30/07/2016

Degolio XC: de retour vers Cyrnos

Giacomo-Balla-Planet-Mercury-passing-in-front-of-the-Sun-3-.JPGDans l'horrible dernier épisode de cette sinistre série, nous avons laissé le Génie d'Or alors qu'il évoquait ce que les yeux de l'Homme-Dragon lui avaient révélé sur sa naissance et le triste destin de Noscl. Il parlait d'une entité qui s'était réincarnée en lui et qui était née avant l'apparition de la Terre. Et voici qu'il continua son effroyable récit:

Et, il faut le savoir, c'est de cette entité que Fantômas a tiré ses pouvoirs: il en est un disciple. Ce n'est pas un hasard si Fantômas s'est efforcé de bâtir un règne en Corse, aux portes du royaume de Cyrnos. Il avait avec cette terre un lien particulier.

Durant le siège de Noscl, il y eut d'autres abominations commises, dont l'œil d'Estordül contenait encore le reflet, mais il n'est pas en mon pouvoir de les révéler. Il suffit que j'aie livré cet épisode atroce, l'un des plus terribles de l'histoire de Noscl, et l'un des plus sombres de celle de la Terre; car c'est aussi par le chagrin créé par ces horreurs que Noscl est tombée, et que les survivants décidèrent de partir pour oublier leurs peines - ou de se tuer s'ils ne voulaient plus avoir à faire aux dieux qui avaient, mystérieusement, ordonné ces événements.

Car les dieux voulaient que les hommes de Noscl s'en fussent sur la planète de leurs frères restés au ciel, mais beaucoup refusèrent parce qu'ils pensaient qu'ils les y contraignaient par des procédés ignobles, relevant du chantage. Or il n'en est rien, ce n'est pas réellement ainsi que cela s'est passé. Mais, de Mardon, roi de l'Orc, venaient divers mensonges, qui se glissèrent dans leur âme et leur donnèrent ces fausses pensées. Le désespoir s'empara d'eux, et l'énigme de l'existence les jeta dans l'abîme, où la main de Mardon les cueillit, où il les reçut, et où, après avoir cru y être délivrés de leurs souffrances, ils les virent redoubler, bien qu'ils ne le crussent point possible.

Sachez, néanmoins, que notre action d'aujourd'hui et le récit que je vous fais ont une vertu, et que leurs effets soulagent ces hommes et ces femmes de leurs peines. Je ne peux vous dire comment. Mais en ce moment même des hommes célestes, armés, ailés de feu, si on veut, pénètrent les défenses des fils de l'Orc et y font un jour spaceships-flying-towards-the-beautiful-sunset-48735-400x250.jpgpour plusieurs hommes que jadis saisirent leurs griffes. Et vous pouvez les voir, pareils à des étoiles filantes, traverser le ciel, s'enfoncer dans l'Ouest, où le soleil se couche, et y rejoindre l'astre de Mercure!

À ces mots, les autres regardèrent; et ils virent qu'il en était bien ainsi. Ils en furent moult émerveillés. Le Cyborg d'argent entendit un grand soupir; il vit des larmes tomber silencieusement des yeux de Sainte Apsara. Mais le soupir semblait être venu du dehors. Il regarda encore le ciel, et devant le Soleil couchant, vers l'astre de Mercure, qui brillait, étincelle d'or servant au Soleil de messagère, il vit cinq traits de lumière, qui étaient les anges portant dans leurs bras les hommes qu'ils avaient sauvés. Bientôt ils disparurent dans la clarté de l'Ouest.

De longs instants les quatre restèrent muets.

Puis ils virent paraître la combe verdoyante dominée par le château de Cyrnos.

Sainte Apsara regarda le Génie d'Or et dit: Vas-tu nous quitter, à présent, Solcum?

Mais il faudra, pour connaître la réponse du Héros, attendre une fois prochaine, qui verra effectivement Solcum s'en aller par la porte du Sanctuaire.

23:07 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/07/2016

La France est une personne (Michelet II)

J'ai écrit un article pour relativiser l'idée de Pierre Albouy que Michelet aurait créé une mythologie; pourtant, je n'ai pas repris son argument principal: Michelet aurait été le premier à dire: La France est une personne.

Peut-être a-t-il voulu dire qu'il est le premier à l'avoir dit avec ces mots. Mais déjà Joseph de Maistre avait affirmé, à propos de la France, que quand on parlait de génie national, ce n'était pas une simple métaphore. À 11.12.28.Eeuwige-roem-Caesar-Rubicon.jpgquoi faisait-il allusion?

Le génie, dans l'antiquité, était un être spirituel veillant sur diverses choses, dont les cités et les peuples. Lucain, l'auteur de la Guerre civile (ou Pharsale) évoque la rencontre entre César et le génie de Rome, lorsque le premier veut passer le Rubicon, ce qui déclenchera la guerre civile: il en a la vision, et c'est une femme grande qui a sur sa tête des tours. Elle lui apparaît pour lui interdire de passer, étant du côté de Pompée et du Sénat. Mais lui, assumant seul, et avec l'aide des dieux célestes, son action, décide de ne pas obéir à cette personne.

Que doit-on entendre en effet par l'idée de personne? Chez Boèce, et dans la philosophie latine, une personne est un être pensant, incarné ou pas. Dans le monde physique, seul l'homme est une personne. Dans le monde spirituel, les génies, les démons, les anges sont des personnes - les dieux aussi. Ce sont des êtres réels. Donc Joseph de Maistre voulait bien dire que le génie de la France était une personne.

Mais on peut se demander si Michelet voulait dire une telle chose, ou si lui, justement, ne prenait pas le mot dans un sens métaphorique, et ne l'utilisait pas pour exprimer le lien intime entre l'individu et la nation. En effet, le génie de Rome est bien l'être par lequel tous les Romains ont entre eux, et avec la cité, un lien genevieve-vieille-sur-la-ville-endormie-detail-PuvisdeCha.jpgintime. Mais chez les Anciens, c'est conscient; chez Joseph de Maistre aussi: ailleurs, il dit nettement que les génies des peuples sont des intelligences célestes, des anges, et qu'ils ont présidé à leur naissance, ce qui était la doctrine de Louis-Claude de Saint-Martin, indirectement son maître durant de longues années. C'était aussi la doctrine du christianisme médiéval, exprimée par Jacques de Voragine dans son histoire de Gênes: les anges gardent les individus, dit-il, les archanges président à la destinée des peuples et cités. La question est de savoir si Michelet avait clairement en tête cette authentique mythologie lorsqu'il a dit que la France était une personne, ou s'il ne faisait que la reprendre affectivement, sous la forme d'une figure de style.

Nous savons que les cités et les royaumes étaient considérés, dans le catholicisme médiéval, comme gardés par leurs saints patrons. Certains pourront dire que l'Église a cauteleusement repris à son compte le culte des génies des cités. Mais l'histoire de la théologie montre qu'elle a simplement confirmé l'existence des êtres spirituels gardant les cités et les peuples, mais qu'elle a voulu aussi les christianiser, les soumettre au Christ. Elle a donc créé, elle, une mythologie, établissant que les saints avaient, après leur mort, pris la place laissée vide par les anges déchus, les démons, qui étaient justement les dieux faux qu'adoraient les Anciens. Ainsi, sainte Marie s'était assise sur le trône de Lucifer, prince des archanges. Or, la France avait justement pris pour patronne la sainte Vierge, au temps de Louis XIII. Ce qui revenait à faire de la France la manifestation d'une personne, à la confondre avec une personne céleste.

Dans son ardeur, Michelet a rénové cette idée, perdue par la philosophie des Lumières, mais il ne l'a pas créée; il a pu créer une manière de le dire un peu abstraite, philosophique, et, par cela même, pas si mythologique.

Si on peut feindre qu'il en va différemment, c'est parce qu'on commence par évacuer, de la culture, la mythologie des saints et des anges. On parle comme si elle n'existait pas, et du coup il peut sembler que Michelet est très mythologique. Mais au fond Joseph de Maistre l'était plus.

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24/07/2016

Valeurs éthiques et mythologie en Europe et en Amérique

Je ne sais plus où, Rudolf Steiner (1861-1925) énonça l'idée que l'Europe était en décadence, face à l'Amérique et à l'Asie, non parce que les valeurs éthiques qu'elle défendait étaient inférieures, mais parce qu'elle n'avait pas la même énergie pour les illustrer. En particulier, elle refusait la mythologie, le lien établi entre la vie morale et les forces du cosmos. Elle en restait trop à ce qui était raisonnable. Du coup, elle déployait ses valeurs éthiques dans une bulle qui était comme assiégée par l'univers, avec lequel l'Asie et l'Amérique étaient davantage en phase, parce qu'elles lui étendaient leurs principes éthiques par le biais d'une mythologie. La solution était de créer une mythologie proprement européenne, c'est à dire chrétienne.

On l'a vue un peu paraître en France avec Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955). Mais il faut avouer que c'est resté une ébauche. Sur son lit de mort, paraît-il, Charles Duits (1925-1991) regrettait de 960.jpgn'avoir pas écrit un livre sur sa vision du Christ. Durant sa vie, il a plutôt déployé dans ses livres des figures qui rappellent le paganisme.

La mythologie américaine est faite en partie de la tradition des super-héros, et c'est la partie qui actuellement s'impose. Or, dans un épisode de 2001 de Wonder Woman (« She's a wonder! », in Wonder Woman #170, July 2001), j'ai trouvé une chose inattendue, et correspondant à ce que disait Steiner. On y découvre que la célèbre Amazone immortelle s'est faite le héraut des valeurs morales de l'Occident à travers le monde, c'est à dire qu'elle veut créer partout des écoles, donner partout la possibilité aux femmes de contrôler leur système reproductif et de choisir leur religion et le mode de leur vie amoureuse, répandre partout la liberté, la tolérance et l'amour. Bref, des valeurs progressistes. Or, pour s'en justifier, elle affirme que ce sont les Dieux qui l'ont chargée d'une telle tâche.

On se souvient, peut-être, que dans cette série Wonder Woman, les dieux de l'ancienne Grèce sont des réalités, et qu'ils sont à l'origine de l'île des Amazones immortelles: c'est Aphrodite en particulier qui a rendu immortelles ces Amazones, afin qu'elles défendent sur Terre la justice, la liberté et l'amour.

On demande à l'héroïne comment concilier cela avec la liberté de culte, mais la princesse de Themscyra lasso2.jpgrépond précisément que ses Dieux ne veulent que cela, cette liberté!

Cette modeste bande dessinée dévoile-t-elle que, derrière le relativisme culturel occidental, vit en réalité le paganisme antique? Que les religions issues de la Bible sont relativisées par ce qui reste de la religion des anciens Grecs? Peu importe. La mythologie de Wonder Woman a sa valeur; elle impose ses figures.

Deux mois après la parution de l'épisode que j'ai cité, avait lieu l'attaque du World Trade Center de New York. Dix ans après la fin de la Guerre froide, le monde retrouvait une bipolarisation. Est-ce que l'Europe a fait entendre une voix propre? Pas vraiment. Si on est optimiste, on dit que c'est parce que les comics représentent une culture européenne; si on ne l'est pas, on s'interroge sur l'absence d'écho que rencontre la parution du livre posthume de Charles Duits, La Seule Femme Vraiment Noire.

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21/07/2016

Une cité végétale (XXV)

lothlorien_by_cg_warrior-d1ewk6h.jpgCe texte fait suite à celui intitulé Le Village champêtre, qui évoquait ma découverte, au-delà d'une grotte, alors que j'y étais guidé par une dame appelée Segwän, d'un village champêtre.

La dame nous fit entrer dans sa maison. Je remarquai alors que ce que j'avais pris du dehors pour de la pierre n'en était pas; les murs étaient en bois, mais d'un bois dur et lisse, comme de la pierre. Mais j'eus une autre surprise quand je m'aperçus qu'ils étaient enracinés dans le sol et étaient comme l'intérieur d'un arbre énorme, dont le tronc se fût évidé sans qu'il mourût, qui eût étiré et déroulé son tronc pour abriter des êtres. Et les fenêtres étaient des failles dans l'étendue lisse et unie de ce tronc déroulé, et ce n'était point du verre, qui les protégeait, mais une fine membrane végétale, transparente et claire, semblable au pétale du lys, mais plus fine encore. Et ce qui m'émerveilla davantage, s'il est possible, ce fut les lampes - pour certaines, allumées. Car elles étaient engoncées dans des branches longeant la paroi, comme si elles en fussent nées à la façon de fleurs, ou de fruits. Et elles étaient semblables à des globes lisses. Essentiellement blanches et jaunes, elles pouvaient aussi, selon les endroits, être rouges, bleues et violettes.

Dans ce pays étrange les fleurs et les fruits luisaient, et on s'en servait comme de lampes!

L'ensemble faisait presque comme un arc-en-ciel, car les couleurs du spectre étaient toutes présentes. Des nuances de bleu, de rouge, de jaune étaient visibles, et le blanc même était tantôt cristallin et pur, tantôt tendant au beige, et cassé. J'en étais ébloui.

Les habitants de cette ville s'étaient-ils construits leurs maisons en dirigeant les arbres et en développant la lumière que captent leurs fleurs, et qui leur donne leurs couleurs? Comment eussent-ils fait une chose pareille? Lorsque je le leur demandai, la royale Segwän sourit et dit: « Mais le plus simplement du monde: en captant la clarté des astres! Comme vous captez des vents dans des voiles, nous attrapons les rayons des planètes et les enfermons. Les arbres nous y aident, car ils servent d'intermédiaires. Ils sont nos instruments. Nous leur en sommes infiniment reconnaissants. Car ils comprennent ce que nous leur disons, et ils sont nos amis, autant que nos serviteurs: ils nous sont pareils à ce que sont pour vous les animaux domestiques. »

J'avoue n'avoir pas bien compris ce qu'elle me disait. Mais ce que je vis ensuite ne l'en confirma pas moins. Car quand j'entendis cette noble dame prononcer des mots dans une langue étrange, qui m'était inconnue, j'eus la surprise de voir plusieurs branches apposées à la paroi frémir, et les lampes qui étaient au bout commencer à scintiller.

Plus tard, me confirmant l'esprit présent des arbres, à un autre mot de la dame une fenêtre se ferma complètement, non par un volet posé à l'extérieur, mais par le rapprochement des bords, et par l'union des parties qui dans la paroi lui servaient de cadre. Je ne doute donc pas que les êtres qui m'avaient invité dans cette cité étrange commandaient aux arbres et avaient le pouvoir d'éveiller leur âme endormie.

Certainement, il devait en être ainsi des bêtes, pensai-je; et j'eus l'occasion, ultérieurement, de le vérifier. Je me demandai s'ils avaient ce pouvoir aussi pour les pierres, les rochers. Mais il me fut difficile, pour le coup, de le vérifier, car au cours de mon voyage, je ne vis que rarement des rochers nus. Tout était recouvert d'une nappe végétale, au moins sous la forme d'une mousse épaisse, et les quelques roches nues que je vis étaient traversées de racines et ne semblaient que des noyaux servant de bases aux arbres les plus imposants, dont le tronc même paraissait le plus minéralisé, le plus proche de la pierre. Il s'agissait des plus anciens, assurément. Ainsi, même ce monde fabuleux était soumis à l'évolution générale de la Terre, qui est celle de la minéralisation; mais elle le faisait infiniment plus lentement que les parties que je connaissais, et où vivent les mortels. Ce monde semblait le souvenir d'une époque immensément reculée, et dont bien des historiens à vrai dire doutent.

(À suivre.)

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19/07/2016

Nathalie Henneberg et l'Adramélech cosmique

Adramelech.jpgValère Novarina a un jour écrit Le Monologue d'Adramélech et il racontait que le nom lui était venu spontanément, qu'il ne savait pas où il l'avait pris: il avait surgi dans l'état de transe dans lequel le dramaturge écrit ses drames. On lui avait affirmé, continuait-il, qu'il s'agissait d'un nom démoniaque, du nom d'une entité infernale. Dans la Bible, il s'agit d'un mauvais roi, et, dans l'occultisme traditionnel, il est devenu un démon de l'enfer, un être mauvais agissant depuis le monde des morts. Évolution qui n'a rien que d'habituel, le roi Minos est devenu aussi une entité de l'autre monde, quoique ce soit grâce à sa sagesse.

Or, dans son roman de science-fiction La Plaie, Nathalie Henneberg recense une allusion à ce démon: Il y avait aussi Adramélech, grand chancelier infernal, adoré à Sepharvaïm, en Assyrie, où l'on brûlait et étouffait dans la fumée des nouveau-nés sur ses autels […]. (Nathalie C. Henneberg, La Plaie, Paris, Albin Michel, 1964, p. 154.) L'on vénérait ce roi défunt, comme à Rome on vénérait Auguste après sa mort, et on lui sacrifiait des enfants.

Peut-être que Valère Novarina avait aussi lu Nathalie Henneberg, ou alors sa source...

Chez la romancière méconnue, ce passage n'est qu'un exemple des discours assez longs sur un mal spirituel existant dans le cosmos. Son roman évoque, dans le futur, une contamination globale de l'humanité par une force maléfique. Pour lui faire face apparaissent des mutants, devenus tels sans qu'on sache comment, la nature même ayant visiblement voulu trouver une parade à l'invasion mauvaise. Ils sont doués de pouvoirs surhumains, peut-être un peu trop grandioses pour être crédibles, comme de diriger le temps et l'espace.

C'est un roman qui ne manque pas de scènes et d'images fortes, de descriptions grandioses. Les anges y sont des extraterrestres très évolués, ayant éclairé l'humanité jusqu'à lui apprendre à vivre dans des cités fabuleuses parmi les étoiles. Ils ne sont pas comme les démons de la Plaie, ils ne sont pas une force spirituelle, qui cette fois serait bonne. C'est ce qui rend le roman un peu incohérent, car d'ordinaire les démons sont des anges déchus, or Nathalie Henneberg ne parle que de la force spirituelle mauvaise, et pour les anges, elle les matérialise. Quant à la force inconnue qui crée les mutants, elle reste une présence universelle vague, indéfinie.

L'ensemble donne le sentiment d'avoir voulu mêler la spiritualité à la science-fiction de façon disparatewallpaper-fantasy-angel-alonso.jpg. Le monde futuriste est classique, avec des vaisseaux spatiaux et des pistolets-laser, et il contient de belles batailles spatiales dignes de Star Wars, mais la part d'occultisme que l'auteur a ajoutée s'y insère par blocs, grumeaux, qui ne manquent pas d'intérêt en soi, mais qui ne parviennent pas toujours à faire avec le reste un tout - notamment parce que l'ésotérisme, au lieu de s'insérer dans l'action même, est constitué de discours plus ou moins dialogués, comme chez Huysmans.

Mais la tentative de mêler science-fiction et monde des esprits est intéressante, et son roman se lit agréablement. Même s'il y a un peu trop d'horreur, les décors et les combats sont souvent beaux et grandioses, et la force démoniaque donne de la profondeur et de l'ampleur.

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15/07/2016

Michelet est-il un créateur de mythes?

jules-michelet.jpgPierre Albouy, dans son livre Mythes et mythologies dans la littérature française (1969) présente Jules Michelet (1798-1874) comme un créateur de mythes parce qu'il assimile le Peuple à Dieu et Dieu à Prométhée, puis fait de Jeanne d'Arc et des révolutionnaires de 1789 des représentants de ce Peuple. Mais je ne crois pas que cela suffise pour créer une mythologie. Cela me paraît léger.

Michelet semble simplement utiliser des figures de rhétorique pour exprimer ce qu'il aime. Que ces figures soient pleines de feu ne transforment pas cet orateur en poète épique. Si seulement, à l'exemple de Lucain, le poète romain aussi grand orateur, il avait inséré des visions d'entités supérieures ou l'oracle d'Apollon et des morts, dans son texte! Mais si Lucain a bien touché, lui, à la mythologie, Michelet est resté en deçà.

Rappelons que Lucain a fait un poème épique sur la guerre civile entre César et Pompée, dans laquelle il présente le premier comme orgueilleux et impie, le second comme bon et loyal. Il fait avoir au premier la vision du Génie de Rome, une femme portant des tours sur sa tête, qui lui interdit le passage du Rubicon, et au second un rêve visionnaire, dans lequel sa première femme, fille de César, lui annonce qu'il va bientôt mourir. Elle-même vit dans le royaume de Dis, comme dit le poète.

En outre, Lucain évoque l'oracle de Delphes et la prise de possession de la Pythie par Apollon, d'ailleurs d'une manière assez terrible, puisque cette prise de possession entraîne la mort de la jeune fille, dont le corps ne peut supporter la présence divine. Il évoque, également, la lutte entre Hercule et Antée sur le rivage lybien – Antée qui reprenait des forces dès qu'il touchait le sol, étant fils de la Terre. Et puis il a d'abondants vers sur les sorcières de Thessalie et leurs capacités à ramener les âmes du pays des morts et à animer les cadavres encore frais et à les faire parler. Voilà ce qu'on peut appeler de la mythologie. Car il ne 800px-Busto_de_Lucano,_Cordoba.JPGs'agit pas d'exposés sur des croyances: ces évocations entrent dans l'action, s'y insèrent. À cet égard, Frédéric Mistral rappelle davantage Lucain que Michelet!

Celui-ci plaque des abstractions sur les choses, et teinte de lumière ou de ténèbres ce qu'il aime et ce qu'il n'aime pas; mais s'il avait été un créateur de mythes, il nous aurait dit quelle entité spirituelle, concrètement, s'était incarnée dans le peuple en 1789, ou dans le corps de Jeanne d'Arc. Il dit que c'est la France. Mais encore? Il dit que la France est la cristallisation des vertus universelles. Qu'elle matérialise les forces de création primordiales. Mais ce sont là de beaux mots, très théoriques. Et qui peut croire, du reste, que les forces de l'univers seraient allées se coincer à Paris, et qu'elles y resteraient bloquées pour l'éternité? Il suffit de représenter ces forces divines d'une façon un tant soit peu réaliste et crédible pour que l'imagination tombe. On n'y croit que parce qu'on a envie d'y croire. Si les entités divines et prométhéennes sont représentées, comme elles doivent l'être dans les mythes, comme des personnes réelles, douées de pensées, de sentiments, de désirs, on distingue sans peine qu'elles peuvent être tantôt à Paris, tantôt ailleurs. Et qu'à Paris ne vit que l'esprit de Paris, qui n'est pas celui de l'univers, et qui ne l'accueille certainement pas de façon constante. Un mythe sans logique interne, sans rationalité inhérente à lui-même, ne peut pas être dit un mythe, et ne sort pas des mots.

Le chauvinisme demande peu, pour croire au merveilleux. Mais la poésie demande plus, pour que cela puisse être appelé mythe.

09:03 Publié dans France, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/07/2016

Diversité des régimes selon les lieux (Lamartine)

Osenece1.jpgL'Académie de Mâcon vient de publier un recueil de pensées et de souvenirs de Lamartine, extraits d'œuvres peu accessibles en prose. Car le poète a été un homme politique important, et pas seulement à Paris: il était président du Conseil général - justement à Mâcon.

Convaincu que les formes extérieures étaient la marque passagère d'un flux éternel, il a scandalisé ses amis savoyards en relativisant le catholicisme, mais aussi la royauté, et en se ralliant à la république. Pourtant, il ne voyait même pas en celle-ci une forme absolue, un idéal indépassable, et cela peut expliquer qu'il n'ait pas rallié beaucoup de suffrages lorsque, en 1848, il se présenta aux élections présidentielles: le peuple aime les hommes à idées simples, clairement identifiables, qui se rattachent à une forme stable, se confondent avec elle. Lamartine était trop poète: il regardait les choses de trop haut.

Un passage du livre mentionné exprime son relativisme politique: Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les PCA_Discours.jpgprincipes qui les régissent ont des phases successives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiques, constitutionnels, républicains, sont l'expression de ces différents degrés de maturité du génie des peuples. […] La Monarchie et la République ne sont pas, aux yeux des véritables hommes d'État, des principes absolus qui se combattent à mort; ce sont des faits qui se constatent et qui peuvent vivre face à face, en se comprenant et en se respectant. (Alphonse de Lamartine, Récits familiers, discours solennels, Mâcon, Académie de Mâcon, 2016, p. 58.)

À vrai dire, le relativisme est ici modéré par l'idée de progrès. La diversité s'explique par les vitesses inégales d'évolution entre les peuples; en soi, la république est bien un progrès par rapport à la monarchie - à condition d'admettre que de vieillir est un progrès. Car sous un certain point de vue, c'est aussi une régression: ce qui est dirigé depuis la raison n'a pas la vitalité de ce qui est dirigé depuis le cœur.

Peut-être qu'on aura trouvé le régime idéal quand on sera parvenu à synthétiser l'un et l'autre. C'est à ce titre, sans doute, que les régimes différents restent utiles, comme manifestations de qualités à acquérir. Le danger, ce sont les formules simplistes qui prétendent définir par l'intellect seul ce qu'il faut instituer.

Lamartine a une vision unitaire de l'humanité, malgré son relativisme. Il s'efforce de concilier la mécanique évolutive et la vie réelle des peuples, de l'être humain.

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11/07/2016

Le poète Yves Bonnefoy

yvesbonnefoy5_360x225.jpgLe poète Yves Bonnefoy vient de mourir à l'âge de quatre-vingt-treize ans, et je l'ai entendu réciter ses poèmes à l'époque où je vivais à Paris. Il est apparu, dans une chemise jaune et sous ses cheveux blancs, ondoyants et rejetés en arrière, et j'ai pensé qu'il avait justement l'air d'un poète. Sa voix était grave et nostalgique, et ses poèmes l'étaient aussi. Ils faisaient surnager des images suggestives dans une brume d'or. Ils parlaient de barques célestes inaccessibles et de palmes.

L'atmosphère de ces poèmes me faisait penser à ceux de Paul Valéry, que j'aimais; mais Valéry s'appuyait plus clairement sur la mythologie, qui est ma grande affaire, si l'on peut dire. Pour moi la poésie mythologique est une sorte de sommet. Bonnefoy exprimait davantage ses sentiments personnels sur l'évanescence des sphères supérieures. Il rejetait le platonisme et la conception d'un monde de formes-idées que la poésie manifesterait par la métaphore. Il était adepte d'une théologie négative qui obligeait le poète à exprimer son aspiration sans lui donner une butée. Il ne devait pas faire déboucher l'âme sur l'illusion d'un autre monde, comme le pensait Lovecraft. Car, même admis comme illusion, ce monde se posait forcément comme hypothèse, et pouvait toujours cristalliser le sentiment religieux.

Un peu plus tard, j'ai entendu Bonnefoy prononcer une conférence sur les liens entre l'image et la poésie, justement. Il s'appuyait sur une expression d'Horace - pour moi un sommet de la 200px-Quintus_Horatius_Flaccus.jpgpoésie lyrique: du sentiment intime il faisait surgir l'image des dieux et des héros, dans ses Odes, et depuis l'image des dieux et des héros, il touchait au sentiment intime. J'avoue n'avoir jamais lu de poète lyrique convenant plus parfaitement à mes attentes. Beaucoup critiquent Horace, mais je ne comprends pas pourquoi.

Cela dit, cette conférence de Bonnefoy ne m'a pas laissé de souvenir très précis. Il faisait une revue de la sculpture et de la peinture dans l'Antiquité et depuis la Renaissance, et cela m'a frustré, car j'aimais le Moyen Âge, et lisais François de Sales, qui restait fidèle à ce Moyen Âge en faisant de l'image un moyen d'élever l'âme vers la Divinité. Sans doute Bonnefoy s'interrogeait-il davantage sur la plasticité des images, de manière plus classique.

Il exprimait avec art son sentiment d'incertitude et son aspiration douloureuse à l'Inconnaissable. C'était assez conforme à l'agnosticisme régnant, et je m'étonnais, en l'écoutant, en le lisant, qu'il ne fît pas comme son ami Charles Duits, qui touchait, par ses mots, à des entités spirituelles perçues au fond de la brume lumineuse. N'était-ce pas une voie pour apaiser la douleur? L'exemple d'Horace, même, montrait que dans la poésie lyrique, c'était possible, que cela s'était fait: car Duits était plutôt un écrivain épique. Mais il eut moins de succès que Bonnefoy, souffrit plus de la solitude.

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07/07/2016

Degolio LXXXIX: le terrible secret de l'Homme-Dragon

devil_eyes_by_dibujante_nocturno-d794z0g.jpgDans le dernier épisode de cette série retraçant la geste du Génie d'Or, gardien de Paris, nous avons laissé celui-ci alors qu'il s'apprêtait à révéler à ses amis la véritable nature de l'Homme-Dragon, qu'il avait vue au fond de son âme en le regardant dans les yeux. Il dit:

Or donc, comme Captain Corsica l'a deviné, lorsque j'ai regardé dans le fond de ses yeux, des images du passé me sont apparues, en lui souvenirs vivaces.

Ils remontaient au temps où Noscl était encore une cité riche et glorieuse. Sainte Apsara n'était alors qu'une enfant.

Le véritable nom de l'Homme-Dragon est Estordül, et son père se nommait Atlocor. Il était un guerrier énorme, ce que les mortels nommeraient un géant. Avec les siens, il attaquait sans relâche les remparts de Noscl, tuant les Immortels qui s'opposaient à lui, et de grandes batailles eurent lieu, où beaucoup de sang fut versé. Mais le plus triste est que des filles de Noscl furent capturées par ces fils de l'Orc et qu'ils les emmenèrent et les réduisirent en esclavage et les contraignirent à engendrer par eux une nouvelle race de guerriers, doués de pouvoirs étonnants: car ces unions forcées étaient accompagnées de sortilèges, se déroulaient selon un rituel magique. Et c'est là qu'apparaît en entier l'horreur de la chose, car en naissant les fils de ces monstres, trop grands et trop affamés, tuaient leurs mères, les déchiraient et les dévoraient.

Je ne puis décrire les douleurs atroces qu'elles eurent à subir, et le deuil de leurs pères, de leurs frères, de leurs maris, qui finirent par apprendre ce sort et ne parvenaient pas, hélas! à délivrer leurs filles, sœurs, femmes, malgré les assauts qu'incessamment ils lançaient contre la forteresse de l'Ennemi. Et ils en étaient désespérés, et leur souffrance en était immense, et résonnait jusqu'au fond du ciel et faisait trembler et pleurer jusqu'aux étoiles; Dungeons-And-Dragons-Concept-Art-8-Wallpaper-Background-Hd-1024x583.jpget beaucoup d'entre eux, voyant qu'ils ne prenaient pas le dessus, se tuèrent de leurs propres mains en lançant des imprécations contre les dieux, puisqu'il avaient permis que de telles choses advinssent.

Pourquoi le permettaient-ils? Pourquoi permettent-ils encore que surviennent tant d'atrocités? Il n'est pas dans mon pouvoir de le dire. Je crois le savoir, mais à cet égard de vaines pensées peuvent faire plus de mal que de bien: la sagesse divine est quelque chose qu'il faut sentir en soi, qui doit monter des profondeurs, et non descendre de la tête creuse, pleine de pensées illusoires, des êtres doués de raison.

Et les guerriers immortels, pris au piège de leur souffrance, furent entourés des fils de l'Orc, qui les décimèrent, ou les capturèrent pour les torturer et leur montrer les souffrances de leurs filles, sœurs et femmes, car ils prenaient plaisir au malheur des autres, et en tiraient, abominablement, une joie et une force.

La conscience de ces choses vint à Estordül dès le lendemain de sa naissance, par une opération secrète qui fit passer l'âme de son père dans son corps renouvelé, rajeuni par le don de sa mère. Avant de venir au jour, il était tel qu'une bête sauvage, un fauve, mais d'une étonnante vigueur; la nuit qui suivit le vit investi de l'esprit de son th.jpgpère, et rempli de ses souvenirs et de sa connaissance. Telle était la manière de ces êtres de se reproduire et de se pérenniser tout en progressant continuellement: ils se déplaçaient de corps en corps en engendrant de nouveaux corps par la capture d'êtres autres, immortels voire mortels; telle était leur sorcellerie, et telle elle est encore. L'Homme-Dragon est un être abominable, à la fois violeur et tueur de sa mère et père de son père. Il n'a rien de bon en lui: sa corruption est illimitée. C'est un secret effroyable, qu'il m'a involontairement révélé, quand j'en ai distingué le souvenir dans son regard fou.

Car cela l'a rendu tel, que de renaître de cette façon. Cela l'a rendu insensible à la pitié, et en même temps cela lui a donné des pouvoirs énormes: car c'est un des mystères de l'initiation démoniaque, qu'elle aboutit à ce résultat paradoxal! Ces opérations, en effet, ont ajouté, à l'esprit de son père, l'esprit du fondateur secret de sa lignée, et par delà celui d'une entité abjecte, qui par son ancienneté gagne le droit, si elle vit sur Terre, de régner sur toutes les autres, mais qui, si on s'en remettait à son sens de la justice, devrait plutôt être projetée dans l'abîme et y être enchaînée à jamais. Elle porte en elle le souvenir d'une naissance cosmique, antérieure à la Terre; mais elle porte aussi les marques d'une corruption effroyable, inouïe, inconnue des hommes.

Mais le lecteur, certainement éprouvé par ces épouvantes, devra attendre une fois prochaine pour connaître la suite de ces mystères.

09:12 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

05/07/2016

L'âme de l'entreprise

cgt-A-logo.pngLa CGT, en France, s'en prend en particulier à une réforme du Code du Travail qui permet aux entreprises de décider d'une disposition, après un vote majoritaire du personnel. Elle ne veut pas que l'on sorte du principe de l'accord national de branche, parce que, dit-elle, dans une entreprise le patron peut faire pression sur les salariés. Dans une nation, le gouvernement peut faire pression aussi, à vrai dire, et Stendhal disait que l'homme le plus riche de France, c'était le gouvernement.

Peut-être que la CGT a raison, mais il me semble que sa position traduit un culte de la nation qui relève du sentiment, ou de l'instinct, plus que de la raison. Il est possible, après tout, que la Nation contienne un génie permettant l'égalité et empêchant le patronat d'empiéter sur les droits des travailleurs, mais j'en doute. Même si la nation contient un génie, il n'a pas ce pouvoir.

En a-t-il un plus grand que celui d'une entreprise? Pas forcément. Je suis de ceux qui croient que non seulement les peuples ont un génie, une âme, mais aussi les entreprises. Tout groupe, quelle que soit sa taille, a un esprit unitaire, un égrégore, qui plane au-dessus de lui. Je pense qu'il faut lui donner une réalité juridique, au même titre que la nation. Je suis donc favorable en principe au référendum à l'intérieur d'une entreprise. Je ne suis donc pas d'accord avec la CGT.

Peut-être qu'elle a raison lorsqu'elle craint le pouvoir des patrons, car même si je crois que le culte de la nation est plutôt de l'ordre de l'instinct que de l'intelligence, cela n'empêche pas forcément ses arguments d'être justes en soi. Je ne suis pas juriste et ne travaille pas dans une entreprise privée. Mais je suis persuadé qu'il existe des moyens de garantir la liberté de vote des travailleurs.

En tant que fédéraliste, je suis favorable à la démocratie dans l'entreprise aussi parce que, selon les régions, je crois qu'on a une vie d'entreprise différente, et que, par conséquent, tout ne doit pas être décidé nationalement. Mais à la rigueur, je suis fédéraliste jusqu'à la vie de l'entreprise, car chaque entreprise est différente, et même s'il existe des tendances régionales voire nationales, G-150513175310.jpgil faut que chaque entreprise puisse s'exprimer en son nom propre.

Naturellement, pas plus qu'au niveau national, l'esprit collectif de l'entreprise ne peut s'exprimer par le seul monarque inspiré que représenterait le patron, par ailleurs propriétaire des moyens de production - en général par le hasard de la naissance et des héritages. Car le capital, je l'admets, ne se transmet pas en fonction de la créativité ou des compétences individuelles, mais selon les contraintes mécaniques de la vie sociale.

Cependant la nation ne garantit pas réellement qu'il en aille autrement. Elle a aussi sa mécanique propre, et il n'est pas vrai qu'elle soit dirigée uniquement par l'esprit de raison, d'égalité et de justice.

Cela dit, je comprends qu'on veuille trouver le rempart contre l'arbitraire patronal dans la loi républicaine, ou Dieu, ou la conquête de l'espace, ou la vie naturelle. En un sens, c'est une belle aspiration, un noble sentiment.

07:53 Publié dans France, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

03/07/2016

Hiérarchie des arts

393815-volume18cover_super.jpgJe m'amuse à lire le manga Naruto, et c'est plein d'idées mythologiques que j'aime bien: je crois plus au chakra, pour les super-pouvoirs, qu'aux machines, et l'auteur de Naruto aussi. Naruto lui-même est un garçon-renard, il est possédé par l'esprit du renard, le fameux démon renard si connu au Japon. Il appartient à une école initiatique, une école de guerriers magiques ninjas.

L'auteur de Naruto se nomme Masashi Kishimoto, et il raconte par intermittences, dans ses ouvrages, comment il est devenu auteur de manga. Il a fait les Beaux-Arts, mais l'impudence de ses professeurs qui critiquaient l'art populaire sous prétexte qu'il est commercial l'indignait, parce que dans le même temps ils venaient se vanter d'avoir vendu une toile: la cohérence n'y était pas, et on pouvait simplement dire qu'ils étaient jaloux des artistes populaires qui gagnent leur vie par leurs œuvres. Il écrivait, ainsi: j'aime la pratique des beaux-arts en soi, et je respecte les vrais artistes, mais le danger vient de ces personnes qui tentent d'établir des comparaisons entre les arts plastiques et l'art de diffusion de masse. Ils ne sont ni des artistes « nobles », ni des artistes de l'art populaire, mais de sombres charlatans. (Masashi Kishimoto, Naruto 18, Bruxelles, Kana, 2005, p. 66.)

Ce franc-parler a quelque chose de plaisant, on ne l'a pas en France, peut-être parce qu'il n'y a pas d'artistes populaires gagnant leur vie par leur art. Ou est-ce que les professeurs d'art sont plus respectueux de l'art populaire qu'au Japon? Je ne pense pas. Les professeurs critiquent vivement l'art populaire américain ou asiatique, en général. Et je suppose qu'ils sont fiers quand ayant produit une œuvre elle marche bien. Peut-être aussi que les quelques artistes populaires de France ont trop peu d'indépendance et dépendent trop des subventions, directes ou indirectes, pour oser être aussi rebelles. Je crois que Mathieu Kassovitz a parlé un peu dans le même sens, un jour. Mais du coup il ne fait plus de films, il ne peut plus.

Il y a beaucoup d'artistes populaires professeurs, du reste, comme Jean-Claude Nicollet. Mais si le marché de l'art populaire était plus ouvert et si des auteurs pouvaient en vivre comme au Japon, peut-être bien que les artistes populaires parleraient le même langage que Masashi Kishimoto.

08:57 Publié dans Culture, Littérature, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook