30/10/2017

Blade Runner deux mille quarante-douze

Blade_Runner_2049_One_Sheet.jpgJe suis allé voir le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, et j'ai été admiratif des images, des décors, et de quelques bonnes idées, comme l'hologramme qui, à l'image des robots, a aussi une âme. En revanche, l'histoire m'a paru d'une banalité achevée: on était loin de l'original, avec son policier qui n'avait ni la force ni la légitimité morale d'accomplir sa mission, et qui était finalement sauvé par la compassion d'un homme-machine.

Peu importe, de mon point de vue, qu'une machine puisse avoir des sentiments ou non: l'histoire était belle parce que, soudain, le réplicant était frappé comme d'un miracle intérieur, et épargnait sa victime avant de narrer ses visions fabuleuses, qui lui donnaient comme une idée de Dieu. Puis il mourait et une colombe s'envolait vers le ciel. C'était beau, hiératique, magique, et les décors, beaux aussi, matérialisaient ce merveilleux intérieur – miracle intime.

Dans cette suite, la triste tarte à la crème des robots qui veulent vivre leur vie et des méchants humains qui veulent les en empêcher, un peu comme l'Espagne la Catalogne, gâche pas mal de choses, et empêche, malgré la belle mise en scène, de faire figurer le film parmi les vrais chefs-d'œuvre du cinéma.

On pourrait gloser sur la déperdition progressive du génie de Ridley Scott, qui l'a produit, depuis qu'il est passé de Blade Runner à Legend, mais je préfère m'appesantir sur la prétention du film à embrasser la réflexion métaphysique surfaite qui s'est développée depuis la sortie de l'original.

En effet, la question de savoir si, dans le futur, on pourra fabriquer des êtres qui ont une âme est relativement grotesque, et ne demande pas tant de développements. Comme disait Louis Rendu, ni dans le passé ni dans le futur les choses ne peuvent être différentes de ce qu'elles sont en plus bref dans le présent, et, si une automobile n'a pas plus d'âme qu'un caillou, c'est qu'aucun robot n'en aura jamais. Seul un miracle pourrait changer à cet égard les lois physiques - et, même s'il n'était qu'intérieur, c'était l'intérêt du film original d'en montrer un.

Le côté grotesque de la science-fiction reste les dates. On avait 2001: l'Odyssée de l'espace, établie selon les projections du gouvernement américain, et 0013.jpgNew York 1997, qui spéculait à partir des statistiques criminelles: il suffisait de prolonger la courbe, et on arrivait au résultat montré dans le film. Oui, mais un maire a réagi, et la courbe s'est dissoute. Cela va, cela vient, les projections mathématiques sont globalement vides de sens.

L'avantage des super-héros est qu'ils ont placé les machines merveilleuses dans le présent par goût du merveilleux, et sans prétendre à aucun discours prospectif. George Lucas a eu aussi cette qualité, dans Star Wars: il ne donne pas de dates. C'était le plus intelligent, contrairement à ce qu'ont dit certains. La multiplication des années n'a jamais créé de miracle. On pouvait aussi bien placer le fabuleux dans le présent, ou n'importe quand. Qui du reste croit vraisemblable la date de 2049 du nouveau Blade Runner? Les illusions progressistes des années 1960 ont fait long feu. Même l'émancipation sexuelle montre son revers ténébreux, soudain.

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28/10/2017

Captain America me parle (41)

avengers.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, je prétends avoir vu comme de vivantes statues de super-héros bien connus, dans une salle illuminée. J'en étais à Giant-Man.)

À sa gauche venait sa bien-aimée de toujours, la fine Guêpe, aux ailes bleues et transparentes, petite mais suspendue dans l'air, et je m'aperçus que ce n'était point une statue, car même si ses yeux, ses bras et ses jambes ne bougeaient pas, ses ailes, elles, étaient en mouvement rapide. Cela me fit sursauter. Je vis qu'elle me regardait de ses petits yeux vifs, semblables à de minuscules diamants.

Enfin venait Thor, avec sa cape rouge flamboyante et son luisant heaume muni d'ailes, et la lueur violette que j'avais vue entourait son légendaire marteau, ce qui me surprit, car les comics ne l'ont jamais représentée. En l'observant plus attentivement, je distinguai de fins éclairs qui la traversaient sans cesse, comme si le marteau fût saturé d'électricité, ce qui devait être effectivement le cas. Le célèbre Asgardien avait un regard bleu et des cheveux d'or, et il y avait dans son port et ses yeux comme de la noblesse et de la nostalgie; car lui ne me regardait pas, comme si je fusse indigne de son attention.

Ces sept héros se dressaient devant moi, sur une estrade, chacun au-dessus d'un socle comme s'il se fût agi de statues, bien qu'il n'en fût pas ainsi, à moins que, dans ce temple enchanté et inconnu aux humains, elles se fussent animées, elles eussent pris vie! S'arrachant aux pages des comics, ils s'étaient épaissis, avaient pris du volume, et quelque fée leur avait insufflé une âme, leur avait donné la vie!

Derrière eux, au-dessus et à côté de moi, tant à gauche qu'à droite, se dressaient de belles machines, brillantes et polies, toutes semblables à celles utilisées par les Vengeurs ou les Quatre Fantastiques dans les bandes dessinées, notamment lorsqu'ils veulent se rendre sur d'autres planètes, ou dans d'autres galaxies! Leur technologie est inconnue de l'humanité actuelle, et ces engins sous mes yeux semblaient palpiter, lewis_fischer_03.jpgrespirer, dégager de la chaleur, et les rayons de la lampe s'y miroitaient. J'y contemplai mon visage reflété, rempli néanmoins de la peur et de la surprise que j'éprouvais, face à ces merveilles.

Je crus percevoir un mouvement, et mon regard revint vers Captain America. Il me fixait droit dans les yeux, alors que les autres avaient un regard oblique, ou même dédaignaient de me regarder, comme je l'ai dit. Le gardien de l'Amérique sourit légèrement, et lentement ouvrit la bouche.

Soudain sa voix me parvint. Mais était-ce la sienne? Quoique ses lèvres fussent entrouvertes, elles ne remuaient guère. Et puis j'avais le sentiment que le son m'en parvenait directement de l'intérieur, sans passer par les oreilles.

Les yeux du héros pourtant scintillaient, une clarté semblait même en émaner. Et le sens des mots qui pénétrèrent ma pensée était tel que je m'assurai rapidement que c'était bien lui qui s'adressait à moi. Voici ce qu'il déclara: Quel privilège, Rémi! Quel privilège! Tu nous vois enfin en chair et en os, comme c'est ton désir le plus cher, quoique souvent inavoué, depuis que, enfant, tu lisais nos aventures dans les comics qu'ont faits les hommes. Il nous a semblé que tu le méritais, et que tu méritais, aussi, de connaître notre véritable nature. Nous avons pensé que toi, un petit Français visitant l'Amérique, tu saurais la reconnaître, moins immergé que les gens d'ici dans des idées toutes faites.

(À suivre.)

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26/10/2017

Guinizzelli

Dante-Alighieri.jpgPoursuivant mes lectures italiennes, j'ai ouvert un livre que je possédais depuis plusieurs lustres, intitulé Poeti del Dolce Stil Novo: ce sont les poètes italiens approuvés par Dante dans De Vulgarii Eloquentia, ceux qui ont élevé le style en pénétrant de leurs vers le monde spirituel lié à l'amour, et qui l'amènera lui-même à faire de Beatrice qu'il a aimée une sorte d'ange gardien.

On sait peu de choses de Guido Guinizzelli, qui ouvre le recueil, sinon qu'il était de Bologne, et que Dante et son ami Cavalcanti, à Florence, furent enthousiasmés lorsqu'on leur apporta le recueil de ses vers. Quand j'étudiais l'italien, on me fit lire un de ses poèmes, sans doute le plus célèbre (Al cor gentil rempaira sempre amore), et je l'aimai beaucoup. Il est très beau, le poète prévoyant de s'excuser auprès de Dieu d'avoir vénéré l'amour plus que lui-même ou la sainte Vierge, comme Il le lui reprochera certainement; il annonce:

Dir Li porò: « Tenne d'angel sembianza
che fosse del Tuo regno;
non me fu fallo, s'in lei posi amanza. »

Il pourra lui dire que comme la femme concernée avait l'apparence d'un ange du royaume divin, il ne commit pas de faute, en lui vouant de l'amour. L'idée que la beauté des femmes émanait du ciel était juste et belle. C'en est au point où les anges ont en Asie l'apparence de femmes. Dans la mythologie arabe antérieure à l'Islam, il en était également ainsi: il en reste probablement les houris. Mais le Coran était nourri de tradition biblique, et les anges y sont épurés, arrachés à leur sexe. En vérité, face aux dieux de l'Olympe, très sexués, le christianisme alla dans le même sens. Guinizzelli efface cette différence radicale entre les traditions, il l'atténue, comme le fera Dante.

Il renoue sans lourdeur érudite, sans froideur rhétorique, avec l'inspiration qui lie l'amour à la mythologie aussi dans un délicieux quatrain, début d'un sonnet:

Vedut'ho la lucente stella diana,
ch'apare anzi che'l giorno rend'albore,
c'ha preso forma di figura umana;
sovr'ogn'altra me par che dea splendore

Il a vu, dit-il, l'étoile brillante du matin, qui apparaît avant que le jour ne crée l'aube, prendre forme humaine, et il lui semble que plus que toute autre elle rayonne de splendeur. Le sentiment d'amour justifie des images fabuleuses - justifie qu'une femme soit l'histoire d'une descente des beautés célestes sur terre. De nouveau, la source des mythologies est retrouvée, avec en réalité bien plus de force que chez les poètes français publicdomainq-0008362rrq.jpggalants du vingtième siècle, Paul Éluard ou Louis Aragon. Ceux-ci créaient de jolies figures; Guinizzelli y met une foi si sincère qu'il pénètre sans hésiter dans la fable que lui-même narre. Il n'y a plus de distance, et pourtant il demeure une image cohérente, qui a son équilibre propre, son organisation interne.

En lisant ce poète, je me suis souvenu de la manière dont la poésie italienne médiévale m'avait influencé, dans mes jeunes années. J'avais lu deux fois avec ravissement la Vita Nova, de Dante, et on y voyait le poète raconter ses rencontres mystérieuses avec des figures allégoriques possédant une vie incroyable, dans l'élan du sentiment amoureux. J'adorais cela. Je pense que c'est une de mes plus grandes influences, pour mon premier recueil, La Nef de la première étoile. La lucente stella diana, c'était la même étoile, ou presque, puisque je la plaçais le soir. L'idée de la nave était présente aussi chez les Italiens, la nef de l'amour, emmenant sur les mers lumineuses. Dante voulait voguer sur un tel esquif, qu'eût animé un mage; comme je le comprends!

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22/10/2017

Degolio CXII: l'enchaînement des Gargouilles

satan-bound.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il racontait à son alter ego Jean Levau l'histoire secrète de Paris, perçue depuis son étonnant point de vue. Il en était au moment où, à la prière de plusieurs mortels, les bons génies de la Seine décidèrent de mener une guerre contre les gargouilles. Il continua en ces termes:

Elle ne dura pas longtemps. Ithälun avait reçu d'en haut le pouvoir de mettre hors d'état de nuire ces êtres immondes, et de les enchaîner dans un puissant sortilège. Ils ne purent résister à notre assaut, et ce fut leur grande surprise. Malgré leurs coups de bec, leurs tentacules puissants, leurs ailes, nos armes bénies par les anges rapidement les circonscrivirent. Même leurs gemmes, dont par leur art maudit ils avaient réussi à faire des sources de puissance s'exprimant par des rayons de feu, ne leur furent pas d'un grand secours: nos boucliers enchantés renvoyaient la plupart de leurs attaques.

Nous les vainquîmes facilement, et ils en rugirent de honte et de dépit. Une vague puissante en fut l'effet, et plusieurs quartiers de Paris furent inondés, un certain nombre d'êtres humains moururent; mais les démons n'en furent pas moins chargés par nous de chaînes de diamant que jamais ils ne pourraient rompre, et confinés en leurs grottes glauques, au fond de la rivière.

Trois mortels éclairés, initiés aux mystères des génies, nous virent accomplir cette tâche. Ils en racontèrent le miracle, souvent en le simplifiant. L'image leur était venue pendant leur sommeil, dirent-ils; mais nous les avions vus, à la rive, nous regardant, pareils à des hommes en transe. Leurs yeux étaient blancs, et pourtant ils voyaient.

Bien des armes utilisées durant ce combat, tu dois le savoir, ont été ensuite imitées par les forgerons de Paris sur le conseil de ces trois, qui nous prirent pour des anges; mais ce n'est pas ce qui compte le plus dans le récit que j'ai la hardiesse de te faire. Ce qui compte vraiment est ceci: malgré la solidité des chaînes dont nous avions couvert les gargouilles, il y restait du jeu. Cela n'est pas possible autrement. Nous eûmes beau placer, à l'entrée de leurs geôles, des gardiens fiables, nous savions que, à terme, nous ne pourrions assurer complètement leur maintien dans leurs gouffres. Nous étions en effet appelés à quitter ces lieux, et il fallait que des hommes assurassent notre mission à notre place.

Nous prîmes alors une décision d'une importance considérable, qui devait orienter toute l'évolution ultérieure du peuple parisien. Nous nous employâmes à initier de simples mortels à nos mystères, pour leur permettre de surveiller eux-mêmes les liens de ces monstres, voire d'en créer de nouveaux, si le besoin s'en faisait sentir. Nous www.pinterest.fr.jpgchoisîmes ceux qui en auraient le secret, et c'est ainsi que la tradition humaine parle d'Ithälun comme ayant favorisé un seigneur parmi les Francs, dont je ne te redirai pas le nom. Celui par lequel il est connu des tiens est risible par ses sonorités incongrues, ne correspondant en rien à la personne qu'il nomme, ni même à celui que lui avaient donné à sa naissance à ses parents! Nous le connaissons par un autre nom, qui est Alaturn. Il fut baptisé ainsi, quand nous l'accueillîmes parmi nous pour l'initier à quelques-uns de nos mystères. D'autres vinrent alors, et le secret de l'enchaînement des gargouilles leur fut connu.

Ils les conjurèrent à leur tour, usant de notre art occulte, les contraignant à servir de socle à leurs temples, de ciment à leurs murs. L'art en fut maîtrisé par eux, que nous appelâmes nos amis, et dont nous fûmes à la vérité fiers, à l'époque où ce que tu appelles la France prenait aussi naissance. La ville même de Paris connaissait une refondation, et d'ailleurs elle changea de nom.

Mais il est temps, ô digne lecteur, de laisser pour cette fois cette geste sur blog. La prochaine fois, des doutes de Jean Levau seront exprimés: ce qu'il entendit était par trop bizarre.

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20/10/2017

Démocratie et programme électoral (Catalogne, II)

parlement-catalogne-indépendance.jpgOn rencontre beaucoup de philosophes qui reprochent au parlement catalan d'avoir appliqué le programme pour lequel il a été élu: entamer une procédure d'indépendance. La constitution et le roi sont tellement plus importants que les programmes électoraux! Au fond on donne des postes d'élus aux locaux pour qu'ils se sentent importants, et peut-être même que les programmes ne sont faits que pour donner l'illusion au peuple que les élus le représentent.

Cela me rappelle qu'une loge maçonnique, en France, se disant républicaine idéalement a un jour écrit aux parlementaires pour leur recommander de ne pas voter la Charte européenne des langues minoritaires et régionales comme ils en avaient l'intention; en effet, c'était dans le programme de François Hollande, sous la bannière duquel ils avaient été élus. La république, donc, cela peut être de ne pas respecter le programme pour lequel on a été élu; cela peut consister à ne pas représenter le peuple.

On pourrait faire remarquer que ce point était secondaire parmi ceux du candidat Hollande; mais on ne peut pas vraiment prétendre qu'il en aille de même pour l'indépendance de la Catalogne. Tout le monde le sait parfaitement.

Par ailleurs, pour aborder la question de fond sur les langues, vu.jpgVaugelas disait que le français était la langue de la Cour, c'est à dire du Roi; les langues régionales sont évidemment celles du peuple. La république française, comme la démocratie espagnole, a sa force dans la défense de la monarchie.

Joseph de Maistre annonçait que la république consisterait en une poignée de républicains avec des millions de sujets. Et Rousseau indirectement l'avait prévu, aussi, en affirmant que la république ne pouvait avoir que la taille d'une ville, que s'il y en avait plusieurs et qu'une seule était une capitale, la république serait inégalitaire et donc illégitime.

Rappelons, également, ce que disait Charles Duits: la force et la légitimité d'une authentique démocratie viennent de ses minorités. Ce sont elles qui rendent un pays démocratique.

Mais peut-être que les peuples issus des Romains préfèrent au fond la monarchie, et que la démocratie est une façade imposée par le charme des peuples du nord - notamment les Anglais. Quand les Anglo-Américains sont devenus les maîtres du commerce mondial, il a fallu donner aux peuples latins l'illusion qu'ils avaient les mêmes droits que les Anglais. Il a fallu donner aux Catalans l'illusion qu'ils pourraient voter pour leur indépendance comme les Québécois et les Écossais.

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18/10/2017

La vision des Vengeurs (40)

avengers.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, j'ai assuré avoir été guidé par la forme de Captain America jusqu'à une étrange salle ténébreuse, sous une montagne.)

Mes yeux s'habituèrent à l'obscurité, et je vis que les lueurs étaient les reflets, sur des sortes d'armures, des clartés de la nuit étoilée.

Toutefois il existait plusieurs points brillant d'eux-mêmes. Face à moi, une grosse étoile blanche rayonnait, et me suggérait que Captain America était là, dans le noir, me scrutant. Un peu à gauche, luisait un disque blanc - et trois traits, plus haut, semblant des yeux et une bouche. Plus loin, une sorte de topaze brillante, goutte de cristal jaune, envoyait ses clartés sur une surface rouge et verte. À droite, assez loin de l'étoile blanche centrale, une nuée violette luisante entourait un objet gris rectangulaire.

Derrière moi, la porte qui s'était ouverte se referma. Soudain, juste devant mes yeux, entre moi et l'étoile blanche, une clarté se fit jour, augmentant d'instant en instant: une lampe posée sur une sorte d'autel s'allumait, montrant ce qui se trouvait devant moi. Et, que vous le croyiez ou non, je reconnus les figures de sept des plus fameux Vengeurs, l'équipe de super-héros! Leur costume rutilant scintillait à la lumière de la lampe, et, mieux encore, semblait l'absorber et la renvoyer, et ils paraissaient luire de l'intérieur, comme si la lampe avait allumé en eux une autre lampe, ou comme si toutes s'étaient allumées en même temps. C'était une vision splendide, que je n'oublierai jamais de ma vie, et que les mots peineront à redire. Mais je vais m'y employer.

En face, donc, comme je l'avais deviné, se tenait Captain America, égal à ce que j'avais vu de lui dans le lotissement, dehors. Il me fixait de ses yeux immobiles, clairs et brillants. À sa droite se tenait celui qu'on nomme Iron Man, dans son armure rouge et or, et j'avais bien vu la fente de ses yeux et de sa bouche, et son orbe pectoral. Il était plus mince, plus élancé, plus fin que dans les films qui l'ont mis en scène, mais pas moins luisant, et pas moins beau. Je ne voyais pas du tout ses yeux et sa bouche derrière son heaume.

Plus à gauche était la magnifique Vision, l'un de mes héros préférés. Sa peau était vermeille, comme dans les images dessinées, entre autres, par John Buscema et Neal Adams, et son habit vert et jaune; il avait bien sûr vision.jpgune cape et au front la pierre dorée que j'avais vue, et qui respirait d'une puissance cosmique. Un losange d'or tenait sa cape, et ses yeux profonds avaient en eux une étincelle blanche. Il avait un air sévère et grave, ressemblant à quelque ange.

Plus à gauche encore un géant vert aux muscles saillants et au pantalon violet se révéla naturellement être Hulk. Ses yeux d'émeraude pailletée d'or m'impressionnèrent. Ils étaient animés d'une étrange furie, et en même temps d'une souffrance profonde.

À la gauche de Captain America, et donc à droite pour moi, était d'abord le géant rouge et bleu appelé couramment Giant-Man, et ses yeux étaient protégés par d'étranges lunettes jaunes; ou était-ce ses véritables yeux? En vérité, maintenant que j'avais ces héros sous les yeux, je doutais qu'ils fussent véritablement humains, et me demandais s'ils n'étaient pas tous des sortes d'extraterrestres. Car les lunettes jaunes de Giant-Man ne tenaient à rien, étaient comme des yeux protubérants. Des étincelles y couraient, curieusement, mais aucune prunelle ne s'y décelait.

(À suivre.)

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14/10/2017

Catalogne

drapeau-catalan.jpgL'illusion de la liberté aura souvent fait avancer l'humanité. Les forces mécaniques terrestres, pour ainsi dire, ne veulent pas d'elle pour l'être humain, et volontiers elles invoquent la loi, qui n'est que l'habitude imposée par le pouvoir temporel.

Je rappellerai ce que Jean-Jacques Rousseau disait du contrat social: il peut être rompu à tout moment soit par l'ensemble des contractants, soit par une partie. Il est évident que la plupart des démocraties modernes se contentent de faire voter les citoyens jusqu'au moment où cela ne rompt pas l'ordre séculaire imposé par les princes. Le contrat social a du mal à rompre avec la tradition du pacte féodal.

Mais on ne peut pas ignorer que Rousseau planait dans les hauteurs - que, même s'il s'en défendait, il croyait vraiment que la république des anges pouvait être instaurée sur terre. Peut-être, un jour. Mais l'être humain n'est sans doute pas encore assez évolué, notamment dans les parties du monde où le poids de l'ancienne Rome reste important.

Rappelons en effet que l'empereur Constantin était persuadé que pour rendre l'empire romain éternel, il fallait au pire que tout le monde parle latin, au mieux que tout le monde soit chrétien. Environ cent cinquante ans après son entreprise, néanmoins, l'Empire romain s'effondrait. Il ne devait renaître charlemagne.jpgqu'avec Charlemagne et l'idée d'un saint Empire romain germanique, c'est à dire d'un empire romain certes chrétien, mais embrassant des langues et des nations différentes; et c'est ainsi, au fond, qu'est né le fédéralisme.

L'État ne doit pas être neutre seulement en matière de religion, mais en matière de culture en général. Tout État légitime est supraculturel, et fédéral, comme en Suisse. Comme disait Louis Rendu, les peuples appartiennent à la nature; les institutions doivent émaner, elles, d'une justice céleste. Donc un État ne doit pas se confondre avec un peuple, une culture; il doit être dans le projet commun aux citoyens, quelle que soit leur culture.

Pourquoi le cacher? Si les dirigeants essaient d'imposer une culture unique au nom de l'unicité de la nation, c'est parce qu'ils veulent orienter les projets communs dans un sens qui leur convient.

La liberté des peuples est donc conditionnée par l'existence d'un État fédéral, comme les protestants européens l'ont conçu, bien qu'un tel État impliquât la liberté, pour les cités, de développer une culture catholique si bon leur semblait.

Le problème catalan est que la culture, à Barcelone, a allié le catholicisme et l'Art Nouveau, comme le montre l'exemple de gaudi.jpgGaudì, c'est à dire que l'art religieux a été imprégné de modernisme sous l'influence des donateurs appartenant à la bourgeoisie industrielle locale. C'est grand, c'est beau, c'est justement admiré.

Face à cela, l'Espagne castillane s'appuyait sur les grands propriétaires terriens - et Franco l'a imposée à l'inverse de ce qui s'est passé en Amérique du nord au dix-neuvième siècle. On peut, pour en livrer le symbole, évoquer les statues de Jean-Paul II en Andalousie, et les monuments, du reste sympathiques, consacrant les prêtres martyrisés durant la guerre civile: je ne suis pas de ceux qui donnent raison à leurs persécuteurs. Mais il s'agit, comme eût dit Victor Hugo, d'une culture encore liée au passé, à la tradition médiévale ou romaine.

Un décalage existait, et un conflit était inévitable. Surtout si on affectait de ne pas se comprendre. Le roi intervient, il règle les problèmes constitutionnels quoique pense le peuple, il est des pays où le passé restera encore longtemps, comme cristallisé. Et en son sein, évidemment, des régions qui s'impatientent. Le respect du principe de liberté de chacun pourrait imposer la paix, s'il était bien compris - c'est à dire appliqué à l'autre, plus qu'à soi.

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12/10/2017

Le brouet de l'elfe fou (Perspectives pour la République, XXXVI)

skylla.jpgCe texte fait suite à celui appelé Cours de conduite de voiture volante, dans lequel je raconte qu'un être étrange m'a appris à conduire un engin volant, après avoir été envoyé à cette fin par le seigneur du lieu, un certain Tornither. Il venait de m'annoncer en riant que j'étais plus adroit que la plupart des mortels.

Comme disait Molière, il n'est flatterie qui ne fasse croire à la plus grande folie, et, entendant son compliment, je ne pus m'empêcher de sourire aussi, bien qu'en réalité conduire ce véhicule n'avait rien de bien difficile et que n'eussent su faire aussi bien, et même mieux que moi, des milliers d'hommes et de femmes mortels.

Comme midi approchait, et que le soleil était haut dans le ciel, l'elfe, car c'en était un, me demanda de nous poser, et, après qu'il m'eut expliqué comment procéder, je m'y employai avec succès.

Lorsque nous fûmes parvenus au sol, il chercha dans le coffre et trouva, à ma grande surprise, du matériel que je n'avais pas vu, et que je n'aurais jamais pensé y être. Il déploya alors, en l'accrochant à des piquets plantés à terre, un pavillon de soie, sur lequel étaient dessinés de curieux symboles, notamment des animaux mélangeant plusieurs formes, proches de la chimère, du centaure, du sphinx, du griffon. Des hommes ailés aussi s'y trouvaient, colorés et brodés avec art. L'ouverture était large et laissait voir le paysage. L'elfe ne rabattit pas le pan qui permettait de la fermer. Nous nous mîmes à l'intérieur, à l'abri du soleil.

Puisant dans un sac du coffre, Ornuln m'offrit, à son tour, une sorte de thé, des gâteaux excellents, et il s'absenta quelques instants, avant de ramener de larges feuilles, semblables à du chou, qu'il commença à faire cuire dans de l'eau, en y plaçant aussi des herbes. Il m'indiqua comment je devais continuer cette préparation, et retourna à la recherche de nourriture. Il ramena des racines violettes et jaunes rappelant le navet, ainsi que des fruits de plantes poussant au sol, et ressemblant à des courgettes ou des concombres.

Quand il vit que je n'avais toujours pas sorti le chou de son eau bouillante, cependant, il parut mécontent. Sans rien dire, il jeta le tout au loin, et retourna à la vitesse de l'éclair chercher le même chou.

Il fit cuire à sa guise, à son retour, tous ces légumes, sans les laisser longtemps dans l'eau chaude, afin qu'ils craquassent sous la dent. Et, je l'avoue, jamais je n'avais mangé rien d'aussi bon. J'étais stupéfait. Je me sentais à nouveau léger et pur, après ce repas.

Je dois ajouter que celui-ci n'avait pas commencé sans une prière aux dieux du pays, aux êtres qui présidaient à la croissance végétale des différentes plantes, de nous pardonner nos emprunts, et par une action de grâce, pour les remercier de nous les laisser faire.

Or, j'eus la plus grande surprise de voir se matérialiser, dans l'air, des formes souriantes, assez semblables à l'elfe mais plus éthérées et dénuées de jambes distinctes: leur ventre se prolongeait en bas par des effilochements qui disparaissaient dans une nuée - ou plutôt deux nuées, une de chaque côté du corps, comme si leurs membres inférieurs avaient été dissous dans l'air et qu'il ne restait plus que la force qui les mouvait. Toutefois ces nuées s'enroulaient, mais vers l'extérieur, donnant à ces gens l'image des êtres jadis dits anguipèdes.

Ils s'inclinèrent devant Ornuln, et prirent tout à tour ses mains jointes dans les leurs. Il me sembla même qu'ils prenaient, de ces mains, un objet qui brillait, comme si ce fût de l'argent, mais je ne pus distinguer ce que c'était, et à aucun moment Ornuln ne me parut avoir quelque chose dans ses mains ou se saisir de quelque objet que ce fût, dans ses poches ou ailleurs.

C'était encore un mystère, pour moi, devant s'ajouter aux précédents.

Lorsque nous eûmes mangé, nous nous reposâmes sur des matelas fins et moelleux installés dans le pavillon, et bientôt j'entendis le souffle régulier d'Onuln, qui s'était endormi. Je m'endormis à mon tour.

(À suivre.)

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10/10/2017

Pinocchio

collodi-book.jpgJe suis allé cet été en Sardaigne, et je me suis dit que c'était l'occasion de lire mes livres en italien, achetés souvent il y a de nombreuses années, mais pas lus. Je lis l'italien depuis que je l'ai appris à l'école, et ai pris connaissance ainsi de plusieurs grands classiques; dans ma jeunesse, la façon qu'avait Dante, dans la Vita Nuova, de sublimer l'amour courtois, m'a beaucoup marqué. C'est un texte que j'adore. Depuis j'ai lu la Divina Commedia, un autre texte sublime. Et puis I Promessi Sposi, de Manzoni.

Mais on sait mal que les Italiens modernes ont un livre de référence absolu, parce qu'ils l'ont lu à l'école primaire, c'est Le Avventure di Pinocchio, de Carlo Collodi. Je l'ai lu peu de temps avant de partir.

Cette œuvre a une importance politique méconnue, car elle a été écrite dans un toscan contemporain, et entrant dans les détails matériels de la vie comme ne le faisaient pas les vieux classiques. Lorsqu'il a fallu apprendre ce toscan courant aux enfants de l'Italie unifiée, Pinocchio est apparu comme une bénédiction. Il est devenu une référence commune à toute la nation, et tout étranger qui veut comprendre l'Italie doit le lire.

On découvre ainsi qu'il est bien plus fantaisiste que le dessin animé américain qui en a été tiré, jouant avec les mots et s'adonnant à la satire: il est en fait proche par le ton des Aventures d'Alice au pays des merveilles. À l'inverse, des personnages importants du dessin animé, comme le grillon parlant, n'apparaissent pas tout au long de l'histoire. La fée bleue a en fait les cheveux bleus, et non la robe bleue et les cheveux blonds, et n'est pas l'être qui donne la vie au pantin, qui l'a de lui-même, parce que le bois l'avait déjà, il avait une âme.

De surcroît la structure narrative évolutive n'est pas si nette. Dans la première version, l'auteur avait fait finalement mourir Pinocchio, l'avait amené à se pendre: comme il n'accomplissait jamais le bien qu'il s'était fata-turchina.jpgpromis d'accomplir, il a désespéré. Or, cela se ressent dans le récit, qui est une suite picaresque d'échecs, pour la marionnette, à se conduire correctement. La satire est claire, et pessimiste: les bonnes résolutions ne changent rien à la nature perverse des garçons. Ce sont d'incorrigibles fainéants, et ils ne pensent qu'à s'amuser!

Mais Collodi s'est résolu, pour la publication en volume de son feuilleton initial, à écrire une fin autre, qui voit Pinocchio tout à coup ne faire que le bien qu'il s'était promis, et qui est ainsi transformé en garçon humain par la fée, qu'il s'est mise à honorer comme il devait, travaillant pour lui payer l'hôpital, où elle a été emmenée pour je ne sais plus quelle raison. Car le roman est burlesque, et le merveilleux y est parodique.

La marionnette symbolise la fatalité mécanique qui conduit les garçons à mal se conduire.

C'est un livre très drôle, qui n'est pas inférieur aux romans anglais pour la jeunesse qu'on s'empresse de faire lire aux enfants au détriment de cet italien, parce qu'au fond on parle de l'Europe, on parle de la France, mais on est spontanément soumis aux Anglo-Américains. On fait comme Pinocchio, on s'affirme comme ayant de bonnes pensées, de belles résolutions, mais, mécaniquement, on cède à la voie la plus facile, majoritaire, dominante, supérieure en force. Cela dit, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles est un excellent livre aussi.

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06/10/2017

Dante et l'héritage européen des Francs

CharlemagneCourronne.jpgJ'ai dit récemment que les Français assumaient peu leur véritable culture, puisqu'en général, lorsqu'ils se cherchent une référence fondamentale, ils se détournent des chansons de geste et des chroniques latines du temps des Francs, ne s'appuient même pas tellement sur l'ancienne Rome, mais se réclament des Grecs. Or c'est assez fabuleux, peu crédible, et il n'y a somme toute guère de logique à protester contre des invasions de cultures étrangères au nom de l'héritage grec.

Que les chansons de geste et le règne des Francs et de Charlemagne soient fédérateurs pour l'Europe ne fait pourtant pas beaucoup de doute. Les épopées espagnoles sont imitées des chansons de geste françaises et le Cid est aussi un héritage des Francs. Mieux encore, l'épopée franque est pour la littérature classique italienne la référence fondamentale: Dante cite Roland, Olivier et Guillaume comme étant parmi les héros transportés au paradis, mais aussi Godefroi de Bouillon, le champion de la première croisade et de la Jérusalem délivrée du Tasse.

En Allemagne, des poèmes en latin ont mis en scène des héros germains de la Gaule, notamment le Waltharius, et le Nibelungenlied est relatif aux Burgondes, venus en Gaule pour y fonder le royaume de Bourgogne. En dialecte dauphinois, une chanson de geste chante encore, au douzième siècle, les Bourguignons, issus des Burgondes, dans leur opposition aux Francs leurs maîtres - puisqu'ils admettent que le roi de France a un titre impérial auquel ils doivent se soumettre: c'est Girart de Roussillon, l'une des plus belles chansons de geste qui aient été composées.

Pour se retrouver, certes, l'Europe doit établir une base culturelle commune, et elle n'est pas réellement dans l'ancienne Grèce, comme on le fait croire. Elle est plutôt dans l'ancienne Rome et l'empire carolingien.

L'Italie au fond fait mieux que la France, quand elle prend Dante pour classique de référence: il se réclame de cet empire carolingien archange.jpget de sa descendance germanique, espérant l'avènement d'un empereur romain d'origine allemande qui rétablira l'ordre antique, et il assume et illustre pleinement le merveilleux chrétien, qui est l'essence de l'Europe moderne, parce qu'il lui est aussi commun. Dans toute l'Europe on a vénéré les saints du christianisme, tandis que, personne ne l'ignore, les légendes païennes étaient très différentes d'un pays à l'autre. Dans toute l'Europe on a lu la Légende dorée en latin, et Dante montre qu'au paradis on rencontre non seulement Roland et Charlemagne, mais aussi, dans des cercles plus élevés, les saints du Nouveau Testament. C'est la mythologie commune à l'Europe, et la seule qui soit dans ce cas.

Pourquoi se leurrer? C'est bien cela, qu'il faut assumer. Sinon, l'Islam a aussi des liens profonds avec une partie de l'Europe, tout comme le paganisme de l'ancienne Grèce. Avoir une préférence à cet égard peut apparaître comme arbitraire.

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04/10/2017

Une vision à Tampa, suite (39)

a4879ec31dd8b322beec2122be5ffc7c.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, j'ai évoqué la nuit où, marchant comme un automate, j'ai cru voir Captain America à Tampa, et l'ai suivi.)

Nous arrivâmes bientôt en vue de la grille d'entrée du lotissement et, à ma plus grande surprise, sans que Captain America parût rien faire, ni déclencher aucun signal, elle s'ouvrit, comme si elle avait obéi à son seul regard. Elle le fit silencieusement, comme dans un rêve, et je la passai. Derrière moi elle se referma, comme mue de son propre chef.

En suivant mon guide luisant, je devais aller vite, quoique je ne fisse que marcher, car la forêt, des deux côtés de la route, n'était guère distincte à mes yeux, et je ne voyais clairement que l'être qui marchait devant moi, et peut-être traçait à mes pas une voie magique qui m'emportait à toute allure à travers l'air. Le sol même était indistinct, et je ne voyais que des lignes, comme quand, en voiture, on se met à regarder la route en bas, en se penchant par la fenêtre.

J'apprendrais incessamment que Captain America avait des pouvoirs différents, et plus grands, que ceux dont parlent les comics, et qu'une certaine puissance sur les éléments notamment était son lot, l'air en particulier lui obéissant. Cela peut expliquer sa vigueur exceptionnelle, car qui peut croire à l'élixir du professeur Reinstein dont Stan Lee et Jack Kirby ont parlé? Je devais bientôt apprendre que l'origine de sa force était tout autre.

Derrière lui, au sol, une traînée lumineuse allait jusqu'à mes pieds, et semblait me porter, me soulever même de terre, jusqu'à me faire passer tout près des astres!

Je vis peu de chose de ce qui suivit, et en compris moins, mais surtout, je serais bien incapable de le redire clairement, les mots ne pouvant rendre que bien mal un moment confus mais sublime, dans lequel des feux tournaient autour de moi, semblant courir dans les airs en troupeaux, tandis que des voitures passaient à droite et à gauche, et dessous, et dessus, aussi étrange que cela paraisse.

Mais il ne s'agissait peut-être pas de voitures, car elles étaient pareilles à de petits avions brillants, glissant silencieusement au vent, comme dans les comics, de nouveau, en ont les équipes de super-héros telles que eternals#7celestialonchairvehicle.jpgles Quatre Fantastiques. Quant à moi, les voyant passer aussi dessous, je ne doutais plus que je volais dans les airs.

Soudain, mon guide bleu s'arrêta, devant un grand mur blanc orné étrangement, et s'inclinant sur une montagne boisée. Je le rejoignis mais, au moment où je pensai pouvoir le toucher à l'épaule, il s'esquiva, et entra dans le mur. Je ne vis pas par où il était passé. Il avait dû se glisser par une ouverture quelconque. Il avait en tout cas disparu.

Je cherchai une porte, mais ne la trouvai pas. Le mur était comme ces monuments tout en pierre muni d'enfoncements simulant des portes impossibles à ouvrir. Alors je soupirai, et laissai échapper de ma bouche un mot de dépit.

Je sentis soudain, sous mes pieds, un grondement. Devant moi, dans le mur, deux grands battants s'ouvrirent, me laissant plus de place qu'il ne m'en fallait pour entrer.

L'intérieur était sombre, mais de fines lueurs dansaient lentement tout au fond. Je me demandai de quoi il s'agissait, mais, à nouveau poussé la curiosité, j'entrai.

(La suite bientôt.)

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