Le poivre de Kampot selon Luc Mogenet

luc.jpgMon oncle Luc Mogenet est l'auteur d'une petite dizaine de livres, tous documentaires, portant soit sur le relief savoyard, soit sur la Guinée Conakry, soit sur Kampot, au Cambodge. Les sujets sont divers, et il est intervenu à la télévision pour évoquer l'enfance de Marguerite Duras en Indochine. C'était dans une émission sur Arte. Il a aussi écrit un livre sur la question, qui fait référence.

Il anime, de surcroît, le musée de la ville de Kampot, siégant à son Conseil d'Administration. Il a une maison dans cette noble cité que protège le puissant Bokor, montagne tutélaire au pied de laquelle coule le paisible fleuve qui porte le nom de la ville. Au Cambodge, mon oncle est une personnalité.

Il m'y a invité, un jour, et, plus récemment, il m'a envoyé son dernier ouvrage, consacré à la spécialité de Kampot, qui la rend célèbre à l'étranger: son poivre. Grâce à ce petit livre, je sais tout sur l'élaboration de cet assaisonnement excellent, que moi aussi j'adore, et sur l'histoire de la culture du poivre à Kampot.

Il apparaît que ce sont les Chinois qui l'ont créée. Les Chinois fondent des colonies partout, assez fermées, et autrefois ils avaient leurs propres écoles, à Kampot même, et n'apprenaient pas le khmer. Je crois que cela leur a valu des déboires à l'époque de Pol Pot, on estimait qu'ils étaient capitalistes dans l'âme, et les Khmers Rouges avaient de toute façon un fond nationaliste.

La culture du poivre a donc été interrompue, mais elle a repris, ces dernières années, notamment grâce à des Français désireux de s'investir dans la culture locale au sens le plus concret. Leur œuvre est également chaboche.jpgphilanthropique, car ils financent la scolarité des enfants de leurs ouvriers, sauvent des bâtiments traditionnels khmers, ont créé un poivre biologique spécial et en tout cas une marque protégée, avec l'accord du gouvernement du Cambodge – avec même je pense son enthousiasme. Ces Français s'appellent Nathalie Chaboche et Guy Porré. Ils ont dû faire appel, pour relancer la culture du poivre, à des descendants des Chinois qui l'avaient créée autrefois, mais leurs ouvriers sont khmers. Le plus grand soin est apporté à l'activité de récolte et de traitement.

Car j'ai appris qu'il y avait du poivre vert, du poivre blanc, du poivre noir et du poivre rouge, selon le moment où on le cueille: quand la graine est jeune, le fruit est rouge. Soudain, des grains contenus dans des fioles prennent place dans l'économie naturelle, et ce qui n'avait pas de sens en prend un. C'est parce que les philosophes ont appris à vivre dans un monde détaché de la nature qu'ils ont cru que l'univers n'avait aucun sens. Ils ne comprenaient déjà pas d'où venait le poivre qu'ils consommaient! Grâce à mon oncle, c'est changé: le poivre est issu d'un souffle du sol. On le sait en théorie, mais il faut le saisir dans le réel de la chose.

De belles photographies nous le dévoilent, dans cet ouvrage intitulé La Renaissance du poivre de Kampot, édité en 2018 à Kon Sat, dans la province de Kampot, par La Plantation – le nom de l'entreprise dont j'ai parlé. On le trouvera en s'adressant à elle.

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