29/04/2017

Degolio CIII: le mystère de la tour Eiffel

eiffel.jpgDans le dernier épisode de cette si étrange série, nous avons laissé Jean Levau - alter ego du Génie d'or - alors qu'il venait de découvrir, dans le quotidien dont il corrigeait les épreuves, une nouvelle qui avait curieusement fait resurgir en lui des images qu'il prenait pour d'anciens rêves. Cela était advenu le surlendemain d'une soirée passée avec une collègue nommée Anne Tavagny, au cours de laquelle celle-ci l'embarrassa en lui demandant s'il avait eu beaucoup d'aventures avant de la rencontrer.

Comme il restait coi et pâlissait, Anne Tavagny, devant lui, s'inquiéta. Elle ne dit rien, mais sembla soudain pressée de partir. Ils s'en furent.

Il la ramena. Dans la voiture, il posa la main sur la sienne, qui était sur sa cuisse. Elle la retira. Il laissa la sienne sur sa cuisse, mais elle la repoussa. Quand elle sortit, il voulut l'embrasser sur la bouche, mais elle eut un petit rire, et tendit plus avant sa joue. À mercredi au travail! fit-elle. Car c'était lundi, en ce 24 décembre.

Or, le mercredi, mystère de l'âme féminine, elle ne vint pas, faisant prévenir qu'elle avait une fièvre qui la clouait au lit. Jean acheva d'en être dépité, et se plongea dans son travail, lisant avec attention les nouvelles du jour.

Et c'est là qu'il aperçut ce qui le fit frémir, et suscita en lui des images qu'il prit pour des restes d'anciens rêves.

Il s'agissait d'un fait apparemment sans importance, d'origine purement climatique, mais Jean, malgré lui, y vit autre chose. La tour Eiffel, dans la nuit du 24 au 25 décembre, avait violemment tremblé, et des témoins avaient aperçu des éclairs la traverser et courir le long de ses piliers. Un grand fracas, même, avait été entendu, comme si le tonnerre, chose étrange, avait résonné à l'intérieur de la tour.

Elle avait été, comme à l'accoutumée, couverte d'illuminations électriques, en cette période de fête. Or, elles s'étaient éteintes, puis rallumées, puis éteintes à nouveau, et des ampoules avaient éclaté. Quelques gerbes d'étincelles avaient jailli.

Un témoignage attira particulièrement son attention. Il s'agissait d'un clochard qu'on disait aviné. On ne le présentait pas comme fiable, mais on en parlait pour montrer ce que ces phénomènes électriques avaient provoqué dans son âme fragile, soumise à l'alcool, au froid, aux privations: de terribles hallucinations. Cela traduisait le choc qu'avait représenté le fait étrange!

Ces visions n'étaient pas décrites en détail. Il était plaisamment (si la condition humaine n'avait pas été si tragique!) question de formes ceintes de feu - deux en particulier. Or le feu était vert dans un cas, rouge dans l'autre. Et ces silhouettes d'extraterrestres (si cette expression était permise) semblaient s'affronter, se fire.jpgjeter des rayons flamboyants, des foudres colorés - à la façon de Jupiter quand il se battait contre les géants, dans la mythologie antique. Et c'est ce qui, assurait le clochard (un certain M. R.), avait déclenché les phénomènes qui avaient paru ébranler la tour et menacer de la flanquer par terre!

Jean, ayant lu ces lignes, resta longtemps songeur. Il sembla se souvenir de quelque chose d'enfoui. Des réminiscences de combats cosmiques, flamboyants et colorés, surgirent en lui. La rencontre entre ces évocations et des rêves qu'il se rappelait distinctement, jeta en lui un trouble. Existait-il un lien entre les différents songes des hommes, au sein d'une même époque? Était-ce là les fameux archétypes dont le philosophe Jung avait parlé?

Jean résolut d'aller errer du côté du Trocadéro, afin de retrouver le clochard, dont l'auteur de l'article affirmait qu'il y vivait en permanence.

Cet auteur, Jean le connaissait bien, il s'agissait de Régis Deupat, responsable des faits divers à l'étage supérieur. Il profita d'une pause pour aller le voir et prendre un café avec lui.

Il se déclara intrigué par son compte-rendu et exprima le désir d'en savoir plus sur le clochard au nom mystérieux, afin de le retrouver.

Régis éclata de rire, ne s'étonnant pas que Jean, connu pour ses bizarreries et ses préoccupations décalées, s'intéressât à ce clochard et à ses élucubrations. Il lui en fit le portrait, lui dit exactement où il l'avait trouvé, et Jean s'y rendit dès que possible.

Mais cet épisode commence à être long, ô cher lecteur! La prochaine fois seulement nous saurons les merveilles que distingua le pauvre sans-abri dans le soir et sur la tour Eiffel le soir de Noël. Et nous verrons, peut-être, reparaître pleinement le Génie d'or!

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