18/01/2017

Les miels de Michel Dunand

dunand1site.jpgContinuant ses méditations brèves au fil de ses voyages, le poète Michel Dunand vient de publier, aux éditions Henry, le recueil Miels. Il semble plus mélancolique que d'ordinaire. Les répressions en Turquie font mourir son rêve d'union fraternelle de tous les hommes: Tapis de sang tu ne pourras pas t'envoler, dit-il. Ce qu'il rejette, ce sont les gens de pouvoir qui manient si bien le gaz, si bien la mer, si bien le fer, au mépris de la loi plus élémentaire. Il est une loi morale supérieure à celle de la politique, et que connaît le poète - mais aussi le derviche, auquel Michel Dunand rend hommage: le mystique et l'artiste se rejoignent dans une culminance supérieure.

Le scepticisme paraît aussi s'exercer à l'encontre du Pop Art d'Andy Warhol, au cours d'un voyage à New York: Miracle ou décadence? On multiplie les gens. C'est l'américanisme, le démon de la technologie, du clonage.

À Manhattan, Michel Dunand connaît la solitude, et l'aliénation intime: Je me sens si seul. / Je me sens si loin de moi. / Maudit tourbillon, / danse écervelée... Le vertige de la vie moderne, l'agitation futuriste d'un monde entièrement soumis aux lois de la mécanique le font frémir, noyant son âme dans les ténèbres.

L'Europe est plus rassérénante: Amsterdam lui offre le spectacle magique des corps, et il tisse dans son esprit des romans d'amour, dont il est le héros. Au musée, les tableaux de Van Gogh le transportent d'aise, voire d'extase, et il montre comment chaque objet inanimé, en leur sein, irradie de force, de lumière, d'âme. Le peintre s'y est jeté tout entier, et a vivifié l'univers.

Parque_Guell.jpgPuis Barcelone lui dévoile ses beautés, et dans le parc Güell dessiné par Gaudí, il se croit dans un conte des Mille et une nuits - se demandant s'il est en tapis volant. Ce merveilleux traditionnel l'inspire, et une fois de plus il consacre Venise, ville idéale, éternelle, le début et la fin de tout, le premier et le dernier mot. Porto enfin est évoquée, cité rose, où la peau se déguste - au-delà du bleu et du blanc apparents. C'est une ville d'amour tendre.

Michel Dunand, évitant les longs discours, cherche les mots rares par lesquels on s'unit à l'univers, par lesquels on saisit son essence divine, par lesquels les choses s'effacent pour laisser place à leur pure idée. Parfois l'âme du monde est triste. Tout ne le réjouit pas au même degré. Il s'avoue désarmé, face à certaines manifestations humaines. Mais le retour à la beauté nue se fait toujours; l'ensemble reste optimiste.

Un beau recueil, une fois encore!

08:29 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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