Les comportements matérialistes n'ont pas besoin de preuves

Maurienne_-_Cathédrale_et_église_Notre-Dame.JPGIl y avait, dans ma thèse, une allusion à quelque chose dont avait parlé Christian Sorrel dans un article, et Christian Sorrel se trouvait dans mon jury de soutenance. Mais il n'était pas content, car des faits qu'il relatait, je n'avais pas tiré le même enseignement que lui.

Il s'agissait de la restauration curieuse des évêchés de Maurienne et Tarentaise, en 1825, après leur suppression par la France révolutionnaire. Les débats montraient que deux partis s'opposaient: un parti mythologique, fondé sur les traditions de ces évêchés remontant à saint Pierre ou Charlemagne, et un parti rationaliste, fondé sur l'organisation efficace de l'Église catholique. Or, dans les faits, le parti mythologique a gagné, et cela illustrait mon idée que la Savoie de ce temps était tournée, culturellement, vers le mythologique.

Mais ce n'est pas cela qu'il faut démontrer, bien sûr. C'est tout autre chose! Et, dans son article, Christian Sorrel a émis deux affirmations gratuites. La première est que, en 1966, les deux évêchés en question ont été supprimés définitivement: l'historien se projetait sans preuve vers l'avenir simplement parce qu'il n'avait pas envie que ces évêchés soient restitués, et qu'il voulait croire que l'humanité va vers toujours plus de rationalité. C'est un dogme. Il est faux. J'en suis convaincu. Mais libre à lui, et aux autres historiens agréés par l'Université, de croire autre chose. Je constate simplement que quand on prophétise en faveur du rationalisme universel, on passe aisément pour un historien sérieux, et que quand on prophétise en faveur d'autre chose, on passe plutôt pour un prophète délirant. En tout cas, il n'est bien sûr pas attesté que l'humanité aille vers la rationalité toujours davantage, car aucun historien n'est allé dans l'avenir, et les universitaires n'ont pas vraiment inventé la machine charles-felix-F1-003b-charles-face-apres-.jpgà explorer le temps.

L'autre affirmation gratuite de Christian Sorrel est que si la balance a penché en faveur du parti mythologique, c'est parce que le roi du temps, Charles-Félix, y aurait vu un intérêt stratégique, son armée étant placée sur le territoire en fonction de ces évêchés. A priori, on ne voit pas le rapport entre les évêques et les soldats, et le fait est que, dans l'article, Christian Sorrel n'apporte pas de preuve, il ne cite pas, par exemple, une lettre de Charles-Félix où il aurait exprimé son intention. Il n'explique pas non plus le rapport qui aurait pu exister entre le clergé et l'armée. Il en parle comme si c'était évident - et comme l'intention supputée est clairement matérialiste et égoïste, on se dit que mais oui, bien sûr, c'est la solution, c'est très vraisemblable, tandis que l'attachement aux figures mythologiques ne l'est guère!

J'ai laissé de côté, dans ma thèse, cette affaire de stratégie à mes yeux mal étayée, et suis resté attaché aux faits. Je ne pense pas qu'on puisse me reprocher de ne pas avoir épousé le dogme matérialiste qui attribue sans preuve des comportements égoïstes aux peuples ou aux princes. L'intention supputée de Charles-Félix restera improbable tant qu'on n'aura pas trouvé de document intime l'attestant. On peut aussi supputer que lui attribuer de telles intentions ressortit à la jalousie, ou à la peur du sentiment humain en faveur du mythologique - bien plus présente dans le matérialisme que le goût de la véracité, quoi qu'on dise.

Commentaires

  • Rémi, j'ai l'impression que vous avez reçu... le Saint Esprit.

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