07/05/2017

L'attaque des serpents de feu (Perspectives pour la République, XXVIII)

fire_snake_by_dhaeur-d7hh2gk.jpgCe texte fait suite à celui appelé Une Mystérieuse flamme, dans lequel je rapporte qu'après avoir écouté la belle Ithälun, je vis une flamme dans le ciel et la guerrière immortelle devenir éclatante de lumière sous l'œil de Vesper, puis sortir son épée et faire face à trois serpents de feu qui volaient en spirale vers nous.

«Attention!» s'écria Ithälun. L'un des trois serpents s'était élancé vers moi, prêt à me saisir à la tête. Je ne bougeais pas, stupéfait, horrifié par sa tête grimaçante et ses yeux vitreux, pleins d'une malignité farouche, d'une haine que je n'eusse su peindre.

Ithälun bondit et, abattant son épée au moment où la bête allait me saisir, la coupa en deux. Les morceaux jumeaux tombèrent, mais, avec horreur, je les vis reprendre vie, retrouver de l'allant, et se diriger de nouveau vers nous, toujours volant!

Le plus terrifiant, néanmoins, était que, pendant qu'Ithälun me sauvait, elle baissait sa garde et se laissait saisir par le second serpent, tandis que le troisième se précipitait vers sa tête. Étions-nous perdus? Le corps de la belle Amazone était entouré d'anneaux vermeils pareils à des langues de rubis, et elle semblait immobilisée, incapable d'agir.

Je la sous-estimais. Elle prit son élan, puis sauta dans les airs, emportant avec elle le serpent qui la tenait, et évitant l'autre de justesse: il effleura sa chevelure, mais ne put la saisir. Il buta, au buste de l'immortelle, sur son congénère, et, bien que le choc eût repoussé celle-ci en arrière, elle n'en fut guère incommodée, car, après avoir effectué un saut périlleux qui la dissimula derrière sa grande cape rouge en soie, elle retomba souplement et légèrement, ne faisant pas s'abaisser la voiture volante plus que si elle avait été quelque oiseau, et, de sa main gauche qu'armait un poignard, frappa le monstre qui l'entourait.

En effet, plus vite que mon œil n'avait pu le suivre, pendant qu'elle effectuait son saut en arrière avait-elle sorti cette arme de sa ceinture à l'agrafe d'or. À peine un éclair fut visible dans sa main, mais, dans le mouvement rapide qui avait été le sien, je n'avais su reconnaître l'arme qu'elle avait sortie.

Le serpent, comme foudroyé, fut traversé d'un soubresaut; une lumière intense se plaça en lui comme issue de la lame, et il tomba en cendres, se dissolvant en un crissement dans lequel je crus distinguer un cri étouffé de dépit, ce qui me remplit d'épouvante. Car il était d'une voix horrible, pleine d'une méchanceté infinie, qui me rappela aussitôt la lueur effrayante que j'avais distinguée dans les yeux de ces bêtes. Une sourde menace y résonnait, et j'admirai Ithälun de sembler n'y être pas sensible.

En avait-elle le temps? Si elle s'était mue à la vitesse de l'éclair, les serpents aussi étaient rapides, et les deux morceaux du premier, qu'elle avait coupé, s'emparaient dans le même temps de moi, l'un m'entourant le bras gauche, l'autre la cuisse droite. Je ressentis alors une douleur comme je n'en avais jamais connu. Leurs anneaux me consumaient, et je ne comprenais pas comment Ithälun avait fait pour supporter leur morsure, et agir avec tant de sang-froid, comme je lui en avais vu. J'étais abasourdi et terrifié, épouvanté par cette souffrance. Ithälun me cria un mot que je ne compris pas, et me lança son stylet étincelant. Dans la vapeur rougeoyante qui à demi m'aveuglait, je tentai de soulever le bras droit et de l'attraper au vol, mais je le manquai, et son manche ne frappa que l'extérieur de ma paume; l'arme tomba derrière moi, dans le véhicule.

À nouveau l'immortelle jura, et se tourna vers le troisième serpent, qui l'attaquait à nouveau, après avoir tourbillonné dans les airs: son vol était si vif qu'il paraissait bien de flamme, et que des étincelles jaillissaient de ses anneaux brillants. Elle le combattit, d'une manière que je ne pus voir; car quant à moi, je m'étais effondré, prostré au fond de la voiture, souffrant mille morts, payant mes péchés. Et je songeai à ce qu'avait dit la belle, que les peines étaient envoyées par les dieux pour purifier l'être humain, mais je ne le comprenais pas, et cette douleur me semblait incompréhensible et absurde, injuste et absolue!

(À suivre.)

09:56 Publié dans Génie doré de Paris, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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