22/09/2017

Une apparition à Tampa (38)

night-lake-moon-sky-star-nature-forest.jpgJe dormais à Tampa, dans une maison entourée de gazon, et faisant partie d'un lotissement dont l'entrée était une grille s'ouvrant à distance, grâce à un signal. Le long de la route était d'abord un petit lac, puis venaient les maisons, les unes après les autres.

Une nuit, je me réveillai. J'étais tendu, comme abritant en moi-même un feu. Avais-je entendu, dehors, quelque chose? Les restes d'un rêve suggéraient un appel. Ne pouvant me rendormir, je décidai de me lever.

La maison était petite. J'eus tôt fait de me retrouver, dans le salon, près de la porte donnant sur le jardin. Je l'ouvris, doucement pour ne pas réveiller les autres, et sortis.

La lune brillait, assez bas dans le ciel. Plus haut, on voyait des étoiles. Un souffle d'air caressait ma joue. Un grand silence régnait.

À ma droite, j'entendis un vague froissement. Je regardai. Une lueur était au loin, sur la route. Était-ce une voiture? Je n'en entendais pas le moteur.

Je me dirigeai lentement vers cette lueur, marchant sur la route, pris d'une inexplicable curiosité. Je songeai que l'appel qu'il me semblait avoir entendu devait venir de cette lueur, mais je n'eusse su dire pourquoi, ni comment j'avais pu établir un tel rapport.

La lueur était blanche, mais du bleu la ceignait, en haut et en bas, et des bandes rouges la traversaient. En me rapprochant, je vis qu'elle avait la taille d'un homme.

Elle en avait aussi la forme, tout en semblant en déborder: les couleurs, comme vivantes, rayonnaient autour de la silhouette.

Et j'eus alors la plus grande surprise de ma vie. Devant moi, en chair et en os, je le reconnus, ne se tenait personne d'autre que le super-héros que l'on appelle Captain America!

On pourra rire, ou se montrer incrédule. Il en est bien ainsi que je l'ai dit. C'est lui qui brillait, comme éclairé de l'intérieur, devant moi.

Et il n'était pas vêtu comme dans les films qui ont été faits sur lui, mais comme dans la bande dessinée, les comics. Les étoiles se reflétaient sur les écailles métalliques de son costume, qui, comme on le sait, sont bleues.

Car de près il m'apparut que son costume était une sorte d'armure étrangement souple. Jamais je n'aurais cru que l'art humain pût créer une cuirasse aussi fine, et je me demandai si ce personnage fantastique ne venait pas du futur, ou ne possédait une technologie inconnue, cachée du grand public, ou d'origine extraterrestre. Son bouclier aussi était invraisemblable, avec en son centre une étoile d'argent qui rayonnait d'une façon fabuleuse, comme si un feu secret s'y fût trouvé, qui en eût fait quasiment une lampe. J'avais peine à croire que j'étais face à un être humain; il me semblait voir un robot de science-fiction, un homme d'une autre planète, que sais-je?

Pourtant son masque, qui laissait voir ses yeux et sa bouche, dévoilait un humain normal. Ses muscles proéminents, cap (2).jpgaux bras, aux jambes, à la poitrine, étaient tels que les montrent les comics.

Mais que faisait-il là, quoi qu'il en soit? Pourquoi me regardait-il? Qu'avais-je de si intéressant, de si spécial? Ou est-ce que je rêvais?

Il ne parlait ni ne bougeait, ne souriait pas ni ne semblait mécontent, mais son regard bleu était profond et grave. Attendait-il?

Hésitant, je finis par lui parler, lui demandant s'il était bien celui que je croyais qu'il était. Il sourit, mais ne répondit rien. Je lui demandai si c'était une blague, ou un bal costumé, mais à ces mots, il tourna les talons, plus vite que je ne pourrais le dire, le faisant d'un coup, instantanément, malgré le poids apparent de son bouclier: il me sembla que je l'avais vu de face et l'instant d'après je le voyais de dos, sans distinguer le moment où il m'avait montré son flanc. Puis il partit, s'éloignant de moi.

Ne sachant que faire, et de nouveau poussé par une curiosité bizarre, ou bien fasciné par l'éclat chatoyant qui se dégageait de sa personne, je me mis à le suivre, en caleçon comme j'étais, et pieds nus. Mais je ne sentais pas spécialement de douleur à la plante, en le suivant. Et lui-même n'allait pas trop vite, quoiqu'il ne semblât guère bouger, mais plutôt s'éloigner en glissant sur le sol, à la façon d'une ombre. Il ne se retournait pas, mais quand je tentais d'accélérer, lui faisait de même, de telle sorte que je ne le rattrapais jamais.

La suite de ce récit étonnant devra attendre une fois prochaine.

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20/09/2017

Récits d'une vie: la femme avenir de l'homme (37)

En Floride, j'étais accueilli par un cousin de ma mère qui avait beaucoup à raconter. Et il était un incroyable conteur. J'ai rarement été aussi enthousiasmé par une personne ne faisant que narrer de vive voix, sans avoir écrit sa vie. Peut-être même ne l'ai-je jamais été plus. J'ai pourtant rencontré des romanciers, notamment de science-fiction, les ai fréquentés. Mais, de vive voix, ils narraient peu: leurs discours étaient généralement politiques. Surprenant, et décevant.

Ce n'est pas que mon cousin ne parlât jamais de politique; mais surtout, il avait une fabuleuse faculté à faire de sa vie une légende.

Il faut dire qu'il a eu une existence assez riche. Venu en Amérique tout jeune, mais déjà majeur, il s'est engagé dans l'armée, a été naturalisé, a suivi des études, est devenu ingénieur, a fait l'aviateur civil et a Cementerio-de-Trenes-10.jpgœuvré dans des mines non seulement dans des États industriels de l'Union, mais aussi sur la Cordillère des Andes, dans les pays d'Amérique latine.

C'était l'aventure. Il est un représentant moderne des pionniers, de l'idée qu'en Amérique tout est possible si on se met au travail, si on ose entreprendre.

À l'écouter, mille fois il avait échappé de justesse à la mort. Et c'est là que les rebondissements et les dénouements inattendus s'enchaînaient, reflétant l'art de conter propre aux Américains, et qu'il avait visiblement assimilé.

Au dernier moment, un signe aperçu de lui seul, un concours de circonstances imprévu, une main secourable surgie du néant lui avaient épargné un sort tragique!

En particulier, il admirait la manière dont les femmes incarnent volontiers le salut. Sans raison, elles viennent aider l'homme malheureux laissé pour mort au bord de la route, triste victime d'un règlement de comptes. Elles ont ce don, cette faculté de matérialiser la bienveillante providence.

Et elles éclairent sur les mystères du monde. Car elles peuvent dire qu'elles ont prié pour lui dans tel temple, et que c'est ce qui l'a sauvé de la catastrophe, ou au contraire que les dieux ne veulent pas de lui pour une raison ou une autre, et qu'un ange secrètement le protège, pour qu'il ne quitte pas la Terre. dante-e-beatrice-16.jpgElles ont aussi a capacité de donner un sens religieux à la vie, par leurs paroles. Ce sont elles, les grandes initiatrices!

La femme était toujours la Beatrice de Dante, donnant à la fois la Grâce et le Salut, la Santé et l'Espoir. Sa beauté reflète le ciel, et tourne un regard éclairé vers ses astres. Un souffle donnant le répit s'exhale de sa bouche, où l'ange de de la destinée scintille.

Les chevaliers n'avaient pas d'autre source d'énergie; à travers la Femme, ils voyaient Dieu. Ainsi Chateaubriand a-t-il pu dire que ce sont les femmes qui ont conduit les Francs à la foi chrétienne.

À mon hôte, il était arrivé des malheurs, il avait souvent été trahi, par exemple par des infidèles. Il n'en gardait aucune rancune. Il en parlait avec détachement, sans pincement au cœur, gardant à la gent féminine toute sa foi, croyant jusqu'au bout à leur faculté d'intercession avec les puissances de l'univers.

S'il avait écrit sa vie, c'eût été un beau récit d'aventures.

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18/09/2017

Parution d'un troisième Echo de plumes

flo.jpgHeureuse nouvelle !
 
Le n° 3 de Echo de plumes, la revue en ligne des Poètes de la Cité, noble société genevoise dont je suis le président, est paru. Pour l'atteindre, on peut cliquer en bas à droite de la page d'accueil du site électronique des Poètes.
 
On y trouve des poèmes grandioses des membres de cette auguste société!
 
Notamment le mystérieux Yann Cherelle, l'éloquent Bamba Bakary Junior, la merveilleuse Linda Stroun, le pontifiant Rémi Mogenet, la rêveuse Francette Chabert, le raffiné Roger Chanez, le nostalgique Denis Pierre Meyer, la vibrante Bluette Staeger, le romantique Giovanni Errichelli, l'énigmatique Dominique Vallée, la délicieuse Regina Joye, la fougueuse Maite Aragones Lumeras, l'exquise Brigitte Frank, la magnifique Catherine Gaillard-Sarron, le mystique Galliano Perut, la symbolique Emilie Bilman, tous fabuleux génies !
 
Ils explorent le monde de l'âme, donnant les pensées d'amour, de rêve, de compassion, de partage, de regret, et les transmuant par le rythme et les images pour en faire un nouveau monde, un monde second! Qui, quoique plus léger, est plus vrai que le premier, parce qu'il en donne le tableau total, réunissant l'extérieur et l'intérieur qui semblent séparés dans l'appréhension ordinaire. Les poètes ne prétendent pas, théoriquement, que les deux soient semblables, ils l'illustrent en acte, en objectivant le subjectif, et subjectivant l'objectif, en donnant de la substance aux sentiments et des sentiments aux substances! Ou plutôt, en révélant la substance des sentiments et la vie intérieure des substances.
 
Telle est en tout cas l'ambition des Poètes de la Cité, ni classicisants ni avant-gardistes, mais totaux dans leur approche!

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14/09/2017

Cours de conduite de voiture volante (Perspectives pour la République, XXXV)

hffg.jpgCe texte fait suite à celui appelé L'Elfe conducteur, dans lequel je raconte qu'un elfe est venu me voir de la part de son seigneur l'immortel Tornither, et m'a emmené dans la voiture volante jusque-là conduite par Ithälun disparue, m'annonçant même, en m'appelant « petit homme », qu'on l'avait chargé de m'apprendre à la conduire.

Je demeurai perplexe, en l'entendant me nommer ainsi, car je suis d'une taille au-dessus de la moyenne, et lui-même était plus petit que moi. Mais je devais apprendre, plus tard, que c'était illusoire, et qu'il avait réellement une taille supérieure à la mienne, mais qu'il avait comprimé son corps réel pour que nous pussions discuter aisément, et que nous fussions d'une même nature extérieure. Cela l'avait amené, cherchant à se proportionner selon ses vertus, à être plus petit que moi, qui peut-être ai somme toute de trop longues jambes, par rapport à mon buste: Dieu sait. Comme Tornither, en effet, il avait la faculté de cristalliser son enveloppe extérieure, et de réduire par conséquent son corps éthérique.

Je fus cependant assez effrayé par la perspective de devoir conduire le véhicule volant, même avec un moniteur à mes côtés, pour ne pas songer trop profondément au mystère du sobriquet qu'il m'avait donné. Ce moniteur était du reste fantasque à l'excès, et je craignais le pire. Quelle valeur auraient ses conseils? Devrais-je réellement les suivre?

Par bonheur, il m'en donna peu, me laissant conduire au hasard, et faire, par ma maladresse, pencher la voiture jusqu'au risque de la faire choir, ou de m'en expulser au péril de ma vie; mais il y prenait visiblement du plaisir, et ne craignait guère pour la sienne, et je finis par le soupçonner de n'être guère soucieux de mon sort, et de ne pas prendre du tout au sérieux la mission qu'il avait reçue.

Je devais en effet m'apercevoir que, comme le peuple de Tornither en général, il était de la race qui, sans être leur ennemie jurée, méprisait les mortels, et ne voulait pas frayer avec eux, regrettant secrètement de devoir leur laisser la place dans le règne du monde. Mais, ainsi qu'on le verra, Ornüln était amené à s'adoucir, dans ce mépris, et on espérait, en haut lieu, qu'il nouerait avec moi une amitié bénéfique pour lui.

Il n'était pas hostile, au demeurant, et il me mettait la main sur l'épaule lorsqu'il raillait ma maladresse, et demandait si je m'y prenais de la même façon sur terre, quand je conduisais ma voiture à pétrole, et si j'avais déjà écrasé beaucoup d'êtres humains. Et en disant ces mots, il souriait, et en finissant de parler, il riait un peu. Mais je ne prenais pas toujours en bonne part ses moqueries, car il dépassait parfois les bornes. Il se moqua même de ma maladresse supposée avec les femmes, puisque selon lui conduire ce véhicule volant était comme faire monter une femme au ciel, et j'en rougis, et mon visage se ferma.

Il sembla toutefois regretter sa plaisanterie juste après l'avoir faite, et reprit son sérieux, et m'expliqua plusieurs choses, pour que je la conduisisse mieux. Il me complimenta même, cette fois sans détours, et déclara que j'étais un bon camarade, et d'une patience pleine de vertu, puisque je soutenais sans me révolter son insolence et son indiscrétion, et même ses insultes! Mais je n'étais pas complètement apaisé, car qu'il en parlât me semblait destiné à minimiser celles qu'il m'avait lancées, et qui pour tous les hommes représentent un grave déshonneur, combien que le lot en soit, hélas, assez commun!

Nous continuâmes de la même manière un certain temps, et son calme et sa gentillesse, sa modestie, finirent par me faire oublier l'injure, et par me le rendre aimable. Grâce à lui, je pus bientôt conduire avec adresse le véhicule, et je lui en étais reconnaissant. Finalement, il me déclara: «Tu es vraiment adroit, pour un mortel, ô Rémi! Et je ne doute pas de tes capacités, parmi les tiens. Ne m'imite néanmoins pas, dans mes blagues insultantes, quand tu rentreras parmi eux, car ils n'ont pas ta patience, et l'ont d'autant moins qu'eux, contrairement à toi, sont réellement très maladroits!» Et ayant dit ces paroles, il cligna de l'œil, et afficha un large sourire.

(À suivre.)

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12/09/2017

L'oiseau fabuleux des Busch Gardens (36)

birds.jpgAvant-hier, j'ai raconté que j'étais resté stupéfait, aux Busch Gardens de Tampa, sorte de zoo et de parc d'attraction en même temps, face à un spectacle incroyable.

L'oiseau que j'observais était une véritable merveille. D'où venait ma fascination? Je voyais une chose de mes propres yeux que n'égalaient en rien les êtres artificiels de la science-fiction.

Le véritable monde extraterrestre est ailleurs. Il est au-dessus des formes, dans la vie morale cosmique qui préside à leur apparition. Rudolf Steiner, si décrié, a dit une chose merveilleuse sur les plumes des oiseaux: elles sont la manifestation de pensées cosmiques. Les pensées que l'homme garde en son crâne, le monde les place en particulier sur les oiseaux, les matérialisant par leurs plumes.

Quelle sorte de pensées pouvait manifester cet oiseau aux plumes lumineuses, éclatantes, aux couleurs vives, prises semblait-il directement aux astres?

Je songeai alors aux mythologies des pays exotiques, en particulier celles des Indiens d'Amérique, telles que le Popol-Vuh des Mayas en donne un exemple. Les figures y sont riches, bariolées, colorées, étranges - et cela se retrouve dans les costumes de cérémonie de ces mêmes Indiens, toujours pleines de couleurs, d'ailleurs grâce à des plumes dont les officiants se font des coiffes, signe de royauté, mais aussi de communication avec les esprits. Tout se recoupe.

Les teintes des oiseaux accompagnent la richesse imaginative du peuple.

La mythologie des Incas a aussi impressionné, à tel point que l'auteur de comics Jack Kirby l'a reprise, la eternals9_2-3.jpgprolongeant dans la science-fiction, assimilant les extraterrestres à des dieux et inversement, dans sa série mémorable des Éternels.

L'incroyable vigueur imaginative de Lovecraft, pourtant un matérialiste, ou celle de Donaldson, semble encore refléter la vitalité d'un sol, celle qui donne ses couleurs aux plumes des oiseaux. Plus qu'on ne croit, les poètes, qu'ils soient matérialistes ou non, qu'ils pensent spontanément créer une mythologie ou non, saisissent intuitivement les images qui circulent dans l'air, et c'est aussi ce qui donne à l'imagination américaine son caractère puissant.

On aurait tort, dès lors, d'adopter un naturalisme asséchant, ne rendant pas compte du génie du pays!

Jusqu'aux animaux d'une terre nous parlent, nous disent ce qui vit en elle, quels sont ses démons, ses anges, ses êtres cachés, car contrairement à ce que croit le mysticisme classique, vague et globalisant, le monde divin se décline diversement selon les lieux. Il y fait rayonner des qualités distinctes, comme le disait Dante des étoiles, et c'est précisément ce qui donne aux lieux leurs différences formelles. Le monde d'en bas n'est pas coupé du monde d'en haut: entre les deux est le monde intermédiaire qu'ont tenté de peindre des artistes tels que Jack Kirby, H.P. Lovecraft et S.R. Donaldson - et que seuls les artistes peuvent au fond définir, puisque c'est par l'imagination qu'on peut saisir ce qui est entre les pures idées et les phénomènes.

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10/09/2017

Aux Busch Gardens (35)

20170427_112729.jpgComme beaucoup de villes américaines, Tampa a son parc d'attraction, appelé Busch Gardens, avec ses machines à sensations et ses décors kitsch. On peut y plonger à la verticale sur des rails décorés de serpents, laisser pendre ses pieds au-dessus du vide sous une rampe ornée de palmiers, et goûter au plaisir d'avoir peur en se retournant l'estomac. Mais on y trouve aussi un sympathique zoo.

Dans un vaste espace vert, des groupes d'herbivores se côtoient, y compris des rhinocéros. Dans des espaces plus réduits, mais vitrés, les carnivores somnolent ou font les cent pas. On peut, à travers le verre, les regarder de tout près, à loisir.

À l'entrée, une sculpture végétale figure une géante enchâssée dans le sol, sans doute la déesse du lieu. Les parcs d'attraction en Amérique sont des temples.

Mais ce qui m'a frappé en particulier, ce sont les oiseaux exotiques. À nouveau de tout près, j'en contemplai un qui avait des plumes aux couleurs incroyables, et dont le nom n'était pas indiqué. filename-cimg0964-jpg.jpgLes fines plumes bleues sur le crâne vermeil semblaient briller, tant elles captaient la lumière.

Je m'attardai longtemps, resté seul en surplomb de cet oiseau: la volière était sous la rampe que j'avais gravie, et un filet la couvrait. Il me semblait scruter un être d'une autre planète.

L'exotisme est la vraie source de la science-fiction. L'homme n'est pas réellement plus imaginatif que la nature. Il tient, en effet, son imagination de l'univers lui-même: c'est une faculté que le monde lui a donnée, mais en plus petite. C'est une grande erreur, de croire qu'on peut imaginer des choses qui n'existent pas, car tout ce que l'homme peut imaginer, l'univers l'a créé, ou le créera. C'en est au point où Novalis affirmait qu'en imaginant poétiquement, on ne faisait qu'effectuer une opération du Créateur.

Trop souvent les religions font de la divinité une entité abstraite, qui pense des concepts; mais elle est aussi artiste, et le peintre ne fait que l'imiter. Entre la sphère intelligible Chalcopsitta_sintillata_-Busch_Gardens_Tampa_Bay_Florida-8a_(1)1.jpgde Platon et le plan physique, nous rappelait Henry Corbin, il y a le monde imaginal!

Les extraterrestres sont au mieux des assemblages d'animaux existants, au pire des variantes d'animaux exotiques. Ils ne sont pas plus fantastiques que cela, sauf quand ils figurent des assemblages symboliques impossibles, comme dans la mythologie grecque. D'ailleurs, jusqu'aux anges ne sont que le croisement entre l'homme et l'oiseau.

Certes, toutes les formes ne sont pas directement matérialisées, et c'est ce qui fait croire à l'être humain que celles qu'il se représente viennent de ses conjectures intelligentes. Il n'en est rien. Il saisit de sa pensée des formes intérieures. Lui-même est souvent la seule cause de leur apparition.

Je continuerai ma réflexion une autre fois.

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06/09/2017

Le style de James Fenimore Cooper (34)

james_fenimore_cooper.jpgJames Fenimore Cooper (1789-1851), le grand romancier d'aventures américain, n'a pas un style facile à lire. Les phrases sont longues et explicatives, et semblent s'efforcer plus de démontrer et d'illustrer que de raconter. D'un côté, il prend le lecteur dans la logique de l'histoire, de l'autre, il semble vouloir ne présenter qu'intelligemment les faits, prévenant l'éventuel reproche qu'il ne parlerait que de fadaises.

Il a soin, dans The Deerslayer, l'un de ses derniers livres, de conserver l'action dans l'espace réduit du lac Otsego, et de présenter précisément tous les déplacements qui s'y font; il rapporte méticuleusement les discours qu'est censé avoir tenus chaque personnage dans chaque situation importante, et les moments intenses sont contenus dans des développements rhétoriques qui respirent la volonté d'en imposer à des lecteurs américains alors complexés par la supériorité supposée des Européens.

Cooper veut montrer qu'il maîtrise son sujet et a le talent de ses rivaux de Grande-Bretagne, et cela le rend lourd et provincial, paradoxalement. À cet égard, il rappelle la poésie de Longfellow, qui de son temps avait du succès, mais à laquelle on a reproché d'imiter servilement les Européens, et de se faire valoir par l'adaptation du style de ceux-ci à des sujets américains.

Même les allusions aux Indiens n'ont pas chez Cooper la fraîcheur du Chant de Hiawatha, qui reprenait les légendes indigènes en imitant non, cette fois, la rhétorique pesante de l'ancienne Rome, mais le ton bondissant du Kalevala. Cooper pontifie beaucoup, jouant en quelque sorte au sage. Cela finit par donner le sentiment d'un art artificiel.

En le lisant, je me suis souvenu de Lovecraft, qui, lui aussi, regrettait le style européen et l'imitait plutôt lourdement. On l'en critiquait. Il faisait des phrases à la manière de Pope, et ne parvenait pas à entrer de plain-pied dans ses narrations: il planait en quelque sorte au-dessus, comme s'il dédaignait de s'y abaisser en même temps qu'il les faisait.

Cela peut expliquer le paradoxe de contes qui semblent mêler le matérialisme classique au romantisme mythologique, allier la rhétorique d'origine latine que Lovecraft adorait - et qui est le pendant littéraire des bâtiments lov.jpgofficiels de Washington -, et les imaginations incroyables sorties de ses rêves, et qu'il attribuait à son lignage teuton. Le plus étonnant est qu'il commençait par mettre en mots ces rêves, puis créait une intrigue, depuis l'intellect, pour les mettre en scène et les rendre crédibles. C'est ce qui explique que ses récits soient constamment des découvertes progressives de réalités indicibles.

Ce qui tient lieu d'imagination romantique, chez Cooper, ce sont les évocations des Indiens et de la nature sauvage de l'Amérique ancienne. Mais à vrai dire, il est moins impressionnant à cet égard que Lovecraft.

L'héritage européen sera de toute façon balayé bientôt à la faveur d'un style plus direct, à la Hammett - ou à la Robert E. Howard, l'auteur texan de Conan le barbare. On peut dire que Cooper et Lovecraft en ont donné les derniers feux, déjà saisis dans la glace. Désormais les écrivains américains se distingueront par leur faculté à pénétrer la matière même des faits, et à la peindre avec force: ils en saisiront le dynamisme interne, la mécanique. Les explications morales de Cooper et les justifications philosophiques de Lovecraft n'auront plus cours, qu'on s'en plaigne ou qu'on s'en réjouisse.

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04/09/2017

Degolio CX: les secrets de la nymphe du fleuve

genevieve_2bby_2bhuge_2bvan_2bder_2bgoes-14BB966A1D227A53AB9.pngDans le dernier épisode de cette geste cosmique, ô lecteurs, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il éclairait son alter ego Jean Levau sur les secrets des légendes parisiennes, et qu'il expliquait qui était réellement la patronne de la cité – nulle autre, en vérité, que sa digne épouse la belle Ithälun! Et il continua à parler d'elle en ces termes:

À la demande des bons mortels qui s'étaient installés dans les parages et l'avaient distinguée dans les reflets de la Seine lorsque le soleil y brille, elle intervint pour sauver la ville d'un envahisseur qui n'était que la coque vide d'un démon, d'un ange déchu, tu peux me croire. Car aux yeux de ceux de ma lignée, les mortels apparaissent comme des ombres, et ceux qui les habitent, les esprits d'en haut, d'en bas ou de l'horizon, seuls apparaissent clairement, dans leur véritable nature. C'est peut-être pour cela que tu seras surpris que je n'évoque pas la femme mortelle qui est supposée avoir vécu dans le monde et que les Parisiens ont longtemps regardée comme leur patronne; pour moi elle fut surtout une vapeur, car je ne voyais que celle qui l'habitait, et dont sa vapeur se cristallisait. Pour toi, si tu avais été présent, elle aurait été l'unique réalité sensible; pour moi, elle était une fumée transparente, derrière laquelle je voyais la déesse.

Mais il faut que tu le saches: le temps est plus récent qu'on ne le croit, à partir duquel les mortels ont eu une personnalité distincte des esprits qui les habitaient. Certes, c'est un fait avéré: tu n'es pas moi, et je ne suis pas toi, et la mortelle que les chroniques des mortels ont gardée en mémoire n'est pas un complet leurre, je veux bien te l'accorder. Mais ici je te raconterai ce qui s'est passé de mon point de vue, et qui est vrai.

Donc, comme je l'ai dit, le soleil, en se couchant, a éclairé la Seine à Nanterre, et a fait jaillir des couleurs, de la lumière sur l'ondoiement du fleuve. Et dans cette clarté, des gens placés sur le rivage ont vu une femme, et elle était la nymphe de la Seine et la fée de Paris, le génie secret du peuple qui s'était installé sur ses rives dans les époques antérieures, parce qu'ils étaient soumis à l'esprit du lieu depuis qu'ils y avaient béni leurs foyers. Il en est toujours ainsi: chaque esprit d'un foyer est ou devient le vassal de l'esprit du pays.

Un monstre accourait vers Paris, ayant forme humaine: il avait pris la place, pour ainsi dire, d'un roi, adopté son visage, et il agissait en son nom. Les gens qui avaient vu la déesse la prièrent, l'ayant reconnue pour ce qu'elle était, et elle accéda à leurs désirs, en armant ses gens, les chevaliers de la Seine, des sortes d'immortels qui pouvaient prendre la forme de faunes l'accompagnant en chantant, en jouant, voire de chiens élégants, notamment des lévriers, mais doués de pensée, et de volonté propre. Tel est leur mystère, que je ne puis t'expliquer pour l'heure.

Ils partirent, luttèrent contre le démon qui avait pris la place du roi méchant, et qui dans l'air avait la forme d'un dragon, et son armée se détourna de Paris, la voyant resplendissante et nimbée d'un grand éclat: dans cette clarté, ils virent des milliers d'hommes armés, qui étaient ceux d'Ithälun accrus de secours célestes, et leurs lances étincelaient, à leurs yeux! Ils furent effrayés, et le roi, soudain vidé de l'esprit qui l'avait habité et qu'avaient genevieve.jpgchassé les hommes d'Ithälun (dont il faut te dire que j'étais), fut saisi d'une terreur inexplicable, qu'il eut le plus grand mal à dissimuler à ses hommes.

Il leur ordonna, sous prétexte de prudence et de priorité, de contourner Paris et d'accourir vers l'Aquitaine. Mais tout au long du chemin, sous les murs blancs de la ville, mille visions l'assaillaient, et il se croyait entouré de monstres ignobles, il pensait voir des morts jaillir de leurs tombes et s'avancer vers lui. Peut-être voyait-il plus la vérité qu'il ne voulait bien l'admettre, ou qu'il ne l'admit plus tard. Mais Paris fut sauvée, et Ithälun vénérée désormais comme une sainte de Jésus-Christ!

Pareille au génie de Rome depuis la conversion de l'empereur, on pensait convertie la déesse de la Seine, et la fée de la ville. On croyait que les immortels pouvaient aussi se tourner vers le vrai dieu, même quand ils s'étaient exilés sur terre par défi des puissances d'en haut.

Et on avait raison, en somme.

C'est sur ces mots étranges que nous laisserons cet épisode, chers lecteurs. La prochaine fois, nous verrons continuées les aventures renouvelées de la patronne de Paris!

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02/09/2017

James Fenimore Cooper et les vertus fondamentales (33)

james.jpgAvant de partir en Amérique, je voulais lire les ouvrages classiques américains que je possédais sans les avoir lus. J'ai évoqué ailleurs la poésie de Longfellow. Mais ma bibliothèque contenait aussi The Deerslayer, de James Fenimore Cooper (1789-1851), l'auteur du Dernier des Mohicans: quoique écrit plus tard, ce roman a les mêmes personnages, mais plus jeunes. Natty Bumppo n'est encore qu'un tueur de daims. Dans ce livre, il tue ses premiers êtres humains dans la guerre opposant les Anglais aux Français. L'enjeu moral en est donc crucial: comment peut-il tuer et rester bon?

Ce héros est en effet la matérialisation directe de vertus théoriques, issues de la tradition puritaine. Il a peu de tourments intérieurs: il n'hésite guère, délibère moins, sachant toujours ce qu'il a à faire. Il est une véritable machine à faire le bien.

Ainsi, lorsqu'il tue, c'est par réflexe, pour se défendre, ou répliquer à une attaque. C'est tout simple. Il n'est jamais coupable de rien.

Il aurait pu l'être face à la plus grande des tentations humaines: l'amour. Car il rencontre une jeune femme ravissante qui tombe amoureuse de lui. Mais il ne peut l'aimer, car elle a fauté avec un officier - et sa mère avait fauté aussi, avant elle, donnant naissance à ses filles sans être mariée. Elle a beau vouloir prendre un nouveau départ, avoir honte du passé, adopter des résolutions fermes pour l'avenir: le Deerslayer ne ressent pour elle que de l'amitié, il ne saurait être question, pour lui, de l'épouser.

Il n'a même pas de dilemme, comme Rodrigue: il ne peut pas tomber amoureux d'une pécheresse. Il est juste triste pour elle.

Les Indiens qui l'ont capturé lui proposent d'épouser la veuve de l'Indien qu'il a tué, ou sinon ils le tueront en le torturant; naturellement, il refuse, un chrétien ne devant pas se marier avec une païenne et les races ne devant pas se mêler: la morale biblique est, chez lui, une évidence. Il a beau ne pas savoir lire, l'enseignement de ses précepteurs religieux - surtout des Frères Moraves -, lui est apparu comme normal et légitime, comme le sel de l'univers.

Élevé par des Indiens, lui-même, il est en lien avec les forces cosmiques, et, à ses yeux de voyant, la nature manifeste partout son créateur, surtout si elle est belle. La nécessité qu'elle le soit justifie de beaux deer.jpgpassages, profondément romantiques. Les méchants du livre, du reste, sont insensibles à cette beauté, et y être sensible ressortit à la piété, pour James Fenimore Cooper. Le lieu de l'action est le lac Otsego, au nord de l'État de New York, et celui qui ne le trouve pas beau n'est pas un vrai Américain, ni un être humain digne de ce nom. Une autre chose dont il vante les grandes beautés est d'ailleurs la Bible.

Romantique aussi est le personnage de la sœur de la jeune pécheresse, une simple d'esprit qui, par cela même, est l'instrument de la Providence et vit intérieurement avec les anges. Les Indiens l'ont reconnue dans cette pureté, et ils la respectent, car, quoique sauvages et païens, ils disposent d'une sagesse spontanée, reçue du créateur à travers l'esprit de la forêt. Ils sont donc meilleurs que les blancs qui ont lu la Bible et ne la suivent pas et qui ont ainsi perdu la chance que la Providence leur offrait. Leur intellect les a dénaturés sans les améliorer, tandis que les Indiens sont restés, dans leur vie élémentaire, en contact avec le Grand Manitou. S'ils ne saisissent pas son message, au moins ressentent-ils sa présence!

Il y a donc un mélange de naïveté et de grandeur, dans ce livre, qui le rend intéressant à la lecture, mais un peu fastidieux. Le style est bizarre; j'y reviendrai.

09:29 Publié dans Littérature, Spiritualités, Voyages, Voyages en Amérique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook