13/07/2016

Diversité des régimes selon les lieux (Lamartine)

Osenece1.jpgL'Académie de Mâcon vient de publier un recueil de pensées et de souvenirs de Lamartine, extraits d'œuvres peu accessibles en prose. Car le poète a été un homme politique important, et pas seulement à Paris: il était président du Conseil général - justement à Mâcon.

Convaincu que les formes extérieures étaient la marque passagère d'un flux éternel, il a scandalisé ses amis savoyards en relativisant le catholicisme, mais aussi la royauté, et en se ralliant à la république. Pourtant, il ne voyait même pas en celle-ci une forme absolue, un idéal indépassable, et cela peut expliquer qu'il n'ait pas rallié beaucoup de suffrages lorsque, en 1848, il se présenta aux élections présidentielles: le peuple aime les hommes à idées simples, clairement identifiables, qui se rattachent à une forme stable, se confondent avec elle. Lamartine était trop poète: il regardait les choses de trop haut.

Un passage du livre mentionné exprime son relativisme politique: Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les PCA_Discours.jpgprincipes qui les régissent ont des phases successives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiques, constitutionnels, républicains, sont l'expression de ces différents degrés de maturité du génie des peuples. […] La Monarchie et la République ne sont pas, aux yeux des véritables hommes d'État, des principes absolus qui se combattent à mort; ce sont des faits qui se constatent et qui peuvent vivre face à face, en se comprenant et en se respectant. (Alphonse de Lamartine, Récits familiers, discours solennels, Mâcon, Académie de Mâcon, 2016, p. 58.)

À vrai dire, le relativisme est ici modéré par l'idée de progrès. La diversité s'explique par les vitesses inégales d'évolution entre les peuples; en soi, la république est bien un progrès par rapport à la monarchie - à condition d'admettre que de vieillir est un progrès. Car sous un certain point de vue, c'est aussi une régression: ce qui est dirigé depuis la raison n'a pas la vitalité de ce qui est dirigé depuis le cœur.

Peut-être qu'on aura trouvé le régime idéal quand on sera parvenu à synthétiser l'un et l'autre. C'est à ce titre, sans doute, que les régimes différents restent utiles, comme manifestations de qualités à acquérir. Le danger, ce sont les formules simplistes qui prétendent définir par l'intellect seul ce qu'il faut instituer.

Lamartine a une vision unitaire de l'humanité, malgré son relativisme. Il s'efforce de concilier la mécanique évolutive et la vie réelle des peuples, de l'être humain.

11:35 Publié dans France, Littérature, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Ô ma saison

Les vagues de l'été
Submergent la forêt.
J'entends le chant de la gent ailée
A travers la torpeur des feuillus ;
Je me laisse choir à leur pied
Dans l'humus de la paresse.

Des rivières de tendresse
S'écoulent en mon été.
Au rythme des murmures aquatiques,
Ma plume se berce
Sur le divan poétique
Empreint de douce canicule.

Les moissons de l'été
Sucrent mes papilles de leur jus.
La sève suave de la terre
Coule dans mon gosier asséché,
Refroidissant la salive
Sous ma langue de braise.

L'été dans le bec des abeilles
M'assoupit dans la torpeur.
Le bourdonnement nonchalant
Rythme mes rêves ;
Je me vois flotter voluptueusement
Sur une mer de miel.

Le vent alizé de l'été
Me transporte vers l’Éden.
Un bouquet d'effluves chaleureuses
Fouettent mon odorat ;
Mon horloge s'est arrêtée
Aux effluves enivrantes.

La brûlante enveloppe de l'été
Émousse bien des efforts.
La sueur de maints fronts
perlent sur des visages ensoleillés ;
Mes pores suintent la cosse.
Taquinant le sable, le temps s'écosse.

le lundi 04 juillet 2016, à 18:49. Posté par David frenkel

Salut, j'espère que ça roule pour toi. Je n'ai pu m’empêcher de te faire un petit clin d’œil poétique.

Écrit par : frenkel | 14/07/2016

Merci David, un très beau poème. Au plaisir de se revoir!

Écrit par : Rémi Mogenet | 14/07/2016

Et sinon tout va bien, j'espère qu'il en va de même pour toi!

Écrit par : Rémi Mogenet | 14/07/2016

Le "modérateur " s'occupe personnellement du blog de David Frenkel en barrant l'entrée aux commentateurs! Mais laisse des portes grandes ouvertes aux commentaires hostiles sur les mêmes sujets mis en page par D.F.

Vous avez dit modération orientée?!

Écrit par : Patoucha | 14/07/2016

Les commentaires sont fermés.