CXXXIV: le miracle d'Ithälun

83be762699b0fd45b00fa434ef392950 (2).jpgDans le dernier épisode, chers lecteurs, de cette saga grandiose, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait d'être sauvé par un peuple elfique de Nains qui l'aimaient, et le respectaient.

Car il était d'un peuple proche du leur, quoique d'un rang plus élevé, plus proche des anges du ciel, comme on appelle souvent les esprits des étoiles. Et ils avaient entendu son appel. Mais voyez! cela ne se déroula pas comme vous pourriez le croire. Car plusieurs heures avant que le Génie d'or eût énoncé sa prière, ils virent arriver, dans leur cité rutilante aux tours ornées de pierres précieuses, une demoiselle étincelante, diaphane et pure, nimbée de lumière, et qui les éblouit: pour venir, elle avait chevauché un rayon de lune, car elle appartenait à la maison d'Ithälun, la pure épouse de Solcum. Par elle, elle avait été envoyée. Car Ithälun avait entendu la prière de Solcum avant même qu'il ne l'énonce ou, pour mieux dire, elle avait fait remonter le temps à sa demoiselle, pour que les Nains sussent ce qu'on attendait d'eux, et agissent au bon moment.

Ceux-ci avec bonté l'avaient accueillie, et s'étaient enquis de la raison de sa venue; et elle leur avait tout expliqué, et ils avaient obéi – ils l'avaient fait avec joie, car trop peu souvent à leurs yeux avaient-ils des nouvelles de la reine de la Lune, et ils adoraient en avoir, et être ses obligés, la servir ou l'honorer, ou recevoir d'elle des présents. Après avoir béni de la part de sa maîtresse le peuple de la chaux, après avoir jeté sur leur front une poudre d'or que sa dame lui avait confiée, qui devait leur donner longue vie, sagesse et intime lumière, elle repartit sur un autre rayon de lune, traversant étrangement les murs du palais du roi, où elle s'était tenue, s'exprimant devant tous. Et les Nains s'étaient armés, le peuple d'Opaldur s'était muni de ses lances et de ses épées, et étaient venus jusqu'au Génie d'or par les voies connues d'eux seuls. Ainsi dirent-ils; ainsi s'expliquèrent-ils auprès du Génie d'or lui-même, qui en fut étonné et charmé, qui s'en réjouit infiniment, qui en fut même ému; et, des fentes de saphir de son heaume noir, une goutte d'or jaillit, et coula le long du jais, qui était une larme, une larme de reconnaissance et de gratitude, et aussi d'amour. Car il avait craint pour sa vie, et il voyait que sur lui veillait sa bien-aimée reine de la Lune.

Les Nains sourirent, se regardèrent en se faisant des clins d'œil, et feignirent de ne rien voir en ne faisant aucune remarque au Génie d'or, et en se consacrant, dans leurs conversations, à leurs tâches nécessaires, aux soins à dwarf.jpgapporter aux blessés, et au nombre total des troupes debout, et par bonheur, ils n'eurent dans leurs rangs pas un seul tué.

Mais le Génie d'or, se reprenant et songeant à sa mission, s'adressa bientôt au roi d'Opaldur, qu'on nommait Astalor: Roi, lui dit-il, tu es arrivé à point nommé. Le mystère de ta venue, tu viens de me le révéler, et il me bouleverse. Je ne cacherai pas le tressaillement de mon cœur, en apprenant le don d'Ithälun ma femme. Car je l'aime infiniment. Et qu'elle vous aime et vous ai envoyé une de ses divines demoiselles ne me laisse pas d'autre choix que de vous aimer tendrement aussi. Vous le savez, on pourrait croire à un miracle, puisque vous êtes arrivés juste au bon moment; mais il n'en est rien, car à travers les portes des mondes, les demoiselles d'Ithälun peuvent remonter ce que les mortels nomment le temps. Et moi-même je l'ai fait, déjà, entrant dans ce temps par une porte, alors que j'avais écouté, durant plusieurs siècles, les récits fabuleux de la maison de Cyrnos. Il m'a fallu revenir en arrière, franchissant, par la substance de la pensée, les éons, et entrant, depuis les hauteurs de l'éternité, dans le puits qui m'a ramené dans ce siècle pernicieux, où Fantômas répand ses hordes. Mais la question désormais est autre, il s'agit de savoir si vous allez continuer à m'aider, et m'accompagner jusqu'aux murs du palais maudit de Fantômas, pour l'assaillir et l'abattre. Vous savez, car vous le voyez, que je suis blessé: la chair d'un loup s'est mêlée à la mienne, et me ronge, tend à dissoudre mon corps. Seul, je ne parviendrai pas à vaincre l'adversaire.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode déjà long, pour renvoyer au prochain, quant à la réponse du roi des Nains Astalor.

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