13/02/2017

L'éducation par le débat

philos.jpgOn entend régulièrement dire qu'il faudrait que les enfants apprennent à philosopher dès leur plus jeune âge, que cela ferait croître leur esprit critique et épanouirait leur raison, qu'ensuite ils resteraient imperméables au fanatisme.

Je ne crois pas qu'à cet égard les intentions débouchent réellement sur les espérances - que les effets soient ceux que l'on attend. Mais même si on admettait une telle chose, il faut bien voir que l'homme n'agit pas, comme une machine, selon les directives qu'on lui donne - même lorsqu'il s'y est engagé. Non. Il doit être motivé en profondeur. Il faut qu'il tire, non de considérations intellectuelles, mais de ses sentiments profonds, de ses impulsions enfouies, le désir et le plaisir de travailler.

Le résultat concret d'une intellectualisation précoce des enfants serait qu'une partie y resterait rétive, et ne réussirait simplement pas des exercices philosophiques en fait donnés trop tôt, à un stade où l'enfant ne peut pas faire la différence entre ce qu'il veut, ressent et pense, et où, par conséquent, préférant rester dans son sentiment ou son désir, il rejetterait, simplement, la logique du discours abstrait.

Même les enfants qui y parviendraient (car il y en a toujours) sont en fait dans le cas de pouvoir facilement tomber malades longtemps avant la retraite, parce qu'en réalité cela n'est pas conforme aux nécessités de l'organisme. L'enfant a d'abord besoin de déployer ses sentiments, ou son activité physique, avant d'en venir à ce qui est intellectuel.

La question est donc de savoir comment développer, par l'éducation, les valeurs dites républicaines - ou même le plaisir et le désir de travailler, qui au fond en font partie. Cela ne vient pas tout seul et, à cet égard, compter sur l'ouvrage des parents, ou même l'hérédité, est illusoire et déraisonnable. Les enfants sont ce qu'ils sont, et l'éducateur doit les prendre tels qu'ils sont.

Ce qui donne sens aux valeurs morales, quelles qu'elles soient, ce sont, dans les premières années, les exemples donnés par l'entourage, dont font partie les éducateurs, et, ensuite, ce qui s'exprime sous forme Cato_of_Utica.jpgimaginative, à travers des symboles et des récits. Rousseau parlait à cet égard de la vie de Caton, dont Lucain disait qu'un dieu l'habitait. C'est une possibilité. Rudolf Steiner, plus globalement, évoquait les mythes et légendes, dont l'historiographie romaine est au fond un fragment parmi d'autres. Il voyait plus juste et plus large que Rousseau.

L'esprit critique ne saurait donc être systématique et exclusif. Il faut du reste voir ce qui le crée à l'âge adulte. Ce n'est pas forcément la philosophie. En réalité, c'est ceci: des récits ayant des sens moraux différents et contradictoires. Une fois les actions de César, une fois celles de Pompée.

Voilà pourquoi Rudolf Steiner ne recommandait pas, comme Rousseau (à cet égard doctrinaire), seulement les récits républicains des Grecs et des Romains, mais les mythes et légendes de tous les pays et de tous les siècles, enseignés au fur et à mesure, selon l'âge de l'enfant, ou la période de l'année.

C'est bien cela qui fait comprendre qu'il y a plusieurs points de vue, qui enseigne l'esprit critique, mais aussi permet des choix libres et épousés avec enthousiasme. Car tout critiquer ne mène nulle part, il faut aussi s'engager en faveur de quelque chose de positif.

Pour le lycée, il est évident que cela sera intellectualisé. Mais de nouveau, on présentera les différents points de vue en laissant les élèves choisir. Sans cela, l'individu n'aura plus de ressort, et, comme dans les républiques socialistes, s'étiolera, et ne travaillera plus, ne votera plus non plus.

07:42 Publié dans Education, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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