19/12/2016

Yves & Ada Remy: Maison du Cygne

La-Maison-du-Cygne.jpgYves & Ada Remy sont un auteur connu surtout pour avoir produit un chef-d'œuvre de la fantasy francophone, Les Soldats de la mer (1968). Un monde parallèle, inspiré par la période napoléonienne, voit des hussards pénétrer des zones mystérieuses, pleines de brumes et de fantômes, et même les nymphes de la mer sont des réalités dans cet univers. Dommage que celui-ci soit fictif - qu'il le soit explicitement: cela le vide de sa substance. En soi, il est magnifique. Que l'action y soit lente, sans relief, est compensé par la brièveté des récits composant une mosaïque et dessinant ce monde peu à peu, en une belle chronique de l'Ailleurs.

J'avais depuis longtemps pour projet de lire les autres livres de cet auteur à deux têtes, et le second plus célèbre, La Maison du Cygne (1978), m'est tombé entre les mains. Je l'ai lu, et la conception en est grandiose, typique des années 1970, et comme un aboutissement: la science-fiction s'y fait mythologique, car il y est raconté que des entités extraterrestres, non pourvues de corps, contrôlent l'humanité et influencent son destin de façon cachée, en agissant dans le secret du corps astral - par le biais de l'inconscient. Ils prennent aussi un corps humain pour habiter la Terre et y guider des humains choisis, élus pour réformer l'humanité.

Ce tableau un peu paranoïaque fait appel à l'ésotérisme, et quand, l'autre jour, je me demandais si des liens avaient pu être établis entre l'évolutionnisme chrétien de Teilhard de Chardin et le surréalisme d'André Breton, je ne savais pas encore que cette Maison du Cygne apportait un début de réponse. Les extraterrestres y sont bien des Grands Transparents agissant au-dessous de la conscience pour favoriser l'Évolution sur Terre.

Le titre renvoie à une constellation présentée comme plutôt bonne, qui cherche à faire fraterniser les hommes, à faire triompher parmi eux l'idée collective. On reconnaît encore la tendance globalisante de Teilhard de Chardin, et même le communisme d'André Breton. Face au Cygne est la maison de l'Aigle, qui, championne du libéralisme, promeut l'individu avant tout. Mais, comme chez Teilhard, encore, cette opposition auteur09.jpgn'en est pas une, ultimement: car le gouvernement du monde alterne entre les deux Maisons, qui sont en fait d'accord, pour ainsi dire de mèche. C'est peut-être un peu trop calqué sur le système démocratique. Et les machines prennent peut-être un peu trop de place, même si elles apparaissent comme symboliques avant tout.

En outre, l'intrigue est plutôt pauvre, car elle est fondée sur la découverte progressive de ces mystères occultes, et on n'avance que lentement: le style un peu vague et abstrait peine à cristalliser les concepts. Il s'agit surtout de présenter un tableau fantasmatique et mythologique, et l'ensemble apparaît comme très intellectuel. Mais c'est quand même un grand livre, fascinant, et débouchant sur de vraies grandioses visions.

Yves et Ada Remy resteront comme les pionniers d'un genre.

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