01/08/2016

L'éducation au fantastique selon Todorov

th.jpgTzvetan Todorov a créé une définition du fantastique qui a servi de modèle à son enseignement au collège, en France, durant de longues années. Pour faire court, il affirmait qu'il s'agissait d'un genre essentiellement intellectuel, dans lequel on se demandait si le surnaturel était réel ou non.

C'est une erreur, de mon point de vue, car cela ne se recoupe pas avec la réalité du genre fantastique, qui n'est pas si foncièrement intellectuel, et ne pose pas réellement des questions métaphysiques sur l'existence de Dieu, mais cherche à cristalliser, au sein d'une atmosphère sinistre et lugubre, des figures de l'esprit.

Ambiguës, certes, sont ces figures. Mais Todorov prétendait que dans le genre du merveilleux, elles se posaient comme une réalité. Là encore, illusion. Les poètes antiques, lorsqu'ils s'adonnaient au merveilleux, n'hésitaient pas à émettre des doutes; combien de fois ne peut-on pas lire, chez Ovide, une expression du type: s'il faut en croire la tradition!

Illusion, encore, si l'on réfléchit à la chose suivante: on range dans le fantastique les récits qui placent du surnaturel dans un monde à la fois familier et sombre, triste, comme est Dracula. On appelle aussi fantastique ce qui ne fait intervenir que des êtres surnaturels mauvais, parce que justement ils cristallisent une atmosphère sinistre et lugubre.

La question métaphysique - et bourgeoise - de l'existence des esprits peut se poser à partir de n'importe quelle œuvre d'art. Mais l'œuvre d'art ne prétend aucunement la poser en se demandant si c'est oui ou non; en réalité, elle répond, et dit que c'est oui et non. Car, d'un certain point de vue, dans l'art, l'être spirituel existe et n'existe pas: cela dépend sous quel angle on regarde la chose. Dans certaines œuvres, c'est vrai, c'est un grand oui et un petit non; dans d'autres, un grand non et un petit oui. Là, on peut admettre qu'en moyenne, ce qu'on identifie comme le merveilleux répond plus franchement oui que le fantastique; mais que le fantastique répond plus franchement oui que le réalisme, aussi. On peut admettre que le fantastique équilibre souvent le oui et le non, mais pas qu'il débouche sur une question théorique entre le oui et le non.

La raison en est que les anges du Ciel disent plus oui au surnaturel que les fantômes, parce qu'ils en participent plus, pris en eux-mêmes: ils sont plus éloignés de la Terre. Ils le sont même plus que le diable. forteresse-noire-1983-01-g.jpgMais au fond même l'homme, dans le réalisme, est un être surnaturel, puisqu'il a des aspirations morales que le matérialisme dénie à la nature. Jusque dans le naturalisme, il y un petit oui; car quand Zola nous attriste par les malheurs d'êtres humains, il renvoie à ce par quoi l'âme humaine touche à des mondes plus beaux - et se brise, finalement, sous le poids de la nature.

Il est quoi qu'il en soit maladroit de poser face à des collégiens la question du fantastique sous une forme intellectuelle: c'est les heurter dans leur nature profonde, qui aime le fantastique justement parce qu'il cristallise un sentiment, qu'il image le mystère. Il faut donc s'appuyer sur le sentiment, non sur l'intellect. C'est nier le fantastique, que de placer sous un voile faussement pudique sa tendance à représenter le monde de l'esprit.

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Commentaires

On peut éventuellement vous suivre (quoique...)dans votre réflexion relative à la définition du fantastique "pour faire court" que vous attribuez à Todorov. En revanche, vos considérations pédagogiques sur la "nature profonde" des adolescents me paraissent pouvoir être revisitées...Sur la question du fantastique et du merveilleux, un des maîtres est E.T.A. Hoffmann, qui, au delà de la poésie qu'il propose et du trouble absolu dans lequel il jette le lecteur, thématise bien avant Todorov l'opposition merveilleux / fantastique, puis déconstruit les hypothèses qu'il propose, mariant, ou réconciliant sentiment et intellect. Bien à vous.

Écrit par : Gold | 04/08/2016

J'ai lu Hoffmann... C'était beau, mais un peu trop fantaisiste peut-être?

Une grande illusion de la pédagogie moderne est que pour bien éduquer il faut énoncer des pensées intelligentes, abstraites et claires, parce que c'est de cette façon qu'on intellectualise les jeunes êtres humains et les achemine vers l'âge adulte. Dans les faits cela ne se passe pas du tout de cette manière et cela explique l'inefficacité reconnue de cette pédagogie auprès des jeunes issus de classes qui spontanément intellectualisent peu, et, finalement, l'inutilité de cette pédagogie auprès des autres, pour qui ces pensées abstraites ne représentent qu'une forme de gavage.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/08/2016

Si l'on appelle fantastique ce qui "sort de l'ordinaire" du fantastique il y en a partout.
Un témoignage authentique.

Un médecin se fâcha contre moi et ne voulut plus me soigner.
Sans m'en donner la raison.

Un transfert d'avant sa colère transfert façon psychanalytique s'étant déclenché entre nous selon les étapes assez euphorique ou, selon les traumatismes du passé, transfert avec réciprocuté fait de doute, méfiance ou rancœur.

Ce médecin mourut.

Longtemps après, toujours, de ma part la même peine sorte de deuil intérieur avec le sentiment d'une incroyable injustice: pourquoi avoir refusé de me dire le pourquoi d'une telle rage?

Je sais (non je crois ou j'imagine) que les morts parfois nous parlent.

C'est ainsi que j'appris enfin le pourquoi de cette colère que je ne donnerai pas présentement. En revanche, en ce dialogue intérieur ce médecin qui avait étudié la théologie avant la médecine prit une image, en reprenant le dialogue d'autrefois, avant la brouille, pour me dire qu'en lisant quelques versets soit bibliques ou évangéliques qui retiennent notre attention en se laissant "travailler" par ces versets le temps qu'il faut la démarche correspondrait à scier une petite ampoule contenant un médicament fortifiant ce qui est le propre des lectures bibliques et/ou évangéliques non uniquement littérales mais en se laissant inspirer par les versets (selon Hillel). Parenté des enseignements d'Hillel et de Jésus.
Les deux hommes pratiquement contemporains, Hillel, l'aîné.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/08/2016

Mais qu'entendez-vous par "un peu trop fantaisiste", concernant Hoffmann ? Une telle question me sidère ! Pas sérieux ? Pas profond ?.... ?

Écrit par : gold | 05/08/2016

Cela va dans tous les sens et cela apparaît comme dédoublement hallucinatoire du réel, selon mes souvenirs. C'est comme un jeu.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/08/2016

"(...) dédoublement hallucinatoire du réel?

Appartenant aussi bien au fantastique qu'au réel: une vision

Voyez deux montagnes en forme de M et un tout petit peu plus haut un feu.

Ce feu peur représenter un soleil, n'importe quel insecte aussi bien qu'une hostie O (le creux entre le M une coupe ou le feu et le M le OM mantra:
"le joyau dans la fleur de lotus, en ce cas le feu pour le joyau et la fleur de lotus par un m au lieu d'un M.

Ce M les deux oreilles d'un chat: le mien se nomma Moïse vous avez le M le O (le feu ou le soleil du nom MO ïse

Ce qui fut le début de l'interprétation soit d'une vision dans les années 1940-1950 soit un rêve (comme certains rêves qui laissent une impression telle que l'on croit avoir vécu ce que l'on a rêvé en 1969.

Ces deux montagnes correspondent à un Psaume dit de pèlerinage: "Je lève les yeux vers les montagnes
d'où viendra le secours?

Réponse par le feu juste au-dessus et entre les deux montagnes.

Ce feu peut représenter également une perle.

Perle,symbole du Royaume selon Jésus.


Ce rêve ou le souvenir d'une vision dans mon enfance en regardant par la baie vitrée de la salle à manger de mes grands-parents, à Lausanne, du balcon du premier étage vue sur le lac (Dalcroze entendu avec émerveillement: Mon lac est pur) les montagnes: arrivée de Paris en guerre à Lausanne en paix.

Un parfum, une effluve, comment dire? d'amande un soir de paix sur ce balcon.

Ce feu en forme arrondie peut également représenter une soucoupe volante au-dessus des deux montagnes venant ou s'envolant, ou présent! ce dont on parlait fort à la fin de la seconde guerre mondiale...! et ainsi de suite, Rémi Mogenet

Une perle de rosée sur une rose un bijou une fleur (magnifique roseraie dans le jardin de mes grands-parents par la perle évoquant le Royaume annoncé par Jésus.

En étudiant Freud (inconscient individuel) Bettelheim Jung et Dolto, entre autres, j'ai appris, tout particulièrement par Jung (inconscient collectif) que ces montagnes avec ce feu tels que représentés sont un symbole ce qui conduit, par Jung, aux portes du chamanisme. Les guérisons de Jésus, par exemple, parfois s'opéraient publiquement ce qui tiendrait du chamanisme.

Jung, lui-même, avait quitté le fauteuil, et parlait avec le patient (l'analysant) déambulait, gesticulait donc se comportait comme un chaman à un détail près: la cure se passait encore en privé entre l'analysant et lui.

Aux noms cités plus haut j'ajoute celui de Paul Diel Psychologie de la motivation en rapport direct avec ce que vécu.

Hallucinant?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/08/2016

P.S. ce que j'écris devrait être pris au sérieux, non moi. Parce qu'en ayant ce rêve en tête ou retour en mémoire d'une vision, le lendemain, habitant dans la même villa, alors, en 1969, lorsque j'entrai dans la salle à manger j'entendis une voix intérieure une, il n'y en a qu'une (pas question de problème mental) me demander dans cette salle ce qui me frappait enfant. La table noire, qui me faisait penser aux cheveux de Blanche-Neige, le tapis rouge, dessus, la mer Rouge (que souvent les enfants "voient" rouge encre de Chine. Plusieurs jours plus tard je pensai que si le fées n'existent pas héroïneshéros des contes de fées, les situations, elles sont courantes en même temps que sources de névroses.

Mon mari, vu son métier, recevait des livres. En quarante ans de mariage il ne m'en offrit de sa poche qu'un

au moment dont il est question sans que je lui ait parlé de rien: L'analyse des contes de fées, selon Bettelheim.

Etonnant, oui, hallucinatoire, non.

Qu'il s'agisse d'une vision ou d'un rêve, en voyant le feu je m'étais évanouie en revenant à moi, en me relevant en passant par les genoux j'éprouvais une vive douleur tant au cœur physique que désespoir.
Mais du fond du cœur, pour la première fois, cette promesse:"e ne t'abandonnerai jamais"
Jusqu'à ce jour tenue mais passant par moi sorte de canal momentané je crois qu'elle s'adresse cette promesse à tous.

Ce qui est la raison pour laquelle je souhaiterais que l'on cesse enfin de tout détruire de l'ensemble de nos croyances

croyances promesses non d'hallucination (pas question de cinéma, ici)
mais d'espérance
Espérance dont nous aurons plus que jamais besoin de les temps à venir.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/08/2016

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