CXXXV: l'opération du Génie d'or

amongst_the_creation_by_hellsescapeartist-d4y50yg.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série consacrée au gardien secret de Paris, le Génie d'or, nous l'avons laissé alors qu'il venait de demander au roi des Nains Astalor de l'accompagner dans sa quête contre Fantômas – notamment parce que, blessé, il sentait ne pas pouvoir venir à bout seul de son ennemi.

Alors Astalor le roi des Nains répondit: Seigneur Solcum, seigneur Solcum, même avec mon armée, si tu es ainsi blessé, tu ne pourras pas franchir les portes de Fantômas. Ton corps sera vaincu, déjà, avant que nous ne les atteignions. Tu dois venir dans ma cité, afin que mes médecins t'auscultent. Sache que de la part de sa demoiselle Inëlïn, Ithälun m'a fait dire que tu étais blessé, et a communiqué à mes mires les secrets d'un remède, tel qu'ils pouvaient le saisir dans leur science profonde mais limitée. Car si elle étonnerait les mortels par son étendue, elle ne peut tout faire, et plus d'un mort a échappé à leur étreinte, lorsqu'ils ont voulu le ressusciter. Mais viens, car tu n'en es pas encore là, et ils pourront faire merveille, sur toi, grâce à l'enseignement et aux indications qu'a livrés Inëlïn.

Entendant ces paroles, le Génie d'or acquiesça, malgré qu'il allât perdre du temps, au cours de l'opération. Mais que pouvait-il faire? Car sa blessure le rongeait, et il fallait qu'il fût libéré du parasite, de l'instrus à l'âme sombre qui s'était mêlé à lui. Ensuite il reviendrait, et vaincrait.

Longue fut la route jusqu'à la cité d'Astalor, pour lui; car il s'affaiblissait d'heure en heure, et bientôt les Nains durent le soutenir, lui bâtir un brancard, et, inquiet, Astalor le regardait dépérir, et craignait qu'on ne pût le récupérer, et que l'âme du Génie d'or s'envolât, partît loin de la Terre pour ne plus jamais revenir – sinon en de lointains éons –, et que, en son absence, Fantômas ne répandît partout un règne définitif, que nul ne pourrait plus combattre. La Terre serait alors saisie dans ses griffes, et le Chaos seul serait prince, en réalité, car Fantômas n'était que son agent, quoi qu'il crût, lui-même. Et la haine entre les hommes serait profonde, le meurtre et la trahison répandraient leurs souffles, les passions immondes justifieraient les pires exactions aux yeux de leurs auteurs, et tout cela aurait lieu sous le voile artificiellement doré du progrès indéfini et de l'émulation collective, 23031501_347179849075745_429127023592021686_n.jpget Fantômas rirait, et avec lui Mardon, seigneur du Chaos qui l'habite, et lui inspire presque tous ses sentiments. Le Génie d'or seul pouvait faire échapper l'humanité à ce fatal destin. Lui seul avait le pouvoir d'arrêter Fantômas, que toutes les forces de la Terre ne pouvaient arrêter, et c'est pourquoi il avait reçu du Ciel tant de dons. S'il ne pouvait pas les utiliser, l'humanité était perdue.

On l'emmena, désormais plus mort que vif, jusqu'à la salle d'opération, où les chirurgiens agirent avec art, accompagnant leurs gestes sacrés de formules sacramentelles, évacuant l'esprit obscur du loup maudit, en même temps que ses restes infects.

Trois lunes dura l'opération complexe, et mille fois les gestes sanglants des mires entrèrent dans le corps meurtri de Don Solcum. Et voici! ils y plaçaient du feu, et de l'eau, afin de le purifier, et de le nettoyer.

Pendant ce temps, plongé dans l'inconscience, le seigneur Solcum voguait, en esprit, dans des limbes constellées de feux obscurs. Sur Terre, il respirait lentement, mais irrégulièrement, comme s'il souffrait, et dans les eaux éthériques où il nageait – tel un naufragé dans une mer infinie –, des cauchemars l'assaillirent, pleins de griffes et de dents longues, d'yeux de braise et de membres sombres. Il dut les combattre, mais sous une autre forme que celle qu'il avait habituellement, sur Terre.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour la peinture des combats violents du Génie d'or contre les cauchemars de l'Intermonde.

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