17/12/2018

CXXIX: l'arrivée de Légion

28168111_296168310911779_3364888176681287680_n.jpgDans le dernier épisode de cette série fabuleuse, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait de blesser son ennemi le dragon flamboyant, et qu'il le voyait arriver vers lui, ondoyant comme un serpent prudent, quoique déterminé.

Don Solcum se mit en garde, tenant son bâton cosmique devant lui, tige de clarté dorée dans l'obscurité du souterrain maudit. Au fond de cette caverne, seuil de l'abîme, l'émeraude de son pommeau brillait comme l'étoile de Vénus, repoussant les souffles sombres. Ses yeux de saphir aussi luisaient, morceaux de Jupiter. Et sa cape ondoyait sur ses épaules, semblant mue par sa volonté propre, palpitante et nerveuse; car il n'y avait dans ce lieu maudit aucun vent: ses mouvements rythmés répondaient, apparemment, au battement de son cœur, aux flux de son sang, et son ondoiement suggérait une mélodie, reflet de celle des étoiles. Quand le dragon l'aperçut, il tendit l'oreille, et eut, effrayé, un mouvement de recul, comme s'il avait entendu le chant d'un ange, qui l'avertissait. À ses propres ondulations serpentines faisaient miroir celles de la cape du génie, et leur puissance menaçante surplombait la sienne comme venant de plus haut, comme obéissant à un souffle plus profond. Il ouvrit les yeux, et hésita.

Le génie parisien en profita pour lancer une attaque inattendue: sa cape s'élança vers le monstre, enserra ses pattes, puis son corps, et voici! le gardien de France se jeta en avant, le sceptre brandi devant lui, et, sans autre, l'enfonça dans le ventre de la bête immonde. Aidé par sa pointe effilée à la volonté du Génie d'or, il ressortit par le dos, et le monstre hurla, ou plutôt rugit. Solcum ferma les yeux, affermit sa pensée - et le long de son sceptre des éclairs en fusèrent, qui se répandirent dans les membres du monstre, et le firent rugir de plus belle. Puis, le génie arracha son sceptre dans une gerbe de sang noir, le leva au-dessus de sa tête, et l'abattit d'une force inouïe sur le crâne allongé du dragon, le réduisant en bouillie, répandant sa cervelle, dispersant les morceaux d'os. Un cri affreux se fit entendre dans tout le souterrain, qui en trembla.

Le Génie d'or reconnut la voix de Fantômas. Il savait ce qui l'attendait. Il se tourna vers le trou noir qui prolongeait son chemin vers la forteresse perverse, et attendit.

Un bruit sourd et lourd ne tarda pas à se faire entendre. Un piétinement multiplié emplissait le puits sans fond - et des cris, et un cliquetis d'armes. La menace arrivait, et voici! elle s'appelait Légion.

Le Génie d'or tint fermement ses pieds au sol, serra dans son poing son sceptre d'or - dont la gemme s'alluma, luisant d'un éclat jusque-là inouï, et jetant son feu vert dans toute la salle, où s'était tapi le dragon. Les restes sanglants du monstre tressautèrent, lorsque les rayons en parvinrent jusqu'à eux.

Le Génie d'or, dans les ténèbres, scintillait. Son armure rutilante éloignait l'esprit obscur, ses yeux flamboyants faisaient reculer les souffles du mal, et le rubis de sa poitrine, aussi, en s'allumant, repoussait ces maufaés! Quant à sa cape, elle lançait ses reflets d'or ordinaires en ondoyant autour de ses épaules 2c001789bdd5358c40a7d3ba1297e4d5--saint-michael-michael-okeefe.jpgcomme la raie ondoie sur le sable, au fond de l'eau. Jamais on n'avait vu génie si beau, faisant face aux hordes de Mardon et de ses sbires. La bataille allait être terrible. Les dieux, les anges regardaient Don Solcum, depuis leurs planètes et leurs étoiles, et, pour la plupart, le remplissaient de leurs encouragements scintillants. Les démons des profondeurs, au contraire, scrutaient de leurs yeux de braise l'armée qui allait s'opposer à lui, espérant son anéantissement, et soutenant ses ennemis de leurs flammes. Parmi les anges, quelques orgueilleux, à vrai dire, trahissant les autres, appuyaient cette armée maudite en secret, regrettant l'évolution des siècles, et la prise de pouvoir des hommes voulue et illustrée par le Génie d'or, et Ithälun. Car en Solcum, toujours, l'esprit de Jean Levau demeurait, acquérant l'expérience du monde des génies, et s'assimilant peu à peu à Solcum même, se confondant avec lui, et ne vivant plus ce qu'il vivait dans un rêve obscur, mais comme en pleine clarté d'éveil - tel un songe se déployant en réalité nouvelle, ou quelque dimension parallèle où sa vraie vie, il le comprenait à présent, se déroulait!

Mais il est temps, digne lecteur, de laisser là cet épisode, et de laisser, pour le prochain, le récit du combat contre les hordes noires sorties du trou de ténèbres.

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