29/12/2016

Le Père Noël prisonnier de la tour Eiffel (conte du 25 décembre, épisode III)

12687780_10201298354496995_5930964790228778625_n.jpg(Suite de l'épisode précédent. Le démon Abbedon de la tour Eiffel parle.)

Il dit: « Cessons de nous envoyer des rayons de feu à la figure, ange de la liberté. Ta prétention doit être matée par un combat rapproché, aux poings. » L'Homme-Météore répondit: « Ton orgueil, et ton excessive foi en ta force, sont si manifestes que c'est bien eux que les dieux voudront châtier, tandis que moi, je ne fais qu'accomplir la mission qu'ils m'ont confiée, et défendre la liberté du Père Noël, de saint Nicolas, de se rendre sur tous les toits de Paris où il est le bienvenu.

- Pauvre fat! » s'écria Abbedon, et il se jeta sur l'Homme-Météore, qui s'était approché, et posé sur la même poutrelle que lui.

Le combat fut terrible. Les coups de poing et de pied s'échangèrent à la vitesse de l'éclair, et la tour tremblait, sous le choc terrible de leur rencontre. Pressés l'un contre l'autre, semblables à de farouches boxeurs, ils s'envoyaient des coups à fendre les montagnes, des directs, des crochets et des uppercuts à briser la mâchoire d'un gnou. Prenant du recul, ils se tapèrent de leurs pieds rendus pareils à des marteaux, et de face ou de côté, chassés ou fouettés, ces pieds virevoltaient, de telle sorte que l'on ne sait pas si les héros n'étaient pas suspendus dans l'air, tant ils semblaient n'avoir nul besoin de se poser sur l'élément solide.

Le corps d'acier de l'un, l'armure d'or et de titane de l'autre étaient meurtris, fendus, enfoncés par la violence de ces coups. Si rudes étaient ceux-ci qu'ils furent envoyés à plusieurs reprises au-delà de la tour par leur adversaire; mais inlassablement, comme ils pouvaient voler, ils revenaient, et la bataille recommençait, sous le chapeau de la tour. Celle-ci tremblait, on aurait cru qu'elle allait s'effondrer. Des éclairs jaillissaient, car les mains et les pieds des deux héros étaient remplis d'énergie, et elle en jaillissait comme malgré eux, décuplant leur force.

Du sang coula du nez d'Abbedon et de la bouche de l'Homme-Météore. Leurs bras étaient endoloris, leurs membres devinrent lourds. Mais ils n'arrêtèrent point ce combat.

À ce jeu, à vrai dire, Abbedon se montra rapidement plus fort que Robert Tardivel. Il possédait la puissance même des flots de la Seine, coulant entre ses deux rives. Elle lui avait été donnée par le géant son maître. Mais l'Homme-Météore était plus vif, et, plus souvent que son adversaire, il évitait ou Iron-man-vs.-super-skrull.jpgparait les coups, qui lui semblaient assez lents, tandis qu'Abbedon avait à peine le temps de voir les siens, et était plus souvent touché. L'Homme-Météore se baissait, bondissait de côté ou sautait en l'air, et, pareil à une étincelle virevoltante, il tournait autour du démon, de ses poings l'accablant au flanc, au dos, à la tête. Mais l'autre à un certain moment l'attrapa au pied avec sa queue, et lui asséna des coups terribles, une fois qu'il fut immobilisé et mis à portée par cette ruse. Cependant d'une frappe de son sceptre cosmique (qu'il avait rangé à sa ceinture pour mieux se battre aux poings, mais repris lorsque le démon l'avait saisi ainsi), il se dégagea, et put reprendre sa stratégie, d'être comme une vive guêpe autour de son ennemi.

On n'eût su dire qui allait l'emporter. Le Père Noël, navré de ce déchaînement de violence, espérait tout de même que le génie de la liberté vainquît le démon de la tour Eiffel; mais il n'osait rien dire. Il craignait, surtout, l'effondrement de la tour sous le poids des coups portés, et plaignait les hommes qui, ayant voulu la visiter en ce soir de Noël, étaient terrorisés par les tremblements de la tour oscillante, et se croyaient déjà morts. Ils ne savaient trop à quoi attribuer ces mouvement erratiques de la tour; au téléphone, ils hurlaient, gémissaient, pleuraient, évoquaient des vents d'altitude, une bombe d'un terroriste, peut-être, et annonçaient qu'ils ne seraient jamais revus de leurs proches. Certains enjoignaient à leurs interlocuteurs de rester calmes, mais eux-mêmes avaient l'air effarés, et leurs yeux anges-armee_article.jpgécarquillés étaient injectés de sang.

La tour se fût effondrée, sans doute, si sainte Geneviève, dépêchant son héraut, n'avait pas mis fin au pugilat atroce. À son appel, l'ombre lumineuse de saint Germain vint, suivi d'une troupe de guerriers célestes.

Ils approchaient sur un nuage luisant, et il sauta à son tour dans l'espace du combat, brandissant sa crosse, jetant une vive clarté de son bout gemmé. Les deux combattants furent un instant éblouis, et saint Germain en profita pour dire: « Arrêtez! Cela suffit! »

Aussitôt, trois anges vêtus d'armures dorées vinrent saisir le démon Abbedon aux bras et au cou, tandis qu'un quatrième prenait à l'épaule le génie de la liberté.

La suite n'est pas difficile à deviner. Abbedon fut sommé de relâcher immédiatement le Père Noël s'il ne voulait pas se voir à nouveau enchaîné à un édifice sacré, ou mis en cage au fond de la Seine, comme sainte Geneviève l'avait déjà fait originellement, pour l'empêcher de nuire. Il devait aussi promettre de ne plus jamais refaire un tel acte ni un autre semblable, vu que sa présence n'était que tolérée, parce que les Parisiens l'avaient, lui, en affection, qu'ils en fussent fous ou sages. (Eux aussi n'étaient-ils pas libres, et le génie de la liberté n'était-il pas là pour y veiller, et les défendre jusque dans leurs choix ambigus?)

Le démon commença par chercher à discuter, mais aux éclairs qui jaillirent des sourcils du saint protecteur de la France immortelle, il comprit que l'heure n'était pas à la plaisanterie. Il dut promettre, et agir en conséquence, relâchant saint Nicolas, qui, appelant à distance ses rennes, reprit aussitôt sa noble tâche en remerciant, pour leur secours, l'Homme-Météore et saint Germain, ainsi que sainte Geneviève, qui veillait - et en leur souhaitant bien du plaisir pour dompter et apprivoiser ce prince des gargouilles, ce démon insigne nourri de l'égoïsme humain, et des illusions de vieImage (12).jpg terrestre immortelle! Ses mots mordirent quelque peu la fierté d'Abbedon, mais il dut avaler cette couleuvre. N'était-elle pas, du reste, méritée?

En guise de bonne volonté, le démon de la tour Eiffel dut confier son fils en otage à saint Germain. On pensait qu'on pourrait l'élever dans la foi juste, et le tourner vers le bien, et lui faire trouver le secret de la technicité alliée à la beauté, des forces terrestres articulées avec les forces célestes! On le confia à l'Homme-Météore, qui en fit son second, et il devint un héros sous le nom curieux d'Ombre catholique. Il maniait les objets religieux comme si ce fût des armes, et dans ses mains les crucifix jetaient la foudre - surtout contre les vampires qui infestaient les égouts de Paris, en ce temps-là.

Quant à Abbedon, il parut se tenir tranquille mais, en secret, il préparait sa vengeance. À cette fin, il ravit une fée de la Bièvre, dont il comptait engendrer un héros qui se mettrait à son service, et cela créa beaucoup de conflits avec le dieu de la rivière, père de la fée. Mais il n'est pas temps d'en parler: ce sera pour une autre fois. Il suffit de dire que, une fois libre, le Père Noël put distribuer les cadeaux qu'espéraient les enfants qui croyaient à son existence et l'aimaient de tout leur cœur, béni soit-il!

09:48 Publié dans Conte, Le Génie de la liberté | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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