Le bon ange qui est Dieu (méditations de François de Sales)

radiance-w.jpgDieu est une facile abstraction, et lorsqu'un mystique sent sa présence, du point de vue de l'ésotériste, il ne peut sentir que celle de son ange. Mais, en un sens, cet ange est bien un dieu, relativement à l'individu qu'il accompagne.

À demi-mots, François de Sales a convenu qu'il en était bien ainsi - qu'on adorait imaginativement Dieu à travers l'Ange, ou l'Ange par le mot de Dieu -, en faisant évoluer ses Dix Méditations vers l'appréhension consciente de l'Ange. Car si la première évoque le Père dont chaque homme est issu, et l'hommage qu'il faut sous ce rapport lui rendre, les deux dernières évoquent l'Ange - qu'on doit imaginer en rase campagne en face de soi, et montrant le ciel et la terre, la gauche et la droite, et invitant à le suivre vers le ciel et la droite - pour ainsi dire vers l'ouest (car, dans les reflets de l'âme, les choses sont inversées).

Cela signifie que l'évêque savoyard était conscient que, lorsqu'on sentait une présence près de soi, c'était bien celle de l'Ange - transmettant la lumière, la chaleur, la volonté du Père, son amour. Il l'impliquait en recommandant de pratiquer l'imagination, et en montrant que rien n'était plus précis et fiable que celle de l'Ange avec soi, dans la campagne, dans le calme des montagnes, ou au bord des lacs (car on peut aussi se représenter l'Ange marchant sur les eaux).

Je dois dire que j'ai été surpris de constater que cette sorte d'ésotérisme chrétien, émanant d'un docteur de l'Église, était rejeté par le catholicisme ordinaire: à l'époque où, à Saint-Claude (en Franche-Comté), je suivais une catéchèse, on m'affirmait que les anges n'étaient pas importants - même quand que je citais François de Sales. Je me suis alors dit que l'Église de France était différente de l'Église de Savoie - mais peut-être que c'est dans l'Église catholique tout entière qu'on rejette les anges, à présent.

En un sens, la dissolution de l'Église de Savoie dans celle de France en est justement un symptôme. Car, dans le même temps, on félicitait ceux qui étaient dans l'effusion mystique d'évoquer Dieu de façon abstraite. Un peu comme dans l'agnosticisme, on refusait d'essayer d'y voir clair.

Sans doute, François de Sales n'était à cet égard que l'héritier d'une tradition antique. Il est possible que l'Église romaine se sente menacée par les particuliers qui ont détaillé les anges - et tenté de donner, à la lumière intérieure, des formes distinctes, par l'adombrement que permettent les couleurs. Mais on en est arrivé à un tel point que ces particuliers férus d'occultisme paraissent parfois plus proches de François de 43156456_350331695718086_8500767858299502592_n.jpgSales ou de Thomas d'Aquin que les théologiens catholiques mêmes, aussi curieux que cela paraisse. On pourra dire qu'ils sont plus imaginatifs encore; qu'ils ont quelque chose d'oriental, voire de païen. Mais même Pierre Teilhard de Chardin admettait que l'Église catholique ne pouvait plus en rester au discours classique, fondé sur l'entendement seul, et qu'à cet égard la tradition asiatique devait l'éclairer: l'aider. Bien sûr, il a été interdit de publication par ses supérieurs, à son tour.

Cependant, comme la tradition classique est devenue vide de figures, et que ces figures, comme l'a dit François de Sales, sont indispensables à la vie spirituelle, il faut avouer qu'il est légitime de chercher dans le bouddhisme tibétain, par exemple, des réponses à des questions intimes, au lieu de les chercher dans la théologie chrétienne moderne. Il s'agit de se renouveler, dans la sécheresse ambiante. Car il serait faux de prétendre que les évangiles ne créaient pas de figures grandioses, inhabituelles dans le contexte latin, ou grec. En un sens, se réclamer du bouddhisme tibétain rappelle les chrétiens du premier siècle, adeptes d'un merveilleux inséré dans la vie ordinaire - ou même de détonants symboles, sous la plume de saint Jean.

Commentaires

  • Pour comprendre l’origine de « l’Ange » il faut connaître le premier culte de la religion Naturelle.
    Aussi, nous cherchons dans chaque pays comment fut représentée la Divinité dans le monde primitif, nous la trouvons toujours sous une forme qui symbolise la jeunesse féminine et l'esprit.
    Après ce rapide éclaircissement sur la première Divinité, nous avons maintenant à chercher ce qu'a été le premier culte, et nous comprendrons que ces deux manifestations qui sont restées au fond de toutes les religions, sont la représentation exacte des facultés psychiques des deux êtres humains.
    La vérité est la manifestation de l'Esprit féminin ; le Culte est la manifestation des sentiments masculins.
    Le premier culte, c'est l'hommage que rend l'homme à la Femme, ce sont les prévenances qu'il a pour Elle, les précautions qu'il prend pour éviter de lui déplaire, l'effort qu'il fait pour se rendre aimable, c'est-à-dire digne d'être aimé.
    C'est la loi naturelle des devoirs de l'homme, dictée par sa conscience et par ses sentiments, c'est-à-dire par ce qu'il y a de plus fort dans la nature humaine.
    Le culte comprend quatre manifestations principales qui sont l'Adoration, la Prière, l'Offrande et la Communion
    C’est dans l’Adoration que nous allons trouver l’explication sur la Nature de « l’Age ».
    Le culte spontané et instinctif que les premiers hommes ont rendu à la Femme a été la plus haute expression du sentiment religieux. Sa première manifestation est l'adoration exprimée par des louanges, par des prières, manifestée par des dons, par des actes.
    La Divinité était adorée quand le mot « Déesse » désignait la Femme vivante. La « Dulie » était une sorte de culte d'affection et de société que l'homme trouvait naturel de rendre à la Femme.
    Si le mot « Dulie » a fini par signifier « le culte des Anges », c'est parce que le symbolisme antique a couvert sa personnalité réelle de figures idéales, dont le surnaturel plus tard s'est emparé.
    Le Prêtre, en supprimant la Déesse terrestre, qui le gênait, la remplaça par le Dieu plus commode qu'il envoya trôner dans l'immensité céleste entouré des anges, des archanges et de toute la population paradisiaque, qui représente symboliquement l'ancien monde théogonique. Peu à peu les Prêtres firent de ces entités les habitants réels d'un monde invisible, et les générations suivantes finirent par croire à leur existence. L'homme oublia que c'était lui qui les avait créés.
    Mais cela n'a jamais empêché la tradition populaire d'appliquer le mot ange à la femme belle et bonne.
    Cordialement.

  • Non, vous savez, ces êtres existent vraiment, le sentiment des enfants face aux parents vient de ce qu'ils pressentent derrière eux les anges, il leur donne l'apparence d'un père et d'une mère, François de Sales s'exprimait en ce sens, le sentiment vis à vis du père physique se détache progressivement et crée l'image d'un père spirituel, qui est une réalité, non un concept.

  • "En un sens, se réclamer du bouddhisme tibétain rappelle les chrétiens du premier siècle, adeptes d'un merveilleux inséré dans la vie ordinaire - ou même de détonants symboles, sous la plume de saint Jean."

    Voilà qui ferait hurler mon pote Jampa, converti de la première heure à ce qu'il appelle la philosophie du Bouddhisme tibétain et qui n'est, toujours selon lui, qu'une méthode très pratique et actuelle pour comprendre les fondements existentiels et s'engager concrètement sur la voie de la libération.

  • Cela me rappelle une chose observée par mon amie écossaise, en Ecosse dans les centres bouddhistes on médite sur les figures des divinités, en France on reste dans un vague mystique accompagné de concepts abstraits, philosophiques. Il faut croire que François de Sales était un peu écossais.

  • Pourquoi donc hurlerai-je? Il y a de nombreuses similitudes entre le bouddhisme (particulièrement tantrique) et le christianisme primitif, quand l'Eglise n'avait pas encore fait main basse sur le mysticisme des premiers chrétiens.
    J'aimerais ajouter que, contrairement à ce que M. Mogenet avance, on trouve aussi en France (et dans de très nombreux autres pays), des centres bouddhiste tibétains où la pratique ne se limite pas à "un vague mystique accompagné de concepts abstraits, philosophiques". Au contraire, on peut y développer une approche très concrète de la recherche spirituelle. Merci Pierre de m'avoir signalé ce blog très intéressant!

  • C'est une tendance peut-être? Ce qui est concret d'un point de vue mystique, pour moi, c'est le travail intérieur à partir de figures spirituelles, sinon il y a les gestes, encore plus concrets mais impliquant moins la pensée, et les concepts philosophiques généraux. J'aime la voie intermédiaire, pour moi conseillée par François de Sales. Le christianisme a tendu à s'imprégner d'intellectualisme abstrait, sous l'influence des philosophes grecs et latins. Or, il est pour moi patent qu'en France, notamment à Paris, on a aussi développé cet intellectualisme abstrait, jusqu'à du reste se détacher complètement du christianisme. Mais pas toujours du bouddhisme, on trouve beaucoup de philosophes qui s'en réclament.

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