28/09/2017

Degolio CXI: la fée contre les gargouilles

venus ec.jpgDans le dernier épisode de cette série fascinante, nous avons laissé le Génie d'or alors que, à la demande de son alter ego Jean Levau, il lui racontait l'histoire merveilleuse de Paris de son propre étonnant point de vue. Il venait de dire comment la fée de la Seine avait détourné de Paris un méchant conquérant à la demande de mortels qui la vénéraient. Il continua en ces termes:

Après avoir chassé le roi dont un mauvais génie avait pris la place, Ithälun fut priée à nouveau, car des monstres habitaient la Seine, et attrapaient les mortels, pour s'en repaître. Ils les saisissaient quand ils passaient trop près du bord, surgissant soudainement du flot, et les emportant dans leurs tourbillons, dont ils ne revenaient point, ou morts. Car ces êtres aspiraient leur essence vitale, buvaient leur sang, et ainsi se renforçaient, croissaient en puissance et en vigueur.

Ils avaient même la perversité d'appâter les promeneurs, en faisant briller, à la surface de l'eau, leurs bijoux précieux, gemmes étincelantes qu'ils avaient trouvées et taillées dans leurs forges secrètes. La lumière qui magiquement en sortait leur créait des vêtements chatoyants, et beaucoup d'hommes les confondaient naïvement avec le peuple des bons génies de la Seine; mais ils en étaient les mauvais. Pour se faciliter la tâche, ils allaient jusqu'à imiter les bons en chantant des chants à leur manière, mais plus envoûtants, plus lascifs, plus ensorcelants, et nombre de ceux qui les entendaient plaçaient les pieds dans l'eau pour les rejoindre, ce qui permettait aux monstres de les attraper sans se faire voir.

Il faut que tu saches, en effet, qu'ils détestaient la lumière des étoiles, qu'elle les meurtrissait et était pour eux comme des dards. Leurs vêtements tissés de rayons les en protégeaient, et ils parvenaient ainsi à se hisser à la surface de l'eau, y dansant comme des nymphes, ce qui favorisait encore les ruses qu'ils utilisaient pour attirer les hommes. Cependant ils n'agissaient bien qu'en demeurant sous la surface, et surtout la nuit. Leurs tissus n'étaient guère que des leurres, qui avaient aussi pour défaut de les figer: ils ne pouvaient pas s'y mouvoir comme ils le voulaient.

Ils étaient véritablement notre face noire, nos mauvais sujets rebelles, et nous ne pouvions plus les contrôler. Nous aurions dû les combattre, mais il fallait que les hommes nous en requièrent, car ils étaient libres, selon les lois célestes, promulguées par ceux que vous appelez les anges, de se tourner vers qui ils voulaient. Or nombreux parmi eux étaient leurs admirateurs naïfs. En échange de dons fabuleux qu'ils leur promettaient, ils les secondaient dans leurs entreprises démentes.

Mais un jour, donc, plusieurs mortels éclairés prièrent la fée Ithälun contre ces monstres. Elle nous plaça aussitôt en ordre de bataille. Nous brûlions de partir en guerre, car ces cousins dévoyés nous étaient odieux.

À nos yeux, leurs formes hideuses reflétaient leur hideuse nature, méprisante des hommes et de leur haute destinée, les traitant comme des ombres dérisoires, des chiffons. Seuls comptaient, prétendaient-ils, ceux qui les habitaient au-delà de leur conscience inepte, et on pouvait se nourrir d'eux librement. Ils ne comprenaient pas; ils woodelfarmybook.PNGse riaient de notre compassion stupide, de l'amour que nous portions aux mortels. Nous avions beau leur rappeler que les génies étaient eux-mêmes regardés comme des enveloppes creuses par des entités plus hautes, qui pourtant rayonnaient d'amour, ils refusaient de nous entendre, crachant à notre visage et redoublant d'injures abjectes. Et quand ils nous virent prendre les armes et nous mettre contre eux en ordre de bataille, ils nous insultèrent et nous promirent la mort et les pires tourments. Mais nous n'avions pas peur. Au son de la trompette qu'Ithälun m'avait demandé, à moi qui te parle, de sonner pour les autres, nous nous précipitâmes sur eux, et la bataille commença.

Mais nous en saurons plus la prochaine fois, ô lecteur, sur cette étrange guerre secrète.

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