CXLIII: Fantômas et l'esprit de l'abîme

Ahmet_Abdol_(Earth-616)_from_Uncanny_X-Men_Vol_1_376.pngDans le dernier épisode de cette série retentissante, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il sauvait les Parisiens travaillant dans la tour Montparnasse de la destruction provoquée par un vert robot géant aux mille lueurs colorées, en les arrachant au désastre.

Il faisait des allers et retours en volant, toujours tiré et soulevé par son sceptre étincelant, et portait dans ses bras les mortels apeurés après être allé les chercher dans les étages supérieurs qui s’effondraient et avant de les déposer à terre. Cela allait si vite que les hommes et les femmes qu’il sauvait de la mort ne se rendaient pas compte de ce qui leur arrivait. Ils se croyaient victimes d’hallucinations, voyaient de brèves images impossibles, et tout leur arrivait comme en rêve. Plus tard, ils devaient avouer ne rien comprendre à ce qui était advenu, et parler d’un miracle, évoquer tantôt des anges, tantôt des extraterrestres, tantôt Dieu lui-même, auteur d’un vent qui les aurait soutenus dans l’air. Mais rien de tout cela n’était vrai, puisque c’était le Génie d’or, le gardien secret de Paris, qui les avait sauvés de leur mort certaine.

Cependant, il y eut un être qui vit ce qui se passait parfaitement, ayant reçu le pouvoir de sonder les ombres de son maître: et c’est le vert robot géant Aclanïm – puisque tel était son nom. Lorsqu’il aperçut le Génie d’or et comprit qu’il sauvait malgré lui les Parisiens qu’il destinait à la mort, il entra dans une fureur qui n’eut que rarement sa pareille. Elle lui venait en réalité de Fantômas son créateur, qui habitait à distance cette grande machine humanoïde, et lui donnait vie. Toutefois la machine était-elle dotée d’un semblant de conscience, relevant du monde élémentaire, et ressentait-il la colère de son maître de façon autonome, quoiqu’il n’eût pas le pouvoir de penser, ou de juger par lui-même: il était très savant, mais ce qu’il savait, il le tenait de Fantômas, en recevant directement le flot de ses pensées subtiles, en faisant baigner son âme de la noosphère qu'il dirigeait.

Cela se déroulait devant lui comme un riche tableau, et il en était subtilement intelligent, car la SENTINEL.jpgscience de Fantômas, qu'il tenait d'êtres obscurs et profonds que nous ne saurions nommer, était sans limites. Depuis son château des brumes, projetant son esprit dans ses machines comme dans des organes, il distinguait tout à distance, et le flot de ses sentiments les emplissait à son tour, elles devenaient comme ses membres.

Et il était furieux parce qu’il avait voulu faire périr un grand nombre d’innocents, se nourrissant de la peur des êtres, et cherchant à leur apparaître comme le maître de leur vie et de leur mort. Il affirmait, ce faisant, qu’il n’accomplissait ce dessein que pour libérer le peuple! Il avait ce degré de fourberie, rarement atteint par les hommes ordinaires, qui peuplent de leurs noms l’histoire officielle. Il faisait passer, par ses robots à taille humaine, des messages lénifiants sur sa volonté d’émanciper l’humanité des traditions sclérosantes et avilissantes, et certains le croyaient, et on commençait à préférer ses envoyés à tout autre homme public, lorsqu’il s’agissait de diriger les affaires du pays.

Mais il est temps, nobles lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, en ce qui concerne l’histoire et la mentalité affreuses de l’infâme Fantômas.

Les commentaires sont fermés.