02/10/2016

Degolio XCIII: le mystère des tours d'acier

3dfa0ca1b894f995ef601420e1de0a08.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé notre héros, le Génie d'Or, alors qu'il conversait avec le roi Cyrnos, l'immortel père de l'île de Corse, et qu'il lui avait transmis un message des puissances d'En Haut, lequel lui recommandait de laisser son sceptre à son fils. Et de cette insolence le vieux roi avait marqué de l'humeur, rappelant qu'il tenait son sceptre et sa couronne d'une haute entité, et qu'il ne les devait à aucun de ceux qui avaient pu délivrer ce message à Solcum.

- Je le sais, fit le Génie d'or. Pardonne mon insolence. Ou, du moins, mon irrévérence. Je voulais seulement te redire que tu as toujours, dans la sphère de la Lune, ton siège qui t'attend, et que les tiens seraient heureux de t'y revoir: il ne s'agissait pas, pour moi, de te dicter en quoi que ce fût tes actions. Je ne voulais que te signifier l'amour de tes frères et sœurs, malgré les siècles qui te séparent du dernier moment où tu les vis, et que ce dernier moment ne fût pas heureux.

À vrai dire, par delà cet amour qu'ils te portent, ils s'inquiètent, également, de l'être qui pourrait un jour occuper ce siège, si, sans ton aide, ils ne parviennent pas à le défendre. Car tu sais que des candidats guettent, et qu'ils n'ont point l'âme noble que tu as toi, qu'ils l'ont même noire, et qu'ils épient le royaume d'En Haut depuis leur geôle d'En Bas. Fantômas, à Paris, s'emploie à leur donner une voie de passage hors de leur prison, vers le royaume lunaire, par ses bâtiments infâmes, ses tours, destinées à protéger les démons de la colère des cieux, et des rayons des astres, pour eux pareils à des flèches. Il construit une cité qu'il dit futuriste, mais qui donne aux doigts de Mardon la possibilité d'agripper les cieux, et de lancer des traits de feu, des fusées qui assaillent la cité de la Lune. Les tours lui servent de gants, de gants qui le protègent, et en même temps de carapaces qui protègent ses troupes. Depuis leurs sommets, ils lancent leurs attaque; elles jaillissent comme des lances, bien que les mortels ne les voient pas - et, naïfs qu'ils sont, se contentent de s'enorgueillir de leurs prouesses, quand ils aperçoivent ces tours qui défient les cieux. Les antennes d'acier, d'où partent des traits qui déchirent les nuages et atteignent les étoiles, leur paraissent simplement la fleur de leur art, et ils ne distinguent rien de ce qui en constitue l'envers, en quelque sorte le prix à payer, ni de quels lieux obscurs leur science est venue. Il en est ainsi, ô Cyrnos; tu ne l'ignores pas. Et moi, je dois aller combattre Fantômas et ses alliés immondes. Je dois donner une chance aux mortels de purifier leurs œuvres, de les transformer pour les mettre à l'abri des esprits qui les ont suscitées par ruse, et ne leur en laisser que le bénéfice. Je dois trouver la porte de leur bénédiction.

Mais ton siège vide crée une faille dans la défense de la cité sainte, et laisse pour ainsi dire les forces d'En Bas passer en haut, et s'y asseoir; avec combien plus de vigueur seraient-elles repoussées si l'armée des Elfes était au complet!

Je sais, certes, que tu œuvres ici de la même façon, et protèges ce qui reste de son siège, ce que tu as pu en emporter; que tu résistes à l'Ennemi depuis ton noble royaume propre, et que tu n'as pas de leçon à recevoir. L'amour des tiens, toutefois, n'est-il pas une chose à considérer?

Cyrnos à ces mots s'adoucit, mais son ton resta fier: Écoute, Solcum, dit-il, je souhaite aux immortels d'En Haut de résister victorieusement aux attaques lancées depuis les tours d'acier de Paris, ou d'autres cités humaines. Et je serais otherlandcityofgoldenshadows.jpgheureux de les aider à mener cette bataille et à en sortir vainqueurs. Mais je ne puis laisser ce royaume que j'ai fondé, et Captain Corsica n'est point encore en mesure de le gouverner: il lui reste beaucoup à apprendre. Il a en lui encore beaucoup de la nature mortelle acquise par le lait de sa nourrice. C'est une force, et en même temps une faiblesse, et il lui faut transformer ce lait en liqueur pure, afin qu'il devienne plus grand que moi. Car les temps sont durs, et puissants sont les ennemis. Pour le moment il a besoin que je reste auprès de lui. Et en attendant, je te le dis: tu dois toi-même secourir les tiens, et leur faire passer de ma part ce message: qu'ils combattent vaillamment, et ne m'attendent pas; car leur courage ne doit pas dépendre de ma présence. Quant à moi j'ai mes propres missions. Mais dis-leur que je pense à eux, et que de mon cœur montent des feux qui peuvent les aider et freiner, sinon abattre, les démons dans leur marche vers le Ciel.

Mais hélas, sur ces mots étranges devons-nous laisser cette conversation grandiose, pleine d'énigmes, posant plus de questions qu'elle ne donne de réponses, et créant un espace imaginaire qu'on a peine à prendre au sérieux. La prochaine fois, nous verrons le chemin que prit le Génie d'or, et quelles furent ses ultimes paroles!

09:27 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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