25/04/2017

Les maires et les mariages

MtDidBefM08.JPGLa Vierge de Publier a fait grand bruit: un maire avait acheté une statue de Marie de Bethléem avec l'argent de la commune et l'avait installée sur un parc public. Bien qu'aucune cérémonie religieuse n'y fût prévue et que toute statue soit indiscutablement un reste du temps où on adorait à travers des images des hommes divinisés, elle a été interdite et bannie de ce parc. On pourrait objecter que la République fait vénérer Jules Ferry à travers d'autres statues, ou l'allégorie de Marianne, et qu'il s'agit là d'une religion républicaine, donc que l'État n'est pas impartial, et que le moyen de parvenir à l'impartialité est soit d'interdire toute statue sur la place publique, soit de faire respecter toute décision d'un Conseil municipal quant au sujet représenté. Mais il y a plus: la célébration des mariages par les maires. N'est-ce pas là, somme toute, un rôle sacerdotal?

Si, en effet, il ne s'agit que de contrat de mariage, un notaire doit suffire, avec l'évocation de toutes les dispositions légales inhérentes; s'il s'agit d'un acte solennel et sacré, entrant dans la morale privée et l'esprit de l'union conjugale, le maire assume un rôle sacerdotal - ce qui est encore moins laïque que si un prêtre l'effectue, puisqu'on peut toujours privatiser entièrement les religions. On pourrait imaginer une célébration religieuse d'un côté, un simple enregistrement chez le notaire de l'autre.

Mais, diront les détracteurs, le mariage perdra tout caractère solennel et sacré, et la laïcité aurait de funestes effets. Mais celle-ci a-t-elle pour but de créer une religion républicaine, dans laquelle les élus auraient un rôle sacerdotal?

Peut-être faudrait-il créer une religion privée nouvelle, fondée sur la philosophie agnostique, et se marier dans un temple philosophique. Peut-être que certains temples maçonniques peuvent déjà remplir cet office, car on entend souvent dire qu'ils confèrent à des principes dits républicains un rayonnement sacré et solennel. Cela pose quand même un problème, de faire énoncer par un maire de grands principes moraux, alors qu'il n'a pas en principe le rôle d'un prêtre.

Au reste, nous ne sommes pas à une contradiction près, car les présidents de la république, en France, ont clairement une mission sacerdotale; ils célèbrent la nation, l'incarnent, et prsident.jpgDe Gaulle le savait parfaitement. On en voit qui jouent les historiens, donnent leur version du Sens de l'Histoire comme si Dieu le leur avait communiqué, ou comme s'ils étaient les prêtres infaillibles de ce que j'appellerai l'Écriture nationale - ses prophètes! Le plus étonnant est que, dans la France dite laïque, on attende justement du Président qu'il pontifie sur cette Histoire, en livre l'esprit secret.

C'est pourquoi les élections présidentielles sont si palpitantes. La concurrence en est sacrée, un peu comme celle des coureurs à Olympie, ou celle des empereurs romains qui se divinisaient de leur vivant au détriment de Jupiter, ainsi que le déplorait Sénèque.

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