01/12/2017

Fioretti di san Francesco

Giotto-San-Francesco-predica-agli-uccelli.jpgJ'avais depuis quelques années, dans ma bibliothèque, une édition des Fioretti di san Francesco, dont beaucoup savent qu'ils contiennent une prière rendant hommage aux animaux, mais dont peu, à mon avis, connaissent le contenu réel, essentiel, peut-être parce que ceux qui l'ont lu au fond ne l'aiment pas. Car il s'agit surtout de merveilleux chrétien, de relations figurées entre les premiers moines franciscains et le monde spirituel – fait d'anges, de démons, de saints, de défunts, qui interviennent dans la vie des hommes de façon souvent familière. Les anges sont volontiers des êtres confondus avec de simples mortels, venant frapper à la porte du monastère, parlant, conversant, et n'ont pas même le hiératisme de ceux de Dante, leur dimension allégorique manifeste, mais sont simplement des esprits qui ont pris une apparence humaine pour éclairer le chemin et agir mystérieusement dans le monde.

C'est un livre donc fabuleux, consacré à ce que Joseph de Maistre appelait la mythologie chrétienne, et qui en est peut-être l'expression la plus pure. Et il n'est pas surprenant qu'il soit en toscan, car, somme toute, c'est en Italie que ce merveilleux chrétien fut le plus beau, le plus accompli. Ce que représente la Divine Comédie de Dante le dit assez, mais aussi la peinture italienne du temps, par exemple celle de Fra Angelico. Encore aujourd'hui les églises d'Italie sont bariolées et pleines de merveilleux, et on peut facilement y acheter de belles statuettes de saints et d'anges.

Le texte des Fioretti est d'une grande simplicité, d'un naturel incroyable, et les saints, les démons et les anges y apparaissent avec la même grâce que les dieux de l'Olympe chez Homère. On a tort de mépriser cette mythologie chrétienne, qui est commune à toute l'Europe, et qui n'a rien à envier au bouddhisme, si à la mode chez les gens instruits: l'atmosphère chez les franciscains est bien la même, et Rudolf Steiner à cause de cela assurait que saint François d'Assise était la réincarnation d'un proche de Bouddha Sâkyâmûni, et qu'il représentait, en Occident, le courant bouddhiste. À ses yeux, madonna-degli-angeli-e-s-francesco.jpgcelui-ci s'était lié au christianisme par le saint d'Assise, et il était erroné de considérer le bouddhisme et le christianisme comme étant en opposition.

J'ajouterai que François de Sales avait une grande vénération pour François d'Assise, et que lui aussi - l'un des derniers en Occident - recommandait le merveilleux chrétien, estimant qu'il hissait l'âme vers la divinité.

François d'Assise passait pour avoir passé une semaine à Chambéry et y avoir fondé le couvent franciscain qui a longtemps orienté la culture en Savoie, et qui, peut-être, a donné à son catholicisme l'air italien qui le différencie du gallicanisme (c'est à dire du catholicisme français) - son penchant pour le merveilleux chrétien, les anges descendant jusque sur Terre et y montrant le chemin aux hommes, se confondant avec les fées, pour ainsi dire, et surgissant dans le paysage campagnard. La féerie y était moralisée, à comparer du paganisme antique - comme du reste elle l'avait été, en Asie, par le bouddhisme -, sans perdre l'essentiel de son charme, de sa beauté, de sa profondeur. Le rejet complet du religieux, il faut le dire, a favorisé une imagination excessivement débridée, souvent marquée d'érotisme, et n'ayant pas même la grandeur des mythologies anciennes. En tout, il faut garder un juste équilibre. À leur manière, les Fioretti l'avaient trouvé.

08:22 Publié dans Littérature, Spiritualités, Voyages | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Bonsoir Rémi,
Je suis d'un naturel curieux,bien que croyant"chrétien" vous dites que dans une édition des Fioretti di san Francesco,certains savaient qu'ils contiennent une PRIERE.
Puisqu'il s'avère que vous-même,connaissez cette prière,par amour du prochain,
pourriez-vous avoir l'amabilité fraternelle de m'offrir ladite prière,comme un cadeau de Noël?
Je vous exprime ma profonde gratitude.
Jean-Baptiste BINDHAT

Écrit par : BINDHAT | 01/12/2017

Je faisais peut-être allusion au chapitre XVI, dans lequel il adresse une sorte de prière aux oiseaux: "Sirocchie mie uccelli, voi siete molto tenute a Dio vostro creatore, e sempre e in ogni luogo il dovete laudare, imperò che v’ha dato la libertà di volare in ogni luogo; anche v’ha dato il vestimento duplicato e triplicato; appresso, perché elli riserbò il seme di voi in nell’arca di Noè, acciò che la spezie vostra non venisse meno nel mondo; ancora gli siete tenute per lo elemento dell’aria che egli ha deputato a voi. Oltre a questo, voi non seminate e non mietete, e Iddio vi pasce e davvi li fiumi e le fonti per vostro bere, e davvi li monti e le valli per vostro refugio, e gli alberi alti per fare li vostri nidi. E con ciò sia cosa che voi non sappiate filare né cucire, Iddio vi veste, voi e’ vostri figliuoli. Onde molto v’ama il vostro Creatore, poi ch’egli vi dà tanti benefici, e però guardatevi, sirocchie mie, del peccato della ingratitudine, e sempre vi studiate di lodare Iddio". C'est peut-être plus une exhortation. J'ai peut-être confondu aussi avec le Cantique des créatures.

Écrit par : Rémi Mogenet | 01/12/2017

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