30/10/2017

Blade Runner deux mille quarante-douze

Blade_Runner_2049_One_Sheet.jpgJe suis allé voir le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, et j'ai été admiratif des images, des décors, et de quelques bonnes idées, comme l'hologramme qui, à l'image des robots, a aussi une âme. En revanche, l'histoire m'a paru d'une banalité achevée: on était loin de l'original, avec son policier qui n'avait ni la force ni la légitimité morale d'accomplir sa mission, et qui était finalement sauvé par la compassion d'un homme-machine.

Peu importe, de mon point de vue, qu'une machine puisse avoir des sentiments ou non: l'histoire était belle parce que, soudain, le réplicant était frappé comme d'un miracle intérieur, et épargnait sa victime avant de narrer ses visions fabuleuses, qui lui donnaient comme une idée de Dieu. Puis il mourait et une colombe s'envolait vers le ciel. C'était beau, hiératique, magique, et les décors, beaux aussi, matérialisaient ce merveilleux intérieur – miracle intime.

Dans cette suite, la triste tarte à la crème des robots qui veulent vivre leur vie et des méchants humains qui veulent les en empêcher, un peu comme l'Espagne la Catalogne, gâche pas mal de choses, et empêche, malgré la belle mise en scène, de faire figurer le film parmi les vrais chefs-d'œuvre du cinéma.

On pourrait gloser sur la déperdition progressive du génie de Ridley Scott, qui l'a produit, depuis qu'il est passé de Blade Runner à Legend, mais je préfère m'appesantir sur la prétention du film à embrasser la réflexion métaphysique surfaite qui s'est développée depuis la sortie de l'original.

En effet, la question de savoir si, dans le futur, on pourra fabriquer des êtres qui ont une âme est relativement grotesque, et ne demande pas tant de développements. Comme disait Louis Rendu, ni dans le passé ni dans le futur les choses ne peuvent être différentes de ce qu'elles sont en plus bref dans le présent, et, si une automobile n'a pas plus d'âme qu'un caillou, c'est qu'aucun robot n'en aura jamais. Seul un miracle pourrait changer à cet égard les lois physiques - et, même s'il n'était qu'intérieur, c'était l'intérêt du film original d'en montrer un.

Le côté grotesque de la science-fiction reste les dates. On avait 2001: l'Odyssée de l'espace, établie selon les projections du gouvernement américain, et 0013.jpgNew York 1997, qui spéculait à partir des statistiques criminelles: il suffisait de prolonger la courbe, et on arrivait au résultat montré dans le film. Oui, mais un maire a réagi, et la courbe s'est dissoute. Cela va, cela vient, les projections mathématiques sont globalement vides de sens.

L'avantage des super-héros est qu'ils ont placé les machines merveilleuses dans le présent par goût du merveilleux, et sans prétendre à aucun discours prospectif. George Lucas a eu aussi cette qualité, dans Star Wars: il ne donne pas de dates. C'était le plus intelligent, contrairement à ce qu'ont dit certains. La multiplication des années n'a jamais créé de miracle. On pouvait aussi bien placer le fabuleux dans le présent, ou n'importe quand. Qui du reste croit vraisemblable la date de 2049 du nouveau Blade Runner? Les illusions progressistes des années 1960 ont fait long feu. Même l'émancipation sexuelle montre son revers ténébreux, soudain.

08:36 Publié dans Cinéma, Culture, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Intéressante réflexion sur les dates dans les titres de films, et sur la spéculation prospective qui leur est associée.

À réfléchir également pour les ouvrages littéraires. Par exemple, si 1984 est un pavé puissant par son thème, et si la date est exemplaire de simplicité pour la mémoriser, ce qui se déroule dans le roman peut être associé à bien d'autres dates potentielles.

J'ai vu sur le net qu'il existe aussi un 2084. Cela sent un peu le coup de marketing.

Écrit par : hommelibre | 30/10/2017

C'est pour faire peur aux gens.

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/10/2017

@homme libre : 1984 avait pour sens d’etre Une inversion de sa date
D’ecrIture, 1948.

Écrit par : Kris | 02/11/2017

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