15/05/2017

Géométrie américaine, jardins anglais (5)

wash.jpgWashington a une aristocratie qui vit aux alentours, et a qui a de superbes demeures. Venant de Pittsburgh et cherchant l'aéroport pour rendre ma voiture louée, j'erre, alors qu'il pleut et fait froid, dans une forêt constellée de belles et grandes maisons, que ceignent des pelouses aux mille fourrés fleuris. Tout le souvenir de l'Angleterre semble ici vivace.

Mais l'Amérique, c'est d'abord la géométrie imposée à la Terre. À Tampa, en Floride, je parcours sans fin d'immenses routes, à trois ou quatre voies, traversant le district d'ouest en est, du nord au sud. Aux croisements, sur le bord, tout se répète à l'infini: les mêmes petites boutiques, les mêmes centres commerciaux, les mêmes jets d'eau, les mêmes lotissements élégants.

Une nuit, je fais un rêve: mon cousin (qui me véhicule) parcourt ces routes et inlassablement se gare dans un parking identique au précédent. C'est un cauchemar. Un dieu fait tourner en rond les hommes, les ramène inlassablement à leur point de départ, les empêchant d'avancer.

Je le raconte, on rit. On me dit qu'autrefois le lieu était fait de villages, et que le développement les a englobés dans ce prodigieux quadrillage.

Il reste de jolies vieilles maisons, d'un style différent de celui des États du nord-plus profondément anglais. À Tampa, elles n'ont qu'un étage, en général, l'humidité empêchant les fondations profondes. Quelques belles propriétés en ont deux, mais sont surélevées.

On croit peu, on dit peu que les États-Unis restent une expansion, une excroissance de l'Angleterre. Le culte du gazon, même à Tampa, est partout présent. On l'achète en plaques.

En Angleterre, où je suis allé quand j'étais jeune, j'ai vu préparer un mariage de la façon suivante: on se rend dans un endroit gazonné, on découpe des plaques, on les ôte, on va les mettre là où on se marie. Les gazons des jardins américains se préparent de la même façon.

À Tampa, on a dû trouver une herbe spéciale, plus résistante, pour affronter la chaleur. Les brins sont épais. Tout se perd. Le mode de vie anglais devient difficile à faire persister en Floride.

Il n'en est pas ainsi dans le New Jersey, ni en Pennyslvanie, dont les paysages humides sont comparables à ceux de l'Europe du nord. Je me suis promené dans les montagnes de Pennsylvanie, mais pas longtemps, car la végétation était semblable à celle que je connaissais - si les montagnes étaient moins hautes. Et le long de la route, parfois, des bourgs sans tours - avec des maisons à l'anglaise, ou à l'allemande.

La Pennsylvanie fut disputée à la France, et colonisée d'Européens du nord, d'Allemands, de Polonais, de Suédois. À Pittsburgh, on présente encore les combats contre les Français et les relations avec les Indiens. AbductDBooneDghtrWimar1853.jpgOn est proche de l'univers de James Fenimore Cooper. Or, celui-ci explique de la façon suivante l'origine du mot Yankees: les Indiens ne parvenaient pas à prononcer English, et disaient Yengeese. En effet, dit Cooper, dans l'État de New York, on ne prononce pas Inglish, mais English: précision importante pour les francophones. Les Yankees sont donc les Anglais tels qu'ils se voient à travers le langage des Indiens, à travers l'esprit des Indiens, qu'apparemment ils ont épousé.

En Floride, ce ne sont pas des Yankees. Les Yankees sont au nord-est. L'esprit anglais se dissout quand on s'éloigne. Mais il reste modélisant: les pelouses en témoignent. La Floride fut d'abord colonisée par les Espagnols. Tampa est un nom indien appréhendé par un officier espagnol. Mais l'esprit géométrique vient bien des Anglais, il émane bien de New York. L'Amérique n'est pas un pays d'indigènes. Cela reste une colonie.

07:35 Publié dans Société, Voyages, Voyages en Amérique | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

"L'Amérique n'est pas un pays d'indigènes. Cela reste une colonie."
Ben non. Et les Européens n'en ont pas fait de même en Afrique, pour cause de climat. Les seuls qui s'y sont un peu employés sont les Portugais: Huambo devait être Nova Lisboa. Les Afrikaners étaient en Afrique du sud avant les Noirs, Xhosas ou Zoulous. Mais ils ont eu le tort de les laisser entrer pour exploiter leur main d'oeuvre et ce sont eux qui passent pour des colonisateurs !

Écrit par : Géo | 15/05/2017

Avec un tel savoir "Géo", qu`attendez-vous pour corriger l`article Wikipédia sur l`Afrique du Sud. Extrait: "Les Khoïsan, regroupant les Khoïkhoï et les Bochimans, sont les premiers habitants connus de l'Afrique du Sud (40 000 av. J.-C.). Les premiers peuples de langues bantoues, venant à l'origine du grassland camerounais actuel, atteignent l'actuelle province du KwaZulu-Natal vers l'an 500 de notre ère. Au xe siècle, des xhosas s'installent dans la région de la Fish River (Transkei)." https://fr.wikipedia.org/wiki/Afrique_du_Sud#Histoire

Quant a prétendre que "seuls les Portugais" ont "un peu" colonisé l`Afrique, voici la carte coloniale de l`Afrique en 1914: https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AColonial_Africa_1914_map.png

Faudra trouver autre chose pour défendre l`esclavagisme, professeur "Géo".

Écrit par : Jean Jarogh | 15/05/2017

L`Américain n`est pas un "indigene", c`est certain. Les Américains disent d`eux-memes que tous ensemble, indiens compris, ils sont devenus quelque`chose de différent: des Américains. N`ont-ils pas raison?

Écrit par : Jean Jarogh | 15/05/2017

"......Cela reste une colonie"

J'aimerais savoir si vous feriez la même conclusion sur les conquêtes arabes de l' Afrique du Nord au Moyen-Orient!

Écrit par : Patoucha | 15/05/2017

Les Amérindiens vivent toujours dans des réserves.

Les Européens installés en Amérique deviennent peu à peu autre chose. Les références à l'ancienne Rome du droit américain restent claires. Comme le disait Joseph de Maistre, la constitution américaine doit encore beaucoup au système anglais.

Le sens de la géométrie des Américains vient aussi de l'ancienne Grèce et de l'ancienne Rome. Il s'agit de planifications urbaines pensées avec la rationalité européenne.

La colonisation récente de la Floride par des retraités venus du nord est connue.

Il est vrai qu'en Pennsylvanie, le peuple originaire d'Europe se fond plus intimement dans le paysage. New York même a quelque chose de plus profondément ancré dans le sol américain. Toutefois les marques de la tradition anglaise s'y voient encore. Les Yankees sont bien des Anglais perçus à travers le regard indigène, c'est à dire des Anglais installés en Amérique.

Je connais mal l'Afrique du nord. Je ne dis pas cela contre les Européens installés en Amérique depuis mille générations, je n'ai rien contre l'idée que des gens s'installent ailleurs. Le problème moral est seulement celui du droit.

Écrit par : Rémi Mogenet | 15/05/2017

jean jarogh@ Je me fie au livre de Michener, The Covenant, qui me paraissait très documenté. Je n'ai pas parlé des Khoisans. Alors faisons-le : les premiers colons jusqu'au Zambèze (arrêtés par la mouche tsé-tsé) ont été les Bantous, qui ont chassé les peuplades qu'ils ont rencontré sur leur chemin et plus ou moins massacré : les Pygmées d'abord, qui continuent de subir les cruautés de ces premiers colons au Congo et les Khoisans plus au sud, qu'ils ont relégué dans le Kalahari. les Khoisans se trouvaient effectivement au sud quand les premiers Blancs sont arrivés dans le Sud et ils étaient appelés Bochimans, de Bushmen. Orang-outan en langue indonésienne, soit dit entre nous.

"Quant a prétendre que "seuls les Portugais" ont "un peu" colonisé l`Afrique"
Ce n'est pas cela qui était exprimé. Nova Lisboa devait être la nouvelle capitale d'un Portugal exporté en Afrique, et donc une ville blanche, strictement blanche. Le Grand Remplacement, si vous voulez. Comme en Amérique...

"Faudra trouver autre chose pour défendre l`esclavagisme, professeur "Géo"."
Vous devriez apprendre à devenir un peu plus subtil, jarogh. Je sais, à l'impossible nul n'est tenu...

Écrit par : Géo | 15/05/2017

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