Notre Dame de Paris

notre-dame-de-paris-incendie.pngOn se souvient peut-être que, du temps des rois, le bon ange de la France, sa tutelle protectrice, était la sainte vierge Marie, et comme Paris est la capitale de la France, l'incendie de sa cathédrale a donné le sentiment que la France n'était plus protégée depuis les hauteurs des cieux – depuis le monde spirituel. Cela a été un choc. Comme l'événement est venu après d'horribles attentats, et dans un contexte de dissension incroyable, il est apparu comme signe prophétique, d'une façon indéniable.

Le fait est, d'abord, que, malgré les tentatives de Charles de Gaulle d'y remédier, le lien entre Marianne, patronne ou allégorie de la République, et la sainte vierge Marie n'a jamais été clairement établi, ou simplement admis. Il a été plutôt nié, au nom d'une laïcité plutôt dérisoire, qui tenait plus de la concurrence avec l'Église catholique que d'une véritable liberté de conscience accordée aux individus – notamment dans l'Éducation.

J'ai fait bien des articles cherchant à montrer que, d'un point de vue intérieur, Marie de Bethléem et Marianne étaient une seule entité – le bon génie de la Artemis_Kephisodotos_Musei_Capitolini_MC1123.jpgFrance au visage de femme. Peut-être que Victor Hugo, renouant avec cet édifice médiéval et le liant à l'âme du peuple – à travers, notamment, Esméralda –, avait déjà cette intention, et on l'en a su gré, mais on n'en a pas tenu assez compte – même si, depuis la catastrophe, cette vision réconciliatrice, rejetant à la fois le matérialisme philosophique et le dogmatisme catholique, mais unissant Isis, Marie et la République, a de nouveau été diffusée publiquement.

Naturellement, c'est autour d'une telle figure, reliant la Bible et la tradition populaire, que les âmes peuvent surmonter les luttes factieuses, les oppositions communautaires ou partisanes, et trouver une énergie commune, un souffle suffisamment fort pour embrasser la volonté générale, et donner une véritable légitimité aux majorités exprimées.

Le temple d'Éphèse, dit-on, a brûlé quand les mystères y ont cessé d'être saints – quand la vierge et pure Artémis a cessé de s'y rendre. Le rapprochement peut être fait, d'autant plus que, avant de vénérer la sainte Vierge, les Francs vénéraient la vierge des Ardennes, un avatar de la déesse Diane.

Si Victor Hugo avait décrit cet incendie, il aurait peut-être, comme il le fait dans Quatrevingt-Treize, donné un visage aux flammes – celui d'un démon vengeur, sorti de l'enfer, maître des Furies. Tout le monde l'a ressenti ainsi. La chute de la flèche semblait refléter la coupure du lien de Paris avec le ciel – la signifier dans le monde sensible. Un cri d'horreur a alors retenti, dans les rues de Paris. La fée de la ville n'avait plus de maison.

Il est difficile de ne pas vivre spirituellement cet événement, quand tout, par ailleurs, semble confirmer ce qui, selon la tradition mythologique, relève – comme on disait – de la face de Dieu se détournant du Peuple. C'était JessieBayes_TheMarriageOfLaBelleMelusine_100.jpgsensible également dans la vie culturelle, sans doute. Mais de celle-ci, plus qu'ils ne le croient en général, les individus sont libres. Nul n'était obligé de se confiner dans le cynisme philosophique d'un Roland Barthes, ou le désespoir métaphysique d'un Léon Bloy. D'autres voies étaient possibles, suggérées par Victor Hugo ou Lamartine – l'inventeur de la figure de Marianne.

Naturellement, la négligence des ouvriers peut être seule mise en cause. Mais le respect officiel de l'édifice peut-être était devenu faible. S'il n'est pas regardé comme abritant à la fois la reine des anges chère à François de Sales, et la fée Mélusine, protectrice du peuple, chère à André Breton, on ne sait si l'aura sacrée pourra revenir.

Commentaires

  • Waouh ! Quelle dextérité ? Un vrai plaisir que de lire ces billets de haut vol.
    Un niveau inégalé. Merci!

    Bonnes fêtes de Pâques

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