la diversion des guerriers de Cyrnos, Sainte Apsara dut sauter, vive comme l'éclair, par dessus des mains griffues qui tentaient de lui attraper les pieds, et, agile comme une gazelle, se baisser et rouler sur elle-même pour échapper aux spectres qui tentaient de la saisir par les cheveux.

Car il faut dire que le pont, en lui-même, est protégé par un sort, jeté jadis par les dieux, et que les monstres ne peuvent pas l'emprunter, se placer dessus: ne faire que le toucher les consumerait, car il est trop pur pour leur infamie, leur corruption. C'est pourquoi le principal péril, lorsqu'on emprunte un tel pont, est lors de l'ouverture de la porte. Mais ils balaient de leurs longs bras le dessus du pont, voire de leurs ailes, quand ils en ont, l'air que respire tout homme marchant dessus.

Dès qu'elle fut parvenue à Noscl et qu'elle eut, elle aussi, refermé la porte des mondes derrière elle, Sainte Apsara courut vers un arbre plus grand que les autres, dont les feuilles diffusaient une étrange lueur verte. Elle monta dans ses branches, et retrouva une loge qui y avait été édifiée. Elle n'était pas faite de branches mortes, ou de planches: l'arbre lui-même semblait avoir créé une chambre. Sans doute les hommes de Noscl avaient-ils eu le pouvoir de le lui commander.

Elle entra, et, aussitôt, elle fut entourée de lumière. Or, dans le tronc de l'arbre, face à elle, se montra une chose étonnante: une épée au pommeau de cristal y était enfoncée. Au-dessus, sur une branche, se trouvait l'armure qu'elle porte à présent, et qui est enchantée, et lui est attachée mystérieusement. Car elle avait appartenu, tout comme l'épée, à son père.

Aussitôt elle saisit l'arme, la retira du tronc, et un éclair jaillit: la lame semblait tressaillir de joie d'être enfin libre de ce tronc. Puis Sainte Apsara tendit le bras vers le haubert placé sur la branche, le toucha, et instantanément en FemaleThor-660x495.jpgfut revêtue. Sur les mailles, l'éclat de la lune semblait resplendir, comme si elles diffusaient leur propre clarté. Des perles du reste les ornaient, se plaçant dans leurs interstices. Sainte Apsara se sentit revivre: le haubert épousait parfaitement ses formes, comme une seconde peau, bien que son père eût été plus grand, plus fort qu'elle de beaucoup: car en ce temps-là les hommes étaient puissants, et grands, et te paraîtraient pareils à des géants. Mais le haubert était habité, semblait-il, de sa vie propre, et s'attachait à celui à qui il appartenait de droit comme pour lui faire une peau, le pourtour de tout un corps. Il n'était pas un de ceux que tissèrent les mortels par imitation de celui-là ou de ses semblables, dans des temps immémoriaux.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là ce récit, en attendant, la prochaine fois, la fin de celui de Captain Corsica, et la révélation du secret de Dévote Reparate-Brown, secrétaire élégante et bien connue à Bastia de Pierre Toccoli, agent immobilier des plus en vue.

07:21 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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