29/09/2018

La poésie de Sang-Tai Kim (1)

beaufortain-34ee93bd-e305-4497-9137-a8f90c823ccb.jpgJ'ai, lors d'une publication antérieure, évoqué le poète coréen Sang-Tai Kim, rencontré par moi à Queige lors d'un festival de poésie de montagne organisé par Patrick Jagou. Celui-ci se trouve être le voisin de celui-là, et il a pu l'inviter. Il a composé un recueil intitulé Un Matin calme dans le Beaufortain et j'ose dire qu'on n'a rien écrit de plus beau sur la Savoie depuis Lamartine. Je voudrais aujourd'hui citer quelques vers incroyables de sa plume.

Leurs images ont la remarquable faculté de contraindre à la méditation. Alors que la plupart des poètes de haïkus supplient les lecteurs de bien vouloir les lire lentement et de plonger leur intimité dans leurs mots - voire le leur ordonnent -, Sang-Tai Kim n'a nul besoin de préambule autoritaire: on ne peut simplement pas tourner la page, et si on le fait, on retourne spontanément en arrière, intrigué, frappé, stupéfait. Ainsi, de ce texte appelé La vie antérieure:

Cette terre-ci, qui était-elle donc?
Et cette terre là-bas, qu'était-elle donc?

Grands dieux! Qu'a-t-il voulu dire? Y a-t-il des terres qui ont été des gens, autrefois - ou d'autres terres, ou des monstres? Un savoir caché s'étend au-delà de l'énigme. Des perspectives incroyables se déploient.

Une vision globale de la vie terrestre, assumée par l'eau, transparaît dans cet autre singulier poème court, intitulé Thanatos et Eros:

De l'autre côté de la terre,
après un long voyage obscur,
l'eau qui est descendue monte aussi,
et jaillit.

Y a-t-il donc un rapport avec la mort et le désir? L'eau y est-elle soumise? La vie et la mort ne sont-elles que cela, cette mécanique de l'eau, ou l'eau a-t-elle une âme qui meurt et renaît? Tant de pensées possibles, pour des vers si brefs!

Les pensées humaines ne sont pas, pour Sang-Tai Kim, de simples mots; elles s'élèvent dans les hauteurs, comme dans ce poème sur L'abbaye de Tamié:

Au col, la neige
a recouvert les bruits du monde
et renvoie au ciel la lumière,
avec l'écho de prières cristallines.

Elles continuent de monter, s'élevant dans ce qui s'élève. Parole profonde, rappelant saint Augustin: le feu, comme l'âme, a un poids qui le tire vers le haut, le ciel!

Reprenant le folklore savoisien, le poète coréen n'hésite pas à assimiler les truites à d'anciennes fées, à des reflets des déesses de la montagne, dans Le lac des fées:

Des truites,
fées dans leur vie antérieure,
sont descendues des nuages,
et, dans les montagnes du lac,
frétillent.

Elles retrouvent leur origine pure.

De mystérieux rapports sont établis par M. Kim entre des choses qui apparemment n'ont rien à voir, comme dans Diapason de l'eau:

A - newgrange close up of stone.jpgA l'instant où la pierre touche l'eau,
naissent
les anneaux d'un arbre séculaire.

Vraiment, rien à voir? Ou s'agit-il d'une sagesse occulte du plus haut vol? Ce qui apparaît lentement dans le tronc du chêne émane-t-il d'une force différente de ce qui surgit à vive allure dans l'eau? Mais si le phénomène est le même, quel caillou a été jeté, pour l'arbre? Sa graine, dans la nappe éthérique? Ô mystères insondables!

Je continuerai ce compte-rendu de lecture une fois prochaine.

17:30 Publié dans Poésie, Savoie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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