Gouffre de Cabrespine

Cabrespine 01.jpgPuisque j’ai emménagé en Occitanie dans la région de Carcassonne, je fais du tourisme avec les membres de ma famille que j’accueille, et, après avoir visité la Cité de Carcassonne, assisté à un spectacle de chevaliers, exploré la Maison Hantée et visité la Basilique Saint-Nazaire, je suis allé au Gouffre de Cabrespine, immense et comme dévoilant que la montagne est creuse. Il y avait un Philosophe de la Nature allemand, peut-être Oken, qui disait que les cristaux, les gemmes, étaient des fleurs ou des fruits de la pierre, et certaines formations de cette grotte énorme le rendent patent. Les minéralogistes, selon le guide présent, n’expliquent pas certains cristaux qui ont l’air de fleurs, ou de gros flocons de neige. La forme est inattendue, mais féerique, et on croirait vraiment être au pays des Nains, ou des Gnomes, tel que Tolkien l’a peint. Ce qu’a créé la pierre sous la poussée, dit-on, de l’eau – ou même seule, directement –, est si varié qu’il est impossible de croire qu’elle obéit à des lois physiques générales, abstraites, et que, à sa manière, comme le disait Teilhard de Chardin, la pierre n’ait pas aussi sa vie propre, ses saisons propres, et ses voies pour créer des fleurs et des fruits qui lui sont propres. Car l’auteur du Phénomène humain affirmait que même le minéral avait sa part de psychisme...

On avait l’impression d’être à l’intérieur d’un immense organisme, le corps d’un géant, et la taille de la cavité était sidérante. Les trous par lesquels les explorateurs s’enfonçaient semblaient être des bouches ou l’ouverture d’artères, et leurs mystères étaient sans nom.

Pourtant, comme Horace-Bénédict de Saussure explorant la grotte de Balme près de Cluses, on ne pouvait croire à des fées physiques, et, en un sens, les formations naturelles suffisaient à l’émerveillement. Mais elles étaient, justement, si étonnantes, qu’on pressentait leur présence, la présence des Nains, sourde et obscure, par-delà les rideaux de calcite tombant du plafond. Au cœur de la terre, les forces cosmiques semblent s’exprimer sans voile, et l’on dit que ces grottes ont été imitées par les bâtisseurs des cathédrales gothiques – cela, d’autant plus Cabrespine 02.jpgqu’elles ont servi de lieux de culte, parce que les puissances célestes s’y voyaient sans ambages, sans brume, la terre épousant sans faille leurs souffles.

L’air dans ce gouffre est d’une limpidité fabuleuse, et la lumière s’y répand sans obstacle. Les formes lointaines en éclatent d’autant plus aisément à la vue, et les couleurs en jaillissent d’autant mieux. Car on y voit du rouge, du blanc, et les pierres épaisses y sont transparentes, laissant passer les rayons des lampes. Alors, elles rougissent comme une main.

Beaucoup de formes rappellent les méduses, les pieuvres, comme si les forces fondamentales qui ont créé ces êtres imprégnaient dans les profondeurs la roche, comme si la puissance éthérique était la même au sein du vivant qu’au sein du minéral.

Mais qu’est-ce à dire? Le vivant se forge dans l’eau, dans le liquide, ne serait-ce qu’amniotique; et justement ces formes émanent du travail de l’eau, comme si les mêmes forces habitaient toujours l’élément liquide, qui tendaient à lui faire donner naissance à des êtres vivants. Mais d’où viennent ces forces, si ce n’est de l’air? On ne les y voit pas, mais elles sont là. Rudolf Steiner disait que la forme cristalline des flocons de neige venait de la forme même de l’air, rempli soudain de glace; et, au-delà, c’est la chaleur qui a ces formes. Or, les fleurs de cristal à l’origine inexpliquée surgissent justement quand la grotte a en elle de la chaleur. Elle anime, elle engendre, elle donne la vie. Car la roche est vivante, et quand il y a de l’eau et de la chaleur, même quand il n’y a pas de végétation, l’éthérique est présent, il est actif.

Les commentaires sont fermés.