17/12/2017

La pure présence de Christian Bobin

bobin.jpgDepuis longtemps on me parlait de Christian Bobin comme d'un homme et un poète excellents, et un jour, à la sortie de l'école Rudolf Steiner de Confignon, dans un tas de livres dont les familles visiblement voulaient se débarrasser et qu'un noble panier avait accueillis, j'ai vu son recueil le plus célèbre, La Présence pure (1999). À la fin, je l'ai lu.

Le titre, inconsciemment ou non, faisait écho au poème de Senghor sur l'Absente qui devenait au bout du compte une Présente, et était un esprit cosmique.

Mais pure? on ne sait pas. Bobin est plus clairement mystique, moins mythologique que Senghor. Il s'emploie surtout à personnifier un arbre qui est devant chez lui, un peu comme mon arrière-grand-oncle, Jean-Alfred Mogenet, personnifiait à foison, dans ses vers savoyards, les objets familiers de la vie paysanne.

Et les deux poètes font pareillement confiner la personnification au mythe, en donnant aux objets humanisés un rôle religieux, de veilleurs, de gardiens secrets!

Il y a néanmoins des différences. Bobin est d'un réalisme moins net, et est plus sentimental: nombre de ses aphorismes sont relatifs à la triste condition de son père malade et auquel il rend visite en tachant de voir dans son sort des raisons d'espérer et de croire au monde, à l'esprit qui le meut.

oiseaux.jpgD'un autre côté, il est plus imaginatif, évoquant volontiers les anges (comme on a prétendu qu'on ne pouvait plus le faire à notre époque de matérialisme triomphant), ou suggérant un message des oiseaux qui volent à la cime de son arbre chéri. Il est donc plus doux, plus subtil, plus évanescent, et j'approuve globalement ses poèmes, même si j'ai pris l'habitude d'attendre de la poésie qu'elle soit plus explicitement mythologique. Les anges de la tradition sont un peu abstraits, et Bobin respecte la tradition.

Il évoque aussi des défunts qui se tiennent à ses côtés, un peu comme Rousseau le fait pour Julie après sa mort, dans La Nouvelle Héloïse: elle se tient dans l'environnement où elle a vécu; c'est très beau.

La présence pure vient des sentiments purs, sans doute.

10:04 Publié dans Poésie, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Christian Bobin est un de mes auteurs préférés. Pour son style très poétique, son écriture lumineuse. Le Très-Bas (François d'Assises revu par Bobin), l'inespérée, font partie de mes premiers choix.

Écrit par : hommelibre | 18/12/2017

Merci John. J'ai peur que sur François d'Assise il développe plus la dimension morale que le merveilleux, comme les "Fioretti", et que je sois un peu frustré... puisque j'ai lu les Fioretti.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/12/2017

(Je voulais écrire: "comme en contiennent beaucoup les Fioretti".)

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/12/2017

Eh bien je l'ai lu plus dans le merveilleux. Il présente un personnage atypique.

Écrit par : hommelibre | 18/12/2017

Mais ça c'est présent aussi dans les Fioretti, John. Le merveilleux, c'est l'insertion d'anges, de défunts, de démons dans l'action, pour dire que les impulsions morales qui habitaient François d'Assise étaient en harmonie avec celles de l'univers. Sinon un comportement peut être sympathique, mais qui décidera qu'il faut l'approuver? Cela sera selon ses goûts. On pourrait dire que si François n'a été que soumis à Dieu il a manqué de personnalité propre, mais je pense que la psychologie classique a déjà assez exploré les impulsions personnelles, qu'il faut maintenant renouer avec la représentation des forces morales dans l'univers. C'est pourquoi j'hésite à m'intéresser plus avant à Bobin. C'est ce que j'ai voulu dire quand j'ai dit que j'étais habitué à la mythologie en poésie.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/12/2017

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