07/01/2018

Un temple singulier à Manhattan (46)

ColonialRevival-1045.jpg(Dans le dernier extrait de mon récit de voyage en Amérique, je racontais que, à New York, une nuit, entrant dans une ruelle peu éclairée, je m'étais arrêté devant une lanterne dorée placée devant une porte surmontée d'une arche et semblant celle d'un temple.)

Intrigué, et comme attiré par une force mystérieuse, je gravis les trois marches de marbre qui me séparaient de l'entrée, et tentai de pousser la porte, après avoir tourné un de ces loquets ronds qu'on utilisait autrefois et qui étaient généralement en bronze. La boule tourna, et, sous ma poussée, le seuil s'offrit à ma vue.

Une pénombre étrange emplissait le vaste vestibule, qui ne m'empêchait pas de distinguer les objets, vaguement luisants. Un escalier de bois noir montait à droite, et un lustre pendait au plafond, éteint. À ma gauche, des marches descendaient vers une porte ouverte. En face de moi, une porte fermée, de bois noir également, se dressait.

Je pris sur moi de me diriger vers la gauche, puisque la porte était ouverte et les marches peu nombreuses. Précautionneusement je les empruntai, craignant de faire du bruit, et que les propriétaires ou les responsables du lieu me vissent et me demandassent ce que je faisais là. Étais-je fou, de me rendre comme un cambrioleur dans ce lieu peut-être privé? Ou un temple est-il toujours ouvert au public, de toute façon?

J'entrai dans une salle faiblement éclairée par des vitraux eux-mêmes illuminés par la lanterne qui m'avait amené jusque-là. Leurs teintes étaient curieuses. Les murs étaient nus. Au fond, une sorte de retable se dressait derrière une lueur rouge, comme dans les églises catholiques. Je m'avançai pour le regarder, rassuré par ce détail familier.

Il avait trois étages, comme la plupart des retables. Les formes peintes au centre étaient nobles et belles, mais je ne reconnaissais pas les êtres qu'elles représentaient. Tolède-cathédrale-statues à 33.jpgPlus que les saints du christianisme, elles me rappelaient des divinités asiatiques, ou d'antiques héros.

En haut, au fronton, se trouvait un empyrée, avec un être ailé, dont le visage demeurait dans l'ombre. Était-ce un séraphin? Il avait, non deux, mais six ailes. Pourtant, il avait aussi des jambes, et tenait une épée dans la main. Elle était nue, et luisait faiblement dans la pénombre. Une forme noire se trouvait à ses pieds, sans doute le diable abattu par saint Michel.

Le retable était fictivement soutenu par des formes d'êtres jeunes, nus, musclés, beaux, ne portant qu'un pagne aux franges dorées, et des bottes rouges et luisantes; à leur front était un bandeau d'or. Ils semblaient me regarder de leurs yeux vivaces.

À droite du retable, il y avait une porte, également ouverte. Elle donnait sans doute sur la sacristie, à moins qu'elle ne fût une de ces portes factices qu'on trouve dans l'art baroque et qui semblent déboucher sur un mystère parce qu'elles sont placées dans le retable même: c'était, en effet, son cas.

Elle n'était qu'entrouverte; peut-être y avait-il de l'autre côté simplement le mur de la salle, que je ne voyais pas, à cause du peu de clarté. Mais non. Un couloir s'étendait au-delà, sombre, mais profond. Je l'empruntai, toujours poussé par la curiosité.

(À suivre.)

09:56 Publié dans Conte, Littérature, Voyages en Amérique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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