17/03/2017

La vision culturelle d'Emmanuel Macron

macron.jpgMon candidat déclaré aux élections présidentielles, Christian Troadec, faute de signatures, a dû renoncer à se présenter et, comme beaucoup de gens, je suis séduit par Emmanuel Macron. Ce qui me plaît est ce qui a déplu à certains, sa vision culturelle, qui interdit de présupposer une ligne déterminée, émanant de la tradition nationale. Elle me rappelle une conception d'un critique d'art appelé Louis Dimier, d'origine tarine, et qui s'est opposé sur ce point à son camarade Charles Maurras: si, pour Dimier, l'art avait bien une origine spirituelle, l'artiste était individuellement inspiré par le Saint-Esprit, non par le génie national. La nation pour Dimier n'avait aucune importance dans la création. Elle pouvait en bénéficier, si le gouvernement le décidait; mais l'artiste n'était en rien lié à elle.

La culture est libre et individuelle. C'est là que le libéralisme est totalement légitime. L'État n'a pas de légitimité à orienter la vie culturelle, à préférer ceci à cela, à faire des choix subjectifs dans ses dons, ses subventions.

L'individu n'a pas non plus de compte à rendre à la société de ses choix personnels, en matière de philosophie, de religion, ou autre.

J'apprécie qu'Emmanuel Macron parle de liberté de l'individu. Je rejette les candidats qui prétendent orienter la culture dans un sens ou dans l'autre. Imposer ce qui est regardé comme gaulois, catholique ou républicain, me semble aberrant. Même Benoît Hamon, lorsqu'il a annoncé qu'il voulait bâtir un palais de la langue française à Paris, m'a choqué. Pourquoi tous les contribuables devraient financer un tel palais, alors que certains, on le sait, préfèrent parler une langue régionale? Or, à une éventuelle demande d'un palais de la langue bretonne,Frédéric_Mistral_by_Paul_Saïn.jpg le gouvernement renverra à la Région Bretagne. C'est injuste, car les budgets ne sont pas les mêmes.

Peut-être qu'à son tour le régionalisme a tendance à vouloir imposer la culture locale. Certes, il la défend en principe contre l'uniformisation imposée depuis Paris. Mais on sait bien que certains locaux se laissent séduire par la culture de la capitale, même quand elle n'est pas imposée, et sans doute est-ce aussi leur liberté. Emmanuel Macron me plaît donc quand il dit qu'il n'y a pas d'art français, mais seulement un art pratiqué par des individus en France, qu'ils soient français ou non. La poésie de Frédéric Mistral est somme toute aussi française que celle de Victor Hugo, quoiqu'elle soit en provençal. Les préférences sont arbitraires et ne peuvent pas être érigées en principes d'État. Elles ne sont, elles aussi, que purement individuelles.

Pour le reste du programme d'Emmanuel Macron, je dirai qu'il est important qu'on sorte des illusions du marxisme sans renoncer à vouloir protéger les individus et à leur assurer leurs droits. Je suis favorable à une forme d'individualisme éthique, qui fait émaner le sens de la collectivité d'un choix libre, et l'étend à l'humanité entière.

07:39 Publié dans Culture, France, Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

Commentaires

Et le bien commun dans tout ça????

Écrit par : Degoumois Dominique | 17/03/2017

C'est une bourse culturelle pour les jeunes et les plus démunis... Le bien commun, c'est l'égalité des droits, et la culture est un droit. Mais ce n'est pas un bien commun, la culture est individuelle.

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/03/2017

et la culture est un droit

vous avez été chercher ça où ?

Écrit par : gblanc | 17/03/2017

L'éducation est un droit, et c'est la base de la culture, l'éducation c'est de la culture, or elle dure toute la vie (l'éducation).

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/03/2017

L'éducation n'est ps la culture...La culture c'est ce que nous faisons de l'éducation.C'est un vrai travail de création!Je suis très individualiste et suis d'accord avec Rémi Et Macron!

Écrit par : Mendousse-Pineau | 17/03/2017

Merci Françoise... Bien que pour moi on n'éduque que par la culture, la culture de l'être humain, c'est son éducation, je veux dire, cultiver, c'est éduquer, car cultiver se dit pour les plantes, mais pour les êtres humains en fait le mot propre, sans métaphore, c'est éduquer.

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/03/2017

@ gblanc

Non seulement la culture "pour tous" est un droit, elle est un devoir, une nécessité impérieuse. Les ennemis de cette prise de position sont ceux qui comptent sur la non culture des "gens du commun" pour les mieux manipuler et instrumentaliser à leur guise, gré et convenance... selon leur bon plaisir et intérêts.

Nous ne sommes pas en premier lieu appelés à remplir la bourse des actionnaires des entreprises et autres multinationales mais à nous développer notamment en meublant nos esprits.

La culture, on le dit, il faut le redire sans cesse, empêche la barbarie fondée partiellement sur l'ignorance crasse bête noire du bouddhisme.

La société qui estimerait que l'individu "n'a pas de compte à lui rendre de ses choix personnels, en matière de philosophie, de religion ou autre" n'apporterait-elle pas au moins réponse partielle aux problèmes de l'islam... idéologie autoritaire, abusive et castratrice?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/03/2017

La culture est une sorte de formation continue, à laquelle on a droit, qui est bonne, mais qui ne peut pas être obligatoire.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/03/2017

Vous avez raison, Rémy Mogenet, mais il arrive hélas, plus que trop souvent, que l'école bloque les élèves parce que passant à côté de leurs centres d'intérêts du moment ou autres préoccupations y compris perturbations familiales.

Il est bon de ne pas décourager un enfant en évitant de se focaliser sur ses erreurs, fautes ou lacunes si l'on souhaite qu'il ne quitte pas l'école (malgré possibilités de postures ou parades pour masquer les difficultés) en se traitant, comme en se prenant, pour une simple nouille qui n'arrivera jamais à rien:

Fais déjà tout ce que tu peux et tu seras étonné de voir tout ce que tu peux (et aura pu) faire!

Bon dimanche à vous.
Et tous.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/03/2017

Oui, tout le monde pousse des hauts cris notamment quand l'orthographe d'un élève n'est pas bonne, on est obligé de créer des procédures à n'en plus finir pour le justifier, alors que moi je m'en fiche, chacun a l'orthographe qu'il peut voire veut, mais mon métier est d'enseigner l'orthographe légale à partir d'un niveau donné, quel qu'il soit, donc aucun niveau même bas ne me choque, mais je rejette l'idée qu'on pourrait renoncer à apprendre quoi que ce soit en orthographe.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/03/2017

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