09/06/2016

Ma Loute et les bourgeois flamands

112228.jpgPoussé par la bonne critique de Pascal Gavillet, digne journaliste de la Tribune de Genève, je suis allé voir Ma Loute, de Bruno Dumont. D'habitude je ne vais pas voir les films français, que je trouve mauvais, ou qui du moins ne sont pas susceptibles de m'intéresser, parce qu'ils ne matérialisent pas avec sérieux, dans leurs images, le monde de l'esprit. Soit ils sont réalistes, soit ils font dans la bouffonnerie lorsqu'ils sortent des limites du réalisme. Ma Loute appartient à la seconde catégorie.

De fait j'ai été poussé par l'idée que Bruno Dumont était attiré par le mysticisme, d'une part, et que, d'autre part, son film contenait des lévitations. Je me suis demandé si son film pouvait appartenir à la catégorie des films sérieux et intellectuels qui osent toucher au merveilleux - tel L'Étreinte du serpent, dont j'ai parlé récemment.

La réponse est négative, et confirme les habitudes françaises: la nervosité est telle, dès qu'on sort des limites du réalisme, qu'on ne peut s'empêcher de bouffonner et de ricaner. Le passage où une dame fait un tour dans les airs alors qu'elle est sur une falaise face à la mort est assez beau, et n'est pas sans rapport avec la splendeur du paysage, l'immensité de la mer; mais cela tourne à la bouffonnerie lorsqu'elle est imitée par un gros policier qui ne revient jamais sur terre sauf quand on lui tire dessus pour le dégonfler.

On peut songer au Théâtre de l'Absurde, mais à la fin c'est simplement ennuyeux.

Quant au mysticisme, il est typiquement gaulois aussi; c'est même une caricature: une musique grandiose accompagne de jolies jeunes fesses qui entrent dans l'eau de la mer. On a vu cela un million de fois dans le cinéma français, dont les auteurs n'évoluent pas, toujours fascinés, pour ne pas dire plus, par leurs pulsions animales intimes. Comment se fait-il que l'homme ait beaucoup en lui de l'animal? semblent-ils se demander dérisoirement. Ou alors ils pensent sérieusement que l'amour charnel est proprement humain, et ma-loute-de-bruno-dumont-11539697yuigm_1713.jpgadmirent les animaux d'y être sensibles aussi. Du moins c'est une possibilité; mais dissimulée par l'esprit de galanterie.

Typiquement gauloise encore est la satire de la bourgeoisie, et l'ancienneté des costumes aide à saisir la référence désormais vieillotte aux romanciers naturalistes, constamment imités, apparemment indépassables puisque leurs figures comiques sont devenues des banalités, des stéréotypes. On les voit dans les films tournés pour la télévision, on les évoque avec complaisance au lycée, mais aux intellectuels de Paris, dans leur ensemble, cela apparaît comme toujours aussi original, génial: la caricature de la bourgeoisie de province plaît à l'aristocratie de la capitale. On est content peut-être de retrouver dans ce film l'ambiance surannée de Maupassant, de Balzac. Mais où est le Horla? Où est Séraphîta? Des vieux auteurs on a gardé le plus banal, le plus répétitif, le plus simpliste.

L'idée du cannibalisme de la plèbe, sans doute, est plus nouvelle. Les marins mangent les bourgeois crus. Cela ne les empêche pas d'être sensibles au bien. Pourquoi pas? Mais en ce cas ils auraient dû léviter aussi. Sinon, c'est un simple fait social, qui ne débouche en fait sur rien.

07:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

J'ai juste vu la bande annonce et c'est vrai que ça ma plutôt rebuter alors que j'ai adoré le petit Quinquin, mais c'est vrai aussi qu'après j'ai pas trop kiffer L'Humanité (trop glauque), je me disais que j'allais quand même le voir parce que ce qu'il fait c'est de plus en plus drôle,
et que Gimliamideselfes sur allociné (qui m'a fait découvrir; Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution)
mais là au lieu de simplement s'alléger encore plus il est peut être partie trop loin
Enfin bref, ce film aura au moins permis de se poser de bonnes questions, par votre critique, notamment...
Alex

Écrit par : Alex | 12/06/2016

Merci de votre commentaire. Pour moi je n'avais rien vu de lui, le ptit Quinquin j'avais essayé et j'aimais bien le côté régionaliste mais le rythme était trop lent.

Écrit par : Rémi Mogenet | 12/06/2016

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