Les écrits pornographiques de Boris Vian

vian.jpgPuivert, en Occitanie, contient un magasin gratuit où on trouve de tout, qui est ouvert à tous – et propose à l'humanité d'échapper au commerce. J'y ai trouvé un volume de Boris Vian attirant, appelé Écrits pornographiques!

J'aimais bien Vian quand j'étais jeune, et j'étais invité à l'aimer, car mon entourage en disait un bien infini, mon frère notamment l'adorait. J'ai surtout aimé L'Écume des jours, avec son univers fabuleux et métaphorique – mais dans sa fantaisie qui devait beaucoup aux écrivains anglophones, il me plaisait en général, et j'ai goûté ses poèmes fantastiques avec des monstres.

Cependant, il avait une fantaisie excessive, qui le rendait léger. Le volume que j'ai eu gratuitement commence avec une conférence plutôt absurde, qui défend la littérature érotique parce que l'amour vaut mieux que la guerre, alors qu'on sait depuis Troie que le désir sexuel peut aussi entraîner des guerres, et que l'amour n'est pas forcément la relation sexuelle, que la pratique mécanique de la chose n'a pas forcément d'amour en elle – et qu'elle n'en crée pas, elle crée au contraire de l'amertume et de la rancœur, si elle est sans amour! Le secret de l'amour n'est donc pas l'érotisme, et le raisonnement de Vian est naïf.

Si encore comme Vâtsyâyâna il enseignait à pratiquer le sexe avec de l'amour, pour que l'étreinte physique mène à la rencontre des âmes! Car c'est une chose possible, la sagesse orientale le dit, et même la tradition chrétienne ne l'exclut pas, puisque le mariage y est censé unir à la fois deux corps et deux âmes. Mais Vian, dans ses poèmes pornographiques, est réellement pornographique, il présente les fantasmes masculins qui attendent de la femme l'asservissement total pour plus de plaisir. C'est émoustillant, mais c'est justement la pornographie qui crée la violence, parce qu'elle en est une. Combien de femmes bafouées, asservies, servant d'esclaves sexuels, n'ont pas suscité d'armées pour les venger! Ce serait aussi une étude à faire, plus subtile et plus profonde que celle de Boris Vian. Même les guerres actuelles en Syrie se sont accompagnées de vengeances de ce type, on le sait bien. Il n'est pas possible de créer un paradis fait de pornographie, car il est foncièrement égoïste, et le paradis véritable est une cristallisation de la vivante morale dont l’univers est imprégné. Il n'existe pas de paradis terrestre, parce que la Terre est liée à l'égoïsme. Mais c'est un autre sujet, que n'aborde pas Vian.

Cependant, si ce n'était pas un grand philosophe, il avait de la fraîcheur, et j'ai aimé une nouvelle qui parodiait plaisamment Dracula, et reprenait ses stéréotypes de façon cocasse. On retrouvait les feuillets d'un récit à la première personne près d'un corps nu, et il narrait sa mort, ses derniers instants. Rigolo. Car ces derniers instants étaient faits d'une attaque de succubes hermaphrodites, étonnant un narrateur rapidement intéressé par cette nouvelle expérience. C'était absurde, mais fin et comique. Vian avait du talent, un peu comme, en poésie, Guillaume Apollinaire.

 

Commentaires

  • Intéressant, merci.

  • Boris Vian a le mérite de la clarté puisqu'il évoque la pornographie et non pas l'érotisme ou l'amour. Et la violence est une des caractéristiques de la nature indépendamment de ce qu'en font les hommes.
    Maintenant, pour aborder ce sujet de manière plus équilibrée, il eut été de mise de parler du tantra dans sa forme la plus évoluée qui consiste à utiliser l'énergie sexuelle pour purifier le corps et l'esprit afin d'atteindre rapidement un état de compréhension de la vacuité, de la non dualité fondamentale, et se libérer des chaines de la dépendance et de l'ignorance.

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