10/03/2018

David Lynch et les anges

crisvector-twin-peaks-part-8-e1499377260706-779x1024.jpgÀ la fin de Twin Peaks: Fire Walk With Me (1992), le film de David Lynch prolongeant la série, on voyait Laura Palmer dans l'antichambre du monde spirituel, après sa mort, aux côtés de Dale Cooper, qu'elle regardait, avant de distinguer, dans les hauteurs, l'ange qui avait disparu durant sa vie: la souffrance subie, sans doute, lui permettait de le revoir. Puis elle était inondée de lumière.

Mieux encore, dans le monde physique, un ange intervenait pour libérer Ronnette Pulaski de ses liens, alors que, menacée de mort, elle protestait qu'elle était trop impure pour passer de vie à trépas tout de suite.

Or, dans Twin Peaks: The Return, ces anges ont disparu. On ne peut en avoir qu'un reflet dans la lumière qui surgit du visage détaché de Laura Palmer, ou dans le flux doré sortant de la bouche du géant appelé Fireman et créant un globe contenant l'image de la même. Au sens propre, les messagers du monde divin sont justement ce Fireman, grand et chauve, ou le barbu manchot de la Red Room, ou bien l'Évolution du Bras, qui était un nain dans les précédentes saisons et maintenant une sorte d'abuste mort surmonté d'une tête laide et sans yeux, dans le genre des sculptures de Lynch.

Aucun n'a l'allure d'un ange au sens chrétien, aucun ne rayonne de beauté et de jeunesse, aucun ange.jpgn'a d'ailes blanches comme la colombe - et cela amène deux réflexions.

D'abord, David Lynch semble n'avoir plus l'attrait qu'il avait, à un certain moment de sa carrière, pour les images kitsch, pour ainsi dire ressortissant au baroque décadent, et qu'il plaçait (pourtant habilement) à des pivots de ses récits. Il les a utilisées, semble-t-il, à une époque où il voulait manifester le monde spirituel bon, et explicitement tel. Désormais, il veut rester dans son propre imaginaire, sans plus se soucier de savoir si on reconnaît les figures comme bonnes ou mauvaises.

Ensuite, cela crée une incohérence, puisqu'il était logique que, dans cette troisième saison, on en apprît davantage sur ces anges. Or, on ne les revoit pas. Certes, ils pouvaient apparaître comme des projections des jeunes filles, mais quelle raison ont-elles de disparaître? Tout apparaît comme projection fantasmatique laz.jpgtouchant au divin, chez Lynch.

Cette troisième saison a de fait une atmosphère funèbre surprenante, et quand, à la fin, Dale Cooper remonte le temps pour sauver Laura Palmer, il aurait pu être cet ange laissant derrière lui une copie d'elle, et l'emmener, elle, à la rencontre de la lumière divine. Mais il n'y parvient absolument pas, comme si remonter le temps ne menait à rien - comme si on n'avait pas pu aller chercher Lazare avant qu'il ne meure alors qu'il était déjà mort. Sans doute, en rejetant les anges, David Lynch a fait un choix artistique qui a eu des effets philosophiques.

Néanmoins, de même que je comprends le Surréalisme quand il a rejeté les images religieuses éculées, et que je comprends les poètes catholiques (notamment savoisiens) qui ont défendu celles-ci, je ne dirai rien sur ce choix artistique, qui reste incertain.

Fire Walk With Me reste cependant à mes yeux un sommet.

09:54 Publié dans Cinéma, Culture, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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