08/03/2018

La défaite de Captain America (51)

submarine-uss-annapolis-breaking-through-the-ice-arctic-ocean.jpg(Dans le dernier épisode de ce curieux récit de voyage en Amérique, j'ai raconté comment Captain America avait d'abord été, selon ses propres dires, un soldat combattant les Allemands en Europe; je me suis arrêté au moment où, devant s'emparer, avec une section qu'il dirigeait, d'un sous-marin ennemi prisonnier des glaces de l'Arctique, il avait de fort mauvais pressentiments, et se sentait comme abandonné d'un ange dont il avait eu la vision, et lui avait permis d'accomplir mille exploits.)

Tout au contraire, le lieutenant John Stevens (puisque tel était son nom d'être humain), eut la vision d'un être hideux qui avait pour toute tête un crâne sanglant, aux orbites vides et scintillants parfois d'une lueur maligne, profonde et lointaine, comme si elle était derrière le crâne même, aussi étrange que cela paraisse. Autour de cette tête nue et rouge, d'étranges flammes noires semblaient brûler, éloigner toute clarté, et une terreur en vint à John.

Le costume de cet être effrayant était fait de mailles de fer serrées et noires, et, par dessus, était une tunique de cuir également noire, sans manches et arborant, au poitrail, une étrange sphère de cristal s'enfonçant dans son torse, et contenant une croix gammée enflammée tournant lentement sur elle-même, comme si elle fût douée de volonté propre, et que ses branches fussent les aiguilles d'une montre. C'était très étonnant, et donnait à cet être l'air d'une machine, quoiqu'il eût l'apparence générale d'un homme.

Une cape ténébreuse descendait de ses épaules, mais John avait l'impression qu'il s'agissait d'une fumée animée et durcie, et qu'un tourbillon l'habitait, qui menaçait d'entraîner tout homme dans son flux et le faire disparaître dans une noirceur sans fond.

L'être tenait une épée flamboyante, qui crépitait et lançait des éclairs. Il était grand, et son ombre dominait le sous-marin. Le protégeait-il? Ou tâchait-il, lui aussi, de s'en emparer? À cette question, posée à lui-même, John frémit.

À ses côtés se tenaient d'autres guerriers, plus petits, et comme le secondant. Ils étaient semblables à des ombres traversées de reflets de braise, mais John leur distingua aussi une armure, qui prenait le teint rouge 26935b8788b884a3cccce10323ebd766.jpgdu crâne de leur chef, par là où elles étaient tournées de son côté. Ils avaient même, à la main, des fusils que John n'avait jamais vus, et dont la forme lui parut très étrange. Il se demanda quel feu pouvait bien sortir de leurs fûts. Il eut soudain le sentiment que, par leur allure et leur accoutrement, ces hommes avaient quelque chose des chevaliers teutoniques, comme s'ils en étaient les spectres sortis de l'abîme.

Horrifié, il cligna des yeux, les ferma complètement, et, quand il les rouvrit, la vision avait disparu. Devant lui se trouvait simplement le sous-marin pris dans les glaces. Il l'observa à la jumelle, depuis une saillie derrière laquelle ses hommes et lui étaient tapis. Leurs uniformes couverts d'une combinaison blanche ne leur permettaient pas, en principe, d'être vus. John restait anxieux, sa vision lui paraissant de mauvais augure; mais il n'en parla pas, évidemment, et fit comme si tout était normal et que son incroyable bonne fortune devait se confirmer, une fois encore: il n'était pas question, devant ses hommes, de faiblir le moins du monde. Ils ne s'aperçurent de rien; seul son plus fidèle caporal, le jeune Teddy Turnes, perçut, à d'imperceptibles signes, que son chef n'était pas aussi sûr de lui que d'habitude. Mais il n'en fit pas cas, habitué qu'il était à lui vouer une confiance aveugle.

Cependant, dès qu'ils furent sortis, prudemment et lentement, de leur cachette, ils tombèrent dans un guet-apens. De tous côtés, quand ils furent bien avancés, ce qu'ils prirent pour des soldats allemands surgit et leur tira des rafales de mitraillettes. Ils tombèrent comme des mouches, et Teddy Turnes prit une balle dans l'aine juste devant John. Il mourut en le regardant, surpris et déçu. John, qui s'était couché et était miraculeusement resté indemne, en eut le cœur brisé. Des larmes montèrent à ses yeux. Mais il n'avait pas le temps de s'apitoyer. Pris de rage, il tira une salve sur ses assaillants, à droite, à gauche, et ceux-ci se couchèrent à leur tour.

(À suivre.)

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