11/02/2017

Croissance économique et matérialisme historique

keynes.jpgLes socialistes ont souvent évoqué l'idée de la relance par la consommation, que je crois héritée de John Keynes, car j'ai suivi des cours d'économie, quand j'étais au lycée. Mais ce n'est pas un auteur que j'aie lu, et du reste peu me chaut. Ce qui m'importe est que j'ai toujours trouvé aberrant le projet de résoudre les problèmes de l'égalité en même temps qu'on soutient la croissance économique. Une telle position me semble relever de l'angélisme et de la naïveté.

Je trouve de toute façon choquant qu'on pense ramener l'égalité des droits à des calculs mesquins et au fond l'assujettir à la croissance. Rudolf Steiner disait que, dans les faits, les droits individuels n'étaient en rien un moteur pour l'économie, mais un frein nécessaire, une limite dont le devoir, dont le sentiment moral rendait la présence impérieuse. Il les comparait aux obstacles naturels: les droits individuels font obstacle à l'économie comme les montagnes, les mers, les fleuves font obstacle aux échanges et nécessitent des dépenses supplémentaires. Il faut donc les intégrer au coût des produits, ne serait-ce qu'à travers une taxe ensuite reversée pour que les nécessiteux bénéficient du droit à l'éducation, à la santé, au logement, et ainsi de suite.

Cela me semble une bonne conception, car je trouve absurde l'idée que la mécanique historique ou économique soit imprégnée de la moindre moralité, de la moindre tendance à l'égalité qu'il n'y aurait qu'à faire éclore par une sorte de magie d'État. Au fond cela rejoint l'illusion libérale qui prétend que si tous les égoïsmes s'unissent, le monde s'en trouvera mieux. À la différence qu'il existe une frange de la philosophie qui essaie de masquer que le moteur premier de l'économie est l'égoïsme.

Les machines qui fondent l'essentiel de l'économie moderne en émanent avant tout. On a du mal à l'admettre, car on veut les vénérer, les adorer, les regarder comme des portes vers un avenir radieux. Dans les faits, elles donnent surtout une satisfaction égoïste.

Ce qui spirituellement renvoie à l'égoïsme, ce sont les mécanismes physiques, issus des profondeurs terrestres. Car le matérialisme pour moi ne saisit pas ce qui est en question, voulant soumettre l'univers à son monisme naïf. Quoiqu'il soit lié à des objets matériels, l'égoïsme, en soi, est une force spirituelle; il est leur vénération depuis les profondeurs de l'âme. Il est une sorte de fétichisme.

La moralité n'émane pas du même endroit. Elle émane de l'horizon. C'est l'horizon d'un monde plus juste, qui suscite le sentiment moral. C'est la perfection du soleil, dans sa rotondité telle sunset-fog-over-sea-mountains.jpgqu'on la perçoit quand il se couche, qui crée le sentiment de l'harmonie humaine. Cela s'oppose frontalement à ce qui meut l'économie.

L'erreur du monisme spiritualiste est de croire qu'il n'existe qu'une seule sorte de force spirituelle. En vérité, il y en a au moins deux – et même trois, dit le dogme trinitaire.

Il ne s'agit donc pas de dire qu'on va abandonner l'activité économique pour entrer dans une forme de mysticisme, mais qu'il existe un conflit entre les deux, et qu'il est illusoire voire hypocrite de croire qu'on peut le résoudre par un simple pas de côté.

Non, le sentiment moral humain n'émane pas de la superstructure. Il émane simplement de ce qui vient de l'horizon. Le réel essaye de concilier les deux choses qui s'opposent, et non pas d'imposer à l'esprit une vision uniforme des aspirations humaines.

Il existe plusieurs dieux - si l'on peut s'exprimer ainsi.

09:41 Publié dans Economie, Philosophie, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Beaucoup de choses doivent changer dans les décennies a venir car l`économie basée sur la maximisation du profit combinée avec le progres technologique (informatisation, robotisation) est en train de détruire la société. Il n`y a qu`a voir la misere des programmes électoraux francais dont personne ne croit qu`ils puissent meme ralentir la croissance du chomage et de la précarité. Les changements a venir se feront d`abord dans les tetes par le refus général de fausses valeurs telles que la "croissance économique" par toujours plus de "compétitivité" et toujours moins de solidarité sous forme de réglementation et d`impots sur le bénéfice.

Écrit par : jean jarogh | 11/02/2017

Les gens voudront toujours gagner de l'argent, même indépendamment de valeurs théoriques brandies par des philosophes. On peut attendre longtemps. Il faut que la loi garantisse des droits.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/02/2017

Je suis de ceux qui pensent que la loi ne peut venir qu`apres le changement dans les tetes car faute de pression populaire massive les politiques ont tendance -c`est humain- a se laisser plutot guider par la pression des puissances -informelles mais bien présentes- de l`argent.

Écrit par : jean jarogh | 11/02/2017

Je pense personnellement que si au lieu de se soucier directement du droit de tous on commence à s'en prendre à ceux qui aiment l'argent en leur mettant des impôts spéciaux, ou en essayant de rééduquer l'être humain ou de le refaire de fond en comble, on n'a pas fini, il faut s'attaquer directement au problème des droits individuels et laisser sinon libres ceux qui aiment l'argent, c'est leur problème. On ne peut pas empêcher l'égoïsme, ce n'est pas possible, il est un moteur fondamental de l'être humain, là où il était réprimé plus rien ne bougeait, il n'y a qu'à voir en Allemagne de l'est.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/02/2017

L`Alemagne de l`Est n`a pas duré bien longtemps. C`était un monstre né des ruines d`une guerre monstrueuse provoquée par un malade mental super-charismatique mais l`humain a fini par vite reprendre le dessus.

Écrit par : jean jarogh | 11/02/2017

Elle n'a pas duré parce que l'égoïsme humain est le premier moteur de l'action.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/02/2017

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