13/08/2017

Les poulets aux hormones de nos amis américains (28)

new-york-ruins-jenovah-art.jpgOn raconte souvent que les poulets américains sont horribles, nourris aux hormones et lavés à l'eau de javel, et on prétend que les traités de libre-échange vont nous empoisonner. On crie au loup, on distingue déjà l'Apocalypse, on prétend que le cancer date d'avant-hier, on voit des complots partout, on accable la Noosphère chère à Teilhard de Chardin d'un effroyable fatras!

En Amérique, dans les magasins, contrairement à ce que beaucoup d'Européens croient, on trouve aussi de la nourriture biologique - qu'on dit là-bas organique. (Rien de non organique n'étant intervenu dans sa croissance ou son développement, on l'appelle à juste titre organique.) On a le choix, et même si les prophètes cataclysmistes voudraient parfois qu'on n'ait plus le choix et qu'on impose de la nourriture biologique à tout le monde pour sauver la planète, en réalité ce n'est pas possible, ni réellement sensé, car cela veut dire qu'il faudrait imposer aux agriculteurs des normes toutes faites. Or, quoique le matérialisme des marxistes ou apparentés le nie, la qualité de l'aliment relève encore du mystère, ne se définit pas aussi aisément qu'on le pense.

Il dépend notamment plus qu'on ne l'admet de l'âme même Organic-foods.jpgde l'agriculteur. Le protocole ne fait pas tout: ce qui émane de l'individu a une importance fondamentale.

Il ne suffit certainement pas d'obliger à consommer du biologique pour supprimer le cancer. Le poète Jean-Pierre Veyrat est mort à trente-quatre ans en 1844 d'une tuberculose doublée d'un cancer de l'estomac, et il n'avait pas ingurgité, évidemment, de nourriture marquée par la pétrochimie. Joseph de Maistre parle d'une jeune fille totalement gagnée par le cancer, de son temps, et qui étonnait tout le monde par sa piété et sa résignation. Il n'y avait pas, à la fin du dix-huitième siècle, non plus de pétrochimie!

Les causes profondes des maladies sont au-delà de ce que croient les philosophes mécanistes, même ceux qui crient contre les méchants capitalistes qui selon eux empoisonnent le monde pour gagner de l'argent. Ce tableau issu de Victor Hugo et de ses contes de fées républicains peut être parfois juste - et parfois non. Il ne faut pas le prendre comme un modèle absolu.

Cela relève d'une fantasmagorie. L'application en est possible, mais non universelle.

Non seulement la nourriture américaine peut être saine, mais elle est souvent bonne. Il n'est pas vrai qu'elle soit forcément trop riche, ou mauvaise. À Pittsburgh, j'ai mangé le meilleur plat de ma vie, mélange de traditions anglaises et slaves. C'était de fines tranches de bœuf grillées avec du pain et de la sauce à je ne Alligator_at_Felix.jpgsais plus quoi, et c'est une des rares fois où je ne trouvais pas que le plat du voisin fût meilleur que le mien!

À Tampa, en Floride, mon hôte (un cousin) nous a emmenés dans divers excellents restaurants, et j'ai mangé de l'alligator avec plaisir. C'est piquant.

À New York, nous avons également bien mangé.

Là où je voudrais encore me plaindre des Français, c'est quand ils disent que la nourriture en Amérique n'est pas chère. À vrai dire, je voudrais me plaindre de moi-même. Je suis allé en Amérique il y a environ vingt-cinq ans, et la différence de prix alors était importante. Mais en réalité l'euro a beaucoup baissé, et les prix sont à peu près équivalents. Or, les restaurants en France sont chers.

À vrai dire, ceux d'Amérique sont moins chers qu'en Suisse. Être français devient difficile, lorsqu'on voyage dans le monde. Nous faisons partie désormais des pauvres. L'État monopolisateur et providentiel ne nous a pas rendus heureux.

En Amérique, on pense que c'est le commerce, qui crée le bonheur. Peu m'importent les Français qui croient à la politique ou les Américains qui croient au commerce: pour moi, c'est la culture, qui rend heureux. Heureux les lieux où elle est libre! Être pauvre ne m'empêche pas d'être joyeux, quand je circule sur les routes américaines! Pourquoi? Je récite en conduisant les poèmes de Lovecraft:

There was no hand to hold me back
That night I found the ancient track
Over the hill, and strained to see
The fields that teased my memory.

Souvenirs d'une vie prénatale, sans doute! La poésie en donne des aperçus qui réjouissent infiniment.

07:55 Publié dans Voyages, Voyages en Amérique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Bien observé et bien rapporté!

Écrit par : Mère-Grand | 13/08/2017

Un des rares blogs ou l'on ne perd pas son temps à lire les échanges entre lecteurs dont le principal plaisir semble se trouver dans l'expression de leur rancune ou la démonstration de leur agressivité. Vous y êtes pour quelque chose. Merci donc.

Écrit par : Mère-Grand | 13/08/2017

Je les décourage peut-être de me lire... vous me direz que beaucoup ne lisent que pouvoir commenter... Merci à vous.

Écrit par : Rémi Mogenet | 13/08/2017

Et le poulet 100% américain, bourré d'hormones, qui fait l'objet de l'article
http://www.lemonde.fr/donald-trump/article/2017/08/10/un-poulet-gonflable-a-l-effigie-de-donald-trump-installe-pres-de-la-maison-blanche_5170989_4853715.html ,
vous le digérez comment?

Écrit par : Mario Jelmini | 13/08/2017

Les commentaires sont fermés.