CXXXVII: le combat des cauchemars

Monster-water-tentacles-claws-art-picture_m.jpgDans le dernier épisode de cette psychédélique série, nous avons laissé le Génie d'or alors que, sous sa forme astrale, il affrontait des cauchemars vivants, des matérialisations de ses élans de peur, de doute, de honte. Il venait de briser de son épée divine celle d'un monstre bleu aux membres étonnamment maigres.

Cependant, il en fallait davantage pour décontenancer le monstre affreux, qui allongea démesurément ses deux bras, jusqu'à les transformer en tentacules. Et, sous cette forme, ils s'enroulèrent autour du corps et du cou du Génie d'or, qui ne put éviter cette attaque. Immobilisé, il vit arriver le second monstre avec sa hache de bronze – riant du mal qu'il allait faire, s'apprêtant à l'abattre, profitant de sa soumission aux tentacules de pieuvre de l'être bleu!

Le Génie d'or, néanmoins, n'eut pas assez peur pour ne pas réagir. Usant de sa puissance de détente musculaire, et rassemblant toute sa volonté, il s'élança vers les hauteurs, étirant encore les bras du monstre bleu, mais échappant à la course horizontale du monstre jaune: il lui passa par-dessus, sautant vers l'avant tout en tournant sur lui-même, afin de dérouler de son corps les bras du bleu. Et lorsque celui-ci, étiré à l'excès et surpris de cette initiative, eut relâché son étreinte, le Génie d'or leva son épée et coupa en deux les deux bras, qui laissèrent s'échapper des gerbes de brume grasse et noire, tandis que leur propriétaire poussait un horrible cri Goetheanum (2).pngaigu. Puis, le Génie d'or se retourna vers son second assaillant, qui l'avait suivi dans sa course nouvelle, afin de lui faire face.

Il ne le laissa pas porter le premier coup mais, avec courage, le devança, lançant la pointe de son épée vers lui. Cette fois, pourtant, ce fut l'ennemi qui para. Il leva sa hache et détourna le coup d'épée. Puis, avec beaucoup de ruse, il lança son gros pied jaune à trois orteils vers la poitrine de Don Solcum, et l'atteignit d'une façon retentissante, avec un gros bruit qui résonna dans tout l'espace, et dans un énorme rire, qui fit se dresser les cheveux sur la tête au Génie d'or.

Plus encore, le coup lui coupa le souffle, et il fut rejeté loin en arrière, manquant même de lâcher son épée. S'il n'avait pas été protégé par son brillant haubert, il eût eu les côtes brisées, à coup sûr, ou les poumons perforés. Tant était grande l'étonnante force de ce gnome perpétuellement grimaçant!

Mais le Génie d'or justement était protégé de son armure forgée des anges, et il n'eut rien de rompu, il put revenir aussitôt à l'attaque. Il le fit en feintant de son épée, faisant lever au gnome sa hache, et lui donnant, à son tour, un magistral coup de pied, mais au visage, ce qui mit fin au rire hideux de cette bête, et l'envoya au sol.

Il n'était pas assommé, mais au moins gémissant, et il rampait pour échapper au Génie d'or, qui pourtant le laissa tranquille, ne se doutant pas de son âme rusée et menteuse, et qu'il préparait une nouvelle attaque, n'étant pas si blessé qu'il voulait le faire croire; cela se mêlait aussi du plaisir qu'il avait à se faire plaindre. Tel était le caractère de cet être visqueux, répugnant.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour laisser au suivant la fin de cette intense bataille.

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