14/10/2016

Le secret du Génie d'or (Perspectives pour la République, XIX)

vengeful-spirit-fan-art-wallpaper.pngCe texte fait suite à celui appelé L'Ultime Colline, dans lequel je raconte avoir distingué le royaume où vivent les trois dames qui connaissent le secret de l'Homme Divisé, que je devais percer en me rendant auprès d'elles. Je devais y aller en compagnie d'une immortelle qu'on nommait Ithälun, mais le Génie d'or ne m'y accompagnerait pas; et je m'en étonnai auprès de lui.

- Je le voudrais, répliqua-t-il; mais ne le puis. Car il est des chemins qui me sont interdits, pour des raisons qu'il me peine de dévoiler. S'il advint qu'un trop grand danger vous oppresse, je serai contraint de venir. Mais il me faudra alors le payer cher.

« Ecoute: j'ai reçu l'ordre de demeurer aux portes du règne immortel - à celles qui le séparent du royaume des mortels, où j'interviens constamment pour régler les affaires trop difficiles pour eux. Je ne puis m'éloigner, et dois rester en compagnie de ma mère, non loin de ce que tu appelles Paris. Si je m'éloignais, il en adviendrait des malheurs, car je maintiens à distance des êtres avides de commander les éléments d'une manière hostile aux hommes, remplis qu'ils sont de haine pour eux, et assoiffés de leur sang. Ils désirent détruire Paris, et on les distingue, au fond des tempêtes, hurlant leur rage, montrant leurs bouches énormes à ceux qu'ils veulent voir y entrer, jetant des éclairs de leurs yeux furieux. Je dois sauver les êtres humains d'eux-mêmes en maintenant la cité sous une bulle, en la défendant contre ces êtres; je dois maintenir à distance des spectres que les hommes eux-mêmes créent, par leur folie, mais sans en être conscients. Le Christ me commande de les épargner de leurs propres péchés et de leurs conséquences, afin qu'ils aient le temps de gagner le ciel et de se repentir. Et mon devoir est de ne pas faire différemment. Or, si je m'éloignais pour te secourir, je ne le remplirais plus, et des désastres pourraient en survenir, car chaque jour, chaque nuit, des Parisiens s'élèvent des vapeurs qui renforcent les êtres odieux qui veulent les détruire. Je suis leur bouclier, et sans moi les traits de ces êtres les consumeraient et les transperceraient - les anéantiraient, les mettraient en pièces.

« Certes, Ithälun n'est pas dans ce cas; elle est libre, appartient à une classe d'êtres plus élevés. Et elle ne doit que peu aux dieux, contrairement à moi, qui ai commis des fautes que je dois réparer: car c'est en partie moi qui ai créé la situation que je t'ai décrite, et ai permis aux déchets des âmes des hommes de Paris de nourrir les démons et de les renforcer, voire de les créer. Je ne puis t'en dire davantage; mais dans les temps anciens je n'avais pas choisi le bon camp, et dans mon ombre des crimes furent commis. À présent je dois me repentir et payer, mais combien le prix de mon rachat sera grand, si j'abandonne cette tâche qui est une pénitence! Il se pourrait faire qu'il devînt hors de ma portée, et que d'autres sacrifices lui fussent nécessaires, accomplis par des innocents, selon la loi de réversibilité des peines des coupables par le don des martyrs. Le sang des justes alors est une grâce, une puissance par laquelle je puis me libérer de chaînes méritées et m'arracher aux tourments qui les accompagnent. Il est porté jusqu'à moi par des anges, et, dans une coupe d'or, l'essence m'en est donnée - et ma force en est décuplée, par laquelle je puis me délivrer du mal!

« Ithälun, Ithälun me décrit cette mission qui est la mienne, et me la confie, car elle est une messagère; elle se dévoue pour moi et voici! elle t'accompagnera en mon nom, puisqu'elle peut s'éloigner de la cité des hommes et gagner le monde où se résoudra l'énigme de l'Homme Divisé - et où tu dois donc te rendre avec elle.

- Ô Génie d'or! j'avoue peu comprendre tes paroles, m'écriai-je. Mais je comprends que je dois agir comme tu me le demandes, et ainsi ferai-je, puisqu'aucun autre choix n'est possible à l'homme de bien. Mais pourrai-je rentrer ensuite parmi les miens - parmi les mortels, dont je suis issu?

- Oui, répondit le guerrier étincelant. Tu pourras rentrer, quand tu auras consulté l'oracle du Temple de l'Ultime Colline, comme nous l'appelons. Quand tu auras rencontré les trois dames mystérieuses qui connaissent le secret qu'ici nous avons perdu, tu pourras t'en retourner parmi les tiens, parmi les mortels dont tu es issu. »

(À suivre.)

07:18 Publié dans Education, France, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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