John Slavin de retour en Occitanie

john 1.jpgL'année dernière, j'ai découvert, grâce à mon amie Rachel Salter, le formidable peintre John Slavin, qui met son art viscéral au service du monde spirituel, qui cherche à le représenter par des formes tirées de son être intime. Il avait illustré des contes de son compatriote l'Écossais Duncan Williamson, et j'avais été frappé par sa faculté à aller au-delà des concepts exprimés par lui - et à trouver ses propres révélations intimes, notamment à la faveur de créations nouvelles, d'objets mystérieux nés des profondeurs de son âme, et répondant à une voix qui chuchotait en lui, et lui ouvrait les portes du mystère. Il est revenu en Occitanie, et j'ai été frappé par la même chose.

Il n'a pas cherché cette fois à représenter surtout les contes de Duncan Williamson, mais s'est attaqué à la mythologie classique, voire au merveilleux chrétien, donnant à voir Jésus dans les bras de Marie entouré d'un faune bienveillant et d'un ange souriant, ou l'archange Michael - superbe dans son armure, les pieds sur les trottoirs d'Edimbourg, géant, surmonté d'un ange ailé, et avec en arrière-fond les rues de la cité écossaise et ses visions insolites. J'ai adoré cela, la faculté de placer des êtres sublimes dans la ville moderne, grâce à un style non classique, presque populaire, et en même temps puisé au subconscient, refusant la ligne trop nette et se référant à El Greco, par exemple, ou Goya. Singulière rencontre, encore (l'an passé, c'était celle des lectures communes de Lord Dunsany et d'E. R. Eddison), car ce printemps, je ne suis pas allé en Irlande visiter le château de Lord Dunsany, mais à Madrid visiter le Prado et l'Escorial et admirer l'infinie beauté des étranges œuvres de Goya et El Greco, justement. C'est d'eux que j'ai surtout parlé, dans l'article qui en rend compte!

En rénovant ainsi la tradition antique, John Slavin ravive les sentiments qu'elle a pu susciter, changeant peut-être leur sens, le rendant en tout cas imprécis, indistinct - entretenant le flou john 2.jpgparce que l'idée n'est plus ce qui s'impose, mais ce qui se vit, s'éprouve dans la réalité même de ce qui est exprimé - le phénomène occulte qui a été représenté dans les mythes anciens, et reste valable pour l'âme humaine. Ainsi, j'ai été particulièrement impressionné par le tableau de Promethée, Titan rougeoyant dans la pénombre et tenant une flamme d'une fabuleuse vivacité. Jupiter pleurant dans les rues d'Edimbourg avec son dernier petit éclair est sublime également, et rappelle Malpertuis, le roman fantastique de Jean Ray, qui évoquait un Olympe déchu, auquel plus personne ne sacrifiait plus. La curieuse trinité de Dionysos, Bacchus et Pan crée des figures de faunes que John Slavin semble avoir personnellement vues, tant elles sont vibrantes de vie propre. La scène d'Ulysse visitant Circé est étrange aussi, surtout parce que, en arrière-plan, une figure d'homme-oiseau semble être une clef de l'énigme, sans qu'on puisse la comprendre. Elle est née spontanément, comme une perspective s'ouvrant sur l'infini - le visage d'un ange, d'un messager!

J'aime aussi Léda et ses quatre œufs éclos sur des êtres humains - et ses yeux immenses, qui percent le voile des mystères. John Slavin a un chic incroyable pour peindre le regard qui a vu. Krishna conseillant à Patrocle de se sacrifier en attaquant Hector est grandiose pareillement, et subtil par ses allusions. John Slavin emmène dans un monde obscur dont surgissent des éclairs de signification occulte qui ne laissent pas de donner le vertige...

Ses dessins sont d'une grande beauté également, et un jour prochain, peut-être, ils illustreront des contes. Je le souhaite. En eux aussi il y a des seuils qui emmènent vers le lieu où l'homme se grandit par l'animalité sacrée qui est en lui, par l'énergie obscure qui le guide dans sa nuit sombre...

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