Le mystère de la pierre magique (Perspectives, LXVI)

Satana.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Don sacré de l'Ornim, dans lequel je rapporte m'être apprêté à prendre un joyau lumineux qu'on me tendait, et qui semblait contenir une bête dangereuse, tant la vie en elle était grande.

Pour autant, Othëcal ne me le confiait pas comme s'il se fût agi d'un être mauvais, et Ithälun, que je regardai à ce moment, ne cilla pas, ne dit rien, ne bougea pas, ne m'empêchant aucunement de le saisir – mais, au contraire, par son inaction, semblait simplement attendre que je m'emparasse du joyau. J'en fus surpris, mais, dans ce monde, à vrai dire, les choses n'étaient pas toujours ce qu'elles paraissaient, n'étaient pas toujours ce que les hommes croient qu'elles sont, et les symboles que je pensais y reconnaître n'y étaient en rien des idées prédéfinies (évidemment), mais des choses vivantes et mouvantes, des esprits, des souffles rendus visibles par le don que m'avait fait Solcum (le Génie d'or), et qu'avait prolongé en moi la noble Ithälun son épouse. Le bien et le mal n'y étaient ainsi pas aussi simples que dans les représentations humaines, et on me confiait une gemme habitée par un démon qui peut-être était favorable à ma quête: je n'eusse su le dire. L'attitude d'Ithälun, toutefois, le laissait penser, et je n'avais aucune raison de douter d'elle.

Je pris donc la pierre entre mes doigts, et faillis aussitôt la lâcher – non qu'elle fût brûlante comme une flamme, mais que, au contraire, un étrange mélange de chaleur et de fraîcheur la rendait comme vivante, comme semblable à la peau d'un animal – une fois de plus. Mais quel animal pouvait bien se trouver dans cette petite prison, c'était impossible à dire. Je crus d'autant plus fortement qu'il allait me mordre, ou me faire du mal, enrouler une queue serpentine autour de mon poignet, et qu'on m'avait trompé, mais rien n'advint, sinon ceci: soudain, sur la facette du rubis taillé, mais à l'intérieur, apparut un visage qui riait, et qui l'instant d'après disparut!

Je criai, et lâchai la pierre de surprise, mais j'ai toujours été assez adroit avec les objets que mes mains lançaient, et, déjà convaincu que cette gemme était précieuse, et qu'il fallait la traiter avec le plus grand respect – déjà saisi d'amour pour elle, je la rattrapai de l'autre main, plus rapide, plus vif, dans mes réflexes, que je ne m'en serais pourtant cru capable. Elle brillait entre mes doigts, chatoyante, douce, plus belle qu'aucun joyau que j'eusse vu de ma vie, et mon désir s'enflamma, de la porter sur moi, de l'absorber – ou d'être absorbé par elle –, et, lors, une chose des plus incroyables survint, car, à l'intérieur de la pierre, je ne vis plus un visage bestial ricanant, comme j'avais cru l'apercevoir un bref instant, mais le visage d'une femme souriante et belle, aux cheveux purs et blonds, et dont les mèches dorées se fondaient dans l'air vermeil qui la nimbait. Je fus, à nouveau, stupéfait, et, comme je craignais d'être le jouet d'une illusion, je levai le regard vers Ithälun, et celle-ci ne m'aida pas beaucoup: car elle me continuait de me regarder sans rien dire, et sans faire montre d'aucune émotion distincte. Je regardai alors Othëcal, et lui avait un étrange sourire en coin, mais très léger; et ses yeux brillaient, comme si des paillettes d'or s'y étaient agitées, sous l'effet du plaisir, ou d'une quelconque malice difficile à définir.

«Qu'est ceci?» murmurai-je alors. Je tournai la tête autour de moi, attendant que quelqu'un me répondît. Mais les sujets d'Othëcal gardaient l'œil baissé, comme s'ils s'étaient changés en pierre – et seules des larmes luisantes coulant sur leurs joues, reflétant, même, la lumière de ma gemme, attestaient que ce n'était pas le cas.

(À suivre.)

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