Jean-François Deffayet et les mystères de Sixt

deffayet.jpgMon père, quand il faisait encore de l’édition, a publié le recueil de contes d’un conteur de sa vallée, Jean-François Deffayet, de Sixt, qui a hérité de ses grands-parents une tradition d’histoires fabuleuses ou cocasses. J’ai été frappé, en le lisant, par sa faculté à mettre en scène le merveilleux, le surnaturel.

J’ai souvent eu l’impression que beaucoup de conteurs en minimisent la portée, évitent de s’appesantir dessus, comme s’ils avaient un peu honte. Mais peut-être que cela change, ou que je ne suis pas tombé sur les bons. Au dix-neuvième siècle, à l’époque romantique, même en France, il n’en était pas ainsi: en tout cas dans les régions, le merveilleux était vivace. Mais par la suite, les contes rapportés ont acquis une sécheresse curieuse, qui, curieusement aussi, s’est fait souvent passer pour une marque d’authenticité.

Arnold Van Gennep prétendait que le merveilleux était souvent ajouté par des écrivains de seconde zone qui voulaient faire chic et, en réalité, c’était la même tendance qui faisait dire à Victor Bérard que le merveilleux chez Homère avait été globalement ajouté par d’autres que lui, qu’il n’en avait pas eu plus que Jean Racine, ce qui est absurde. L’aberration était telle qu’il reprochait aux Romains d’avoir alimenté ce merveilleux artificiel, sans doute parce qu’Ovide et Virgile faisaient abonder le merveilleux dans leurs vers.

C’était complètement aberrant, car, spontanément, les anciens Romains étaient en fait moins portés au merveilleux que les anciens Grecs. Mais évidemment, on ne pouvait pas prétendre que le merveilleux de la poésie latine avait été ajouté aux textes primitifs, puisque les conditions d’écriture de ceux-ci étaient parfaitement connues. La même logique encore a tenté de ramener les deffayet.jpganciennes mythologies, le vieux merveilleux, à du merveilleux scientifique – à de la science-fiction. En réalité, tout cela n’émane que du classicisme traditionnel, n’a pas d’autre valeur que la peur des intellectuels face aux mystères de la vie. Ils se réfugient dans des concepts tout faits, rassurants et raisonnables.

Mais depuis quelques années, je trouve que, peut-être sous l’influence de la culture anglophone, le merveilleux est mieux assumé, et que justement mon ami Jean-François Deffayet en donne un inattendu exemple. Inattendu, parce que, dans sa vie, Jean-François évite de théoriser quoi que ce soit, et n’essaie pas de parler des fées en général, de les définir, il se contente de les mettre en scène dans des contes conformes à la tradition. Je dirai une autre fois de quelle manière.

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