13/11/2017

Histoire juridique de la femme outragée

lucrece.jpgLa Rome antique a servi de base juridique à l'Occident, et l'histoire la plus connue de femme violée, en son sein, est celle de Lucrèce, qui a précipité la révolution et l'instauration de la république. Le fils du roi avait abusé de cette digne matrone, et, salie, souillée, elle s'était tuée. L'indignation du peuple avait été immense. Mais les anciens Romains admettaient que Lucrèce avait bien été salie, et que sa honte était légitime.

Ils étaient globalement dans le culte du vir - du mâle -, et le statut de civis, qui pour eux était sacré, n'était pas donné aux femmes, dépourvues de personnalité juridique à part entière: en droit, elles dépendaient des pères, des maris, des frères. Ce système a longtemps perduré. Et les mœurs arabes, qu'on prétend si contraires à la tradition latine, en viennent sans doute.

Le héros républicain (vir, donc) n'avait pas réellement besoin de femme, sauf pour procréer, et Lucain raconte que Caton d'Utique a répudié la sienne une fois qu'il a eu fait assez d'enfants à son goût: ne voulant plus perdre inutilement sa semence, il lui a dit d'en épouser un autre. Les Vestales étaient vierges, et si elles rompaient leur vœu, elles étaient mises à mort dans de sinistres conditions: on les enterrait vivantes. (On les plaçait dans une sorte de grotte, dont on condamnait l'entrée.)

Saint Augustin s'est inscrit en faux contre cette tradition païenne: donnant une personnalité entière aux femmes, il a énoncé que les Romaines violées par les Goths lors de la mise à sac de Rome n'étaient aucunement coupables - n'avaient commis aucun péché. La voie était ouverte à l'égalité, qui mit longtemps à s'imposer, et à la possibilité, pour la femme, de demander directement réparation à la force publique: de porter plainte. Cela n'est advenu qu'à l'époque moderne, quand le concept d'égalité a pu descendre dans le droit.

Pourtant, on lit que beaucoup de femmes ne portent pas plainte, soit par honte, soit par peur. Or il existe, malheureusement, chez les hommes, l'idée que celui qui réussit en amour n'est pas le plus vertueux, mais le plus rusé. Mon avis est que si on veut que cela change, il faut que les femmes portent plainte quand elles sont agressées. On ne peut pas compter sur le progrès naturel des consciences: cela est par trop vaporeux.

hawkgirl_by_jaggudada-d5xfoni.jpgCependant si elles ne le font pas, c'est sans doute que le droit, toujours tenu par son lien avec l'ancienne Rome, ne mesure pas la difficulté à le faire. Au fond, il a l'air de s'arranger fort bien qu'elles ne le fassent pas, même si, en théorie, il autorise à ce qu'elles le fassent. Les pouvoirs publics n'assument pas un rôle assez clair de vengeurs des femmes outragées: ils protestent de leur bonne foi, mais, dans les faits, s'ils n'y sont pas mêlés, ils n'ont pas l'air de s'en inquiéter trop. Il faut aussi développer le goût de la justice pour elle-même, d'y mettre les mains. La justice devrait apparaître comme une lumière qui métamorphose les mains qui s'en mêlent en astres. Le justicier est toujours un super-héros.

10:35 Publié dans Histoire, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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