29/01/2018

Les Grands Anciens à New York (48)

viracocha.jpg(Dans le dernier volet de cet étrange récit de voyage en Amérique, j'ai raconté m'être retrouvé devant d'épouvantables hommes-bêtes, dont l'un rappelait l'araignée, l'autre le serpent, un autre encore le lion, une autre l'aigle, et un cinquième la pieuvre.)

L'homme debout, qui m'avait déjà parlé, éclata de rire encore, quand il vit ma surprise. Les trois êtres assis sourirent, celui du milieu plus faiblement que les deux autres, ayant comme plus de dignité.

Hésitant, je dis: Qui..., qui êtes-vous? Who are you? Que voulez-vous me faire?

L'homme debout s'écria: Ah, Rémi! petit Français. Nous avons une communication, à te faire. Tu as voulu visiter New York et connaître ses mystères. Nous sommes heureux de nous présenter à toi, nous, les Grands Anciens!

Les Grands Anciens? Quelle était cette plaisanterie? S'agissait-il de Cthulhu, de Nyarlathotep, d'Azathoth, que j'avais devant moi – les terribles demi-dieux mis à jour, ou plutôt, inventés par Howard Phillips Lovecraft et suscités, prétendait-il, par le terrible livre de magie qu'il appelait le Nécronomicon? Ils ne ressemblaient même pas à ce qu'il avait dit, et j'aurais aussi bien pu me trouver face aux Éternels de Jack Kirby, avec toutefois quelques bizarreries. Ces êtres étaient entre les deux.

L'homme qui m'avait parlé reprit la parole: Tu es surpris, me dit-il. Tu as lu et relu Lovecraft, ton cher auteur, et tu nous pensais hideux, effroyables, inhumains absolument, impossibles à distinguer dans l'obscurité des gouffres. Il a exagéré. La peur l'a permis. Il ne s'agit pas de cela. Nous ne sommes pas mauvais, sauvages, barbares, immondes comme il l'a proclamé. Nous pouvons parler, communiquer avec les humains, et nous ne possédons pas leur âme pour leur mal seulement - pour nous nourrir de leur vie et nous sauver par leur sang de Inca_Mask2.pngnos dépouilles pourrissantes! Parmi nous, certes, il est des vampires; mais nous habitons les hommes et vivons parmi eux aussi pour leur propre bien, et leur permettre d'évoluer et connaître la lumière. Car nous la reflétons; nous avons sur nous la clarté de la Lune - et même, jusqu'à un certain point, du Soleil.

Nous avons, nous l'avouons, un lien avec les idoles que vénéraient les Peaux-Rouges, notamment en pays inca, et tu as peut-être reconnu, en nous, certains traits sculptés par eux sur leurs temples. Il est aussi quelques comics qui nous ont représentés, nous mêlant justement aux dieux incas, et nous disant des extraterrestres. Car nous parlons aux hommes dans leurs rêves, et les artistes inspirés tentent, tant bien que mal, de restituer ce qu'ils ont vu, et de nous comprendre. En plongeant leur regard dans le fond de leurs songes, ils en ressortent une image grandiose, et qui, extérieurement, nous ressemblent. Mais en général, ils expliquent mal ce que réellement nous sommes.

Les hommes qui vivent en Amérique ont tendance à croire que tout ce qui dépasse l'entendement soit est mauvais, soit s'explique simplement, à partir d'idées sur les machines ou l'évolution des peuples – de ce genre d'idées illusoires dont les mortels se gargarisent, les diffusant naïvement dans leurs lieux d'études et de science. Mais comme tu es français, nous avons voulu nous révéler à toi. Nous avons pensé que tu avais les moyens de mieux saisir ce dont il s'agit, de tomber dans des erreurs moins profondes.

(À suivre.)

09:15 Publié dans Fiction, Voyages en Amérique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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