26/03/2018

Isis messagère du Christ selon Charles Duits

Isis-statue-cascading-wings-PT-11810-A.jpgAprès La Fin de Satan de Victor Hugo, qui parle d'Isis comme d'un démon horrible, répandant la mort et la servitude sur les Parisiens, au vingtième siècle, sans doute sous l'influence d'André Breton et du néopaganisme celtique, Charles Duits (1925-1991), l'auteur majeur de Ptah Hotep (1971), a lui aussi évoqué cette figure de la mythologie égyptienne, qu'il liait bien à Paris et à la France, laquelle il adorait en principe - dont il vénérait les symboles fondamentaux.

Il l'a fait dans La Seule Femme vraiment noire (2016), montrant son désir de réhabilitation de la mythologie égyptienne qu'il avait déjà manifesté dans ses récits épiques. Mais il l'a fait d'une façon curieuse, car, loin d'opposer l'ancien culte égyptien au christianisme, il est en quelque sorte passé par-dessus le catholicisme romain qui avait rejeté, à la suite d'Augustin, le premier, et a relié Isis au Christ.

Rappelons en effet que, à l'image des Juifs qui rejetaient le culte des animaux propre à l'Égypte, l'évêque d'Hippone se plaignait du succès, à Rome, de la religion égyptienne, et s'en prenait à Apulée qui, néoplatonicien, avait, dans L'Âne d'or, célébré le mystère d'Isis. Augustin regardait les néoplatoniciens comme cultivant un ésotérisme vide de moralité. Il est néanmoins visible que Charles Duits se réclamait d'un christianisme ésotérique qui se nourrissait des mystères d'Isis, et ne les rejetait pas. Il se réclamait d'une tradition qui allait souplement d'Apulée à l'Évangile, et rejetait le catholicisme classique qui s'était dressé contre l'ésotérisme gnostique.

Pour lui, l'opposition entre le paganisme et le christianisme se résorbait, car, aussi étrange que cela paraisse, il faisait d'Isis une sorte d'ange du vrai dieu, celui qui libère l'être humain et le fait atteindre à la plénitude du corps glorieux à venir. La féminité de la déesse égyptienne était à cet égard un gage de noblesse, l'homme ne pouvant accéder à la divinité de soi-même qu'à travers la plasticité spirituelle du principe féminin, et les intuitions lunaires de la poésie.

Son Isis apparaît dès lors comme la figure de l'ange gardien qui prend, comme chez Dante ou Balzac, la figure d'une femme belle. isis 02.jpgMais Duits était osé, voire blasphématoire, lorsqu'il en faisait une femme noire et nue, aux formes arrondies et désirables. Le plus curieux est la conscience qu'il avait, que c'était blasphématoire: il s'exprimait comme si une force imposait à son esprit cette figure et ces idées, tout en les discutant et en s'en étonnant, tout en s'avouant lui-même choqué.

Si on adopte le point de vue issu d'Augustin, on peut s'interroger sur ce qui reste, dans une telle voie mystique, des polarités morales si clairement énoncées dans la tradition catholique. Tout devient diffus, et le bien et le mal sont si mêlés qu'ils paraissent réservés aux initiés. Duits en effet oppose l'amour au célibat forcé, mais aussi à la pornographie. Il choisit une voie médiane, mais, tout à sa fulmination contre le culte de la chasteté pour elle-même, il semble au contraire lui aussi choisir l'érotisme, c'est à dire l'immoralité. D'un autre côté, depuis l'autre bout de la chose, on pourrait dire qu'il moralisait cet érotisme spontané, qu'il était inutile, voire hypocrite et criminel, de dissimuler. C'est sa force. Cela revient à dire que le Christ agit jusque dans le monde élémentaire, où Cupidon exerce sa puissance. Mais de quelle manière, c'est ce qui reste à définir.

Au reste, son ambiguïté est celle des surréalistes mêmes, semblant constamment préférer la poésie à la morale, et invoquant des principes plus élevés, mais en même temps plus flous que ceux de la tradition.

L'artiste doit rester libre, sans doute.

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