01/10/2018

La poésie de Sang-Tai Kim (2)

41189662_2182786511762411_6683358730534256640_n.jpgJ'ai dit avoir rencontré et lu le poète coréen Sang-Tai Kim, qui a fait paraître un recueil bilingue consacré à la Savoie, appelé Un Matin calme dans le Beaufortain, et j'en ai déjà cité des vers. D'autres encore m'ont frappé. Notamment ceux-ci, placés sous le titre Le ciel nocturne:

Le clair de lune
appelle la crête couverte de neige
qui s'élève en scintillant.

Interpréter les phénomènes lumineux comme manifestant une vie spirituelle cachée relève à mes yeux du pur génie. Surtout si, lorsqu'on en brosse l'image, on parle profondément à l'âme. Et ici c'est le cas, la crête appelée semblant être pleine de joie, de désir et d'amour pour ce clair de lune qui la fait briller. Sinon, comment s'élèverait-elle?

Un autre poème sur la lune de Sang-Tai Kim impressionne; c'est Au clair de lune:

Croissant de lune
moitié de lune
pleine lune
croissant de lune,
marée haute,
marée basse,
pourtant,
toujours la même lune
jette sa lumière sur le Grand Mont.

Oh! quel est ce Grand Mont? Une montagne de l'autre monde? L'opposition entre les formes successives de la lune et son unité intime, lorsqu'elle est face à une mystérieuse entité minérale, fait surgir une image grandiose. La lune éternelle sur le Grand Mont semble parler d'un monde absolu, immortel.

Les éléments sont habités, chez Sang-Tai Kim, et une figure a bondi en moi, lorsque j'ai lu le poème Au chalet d'Outrechenais:

Le soleil levant, le soleil couchant,
envoient tour à tour leur parfum souriant.
La lune, les étoiles, toutes viennent à la fenêtre,
seule, chante la cascade du Mirantin.

N'est-ce pas d'une beauté infinie? Quel parfum peut sourire? La lumière rasante des soleils penchés sur la Terre a-t-elle une odeur? Et ces astres qui rendent visite à l'être Gargantua Notre Dame 001.jpghumain en venant à la fenêtre, ne sont-ils pas autant d'elfes grandioses? À leur visite au reste répond le chant de la cascade, si vivant, tout à coup!

Sang-Tai Kim ne dédaigne pas la mythologie populaire alpine, évoquant les géants et les roches tutélaires, dans La Pierre Menta:

Malgré le coup de pied de Gargantua,
toute droite sur la montagne,
en souriant,
depuis des siècles elle garde le village.

Le sourire des divinités gardiennes crée un pays tellement beau, tellement pur! Les trois premiers vers raccourcissent progressivement, puis le dernier, qui est une révélation, redevient long, faisant surgir son tableau discrètement grandiose. Sang-Taim Kim, avec sa sensibilité asiatique, a saisi que les paysans savoyards conservaient en eux la mythologie universelle, lorsqu'ils attribuaient à des objets minéraux une personnalité morale, une aura protectrice. Il l'a fait ressortir magnifiquement. À Samoëns, la montagne divine, c'est le Criou. On l'appelle d'ailleurs simplement Criou. On lui parle, on lui fait confiance, il s'agit d'un ange qui gardant le village en détourne le mal de ses longs bras de cristal!

Je continuerai cet exposé sur la poésie de Sang-Tai Kim une autre fois.

18:26 Publié dans Poésie, Savoie, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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