27/12/2016

Le Père Noël prisonnier de la tour Eiffel (conte du 25 Décembre, épisode II)

13133086_10201617262029484_9002527736360846094_n.jpg(Suite de l'épisode précédent.)

Comme il était le génie de la liberté, il n'acceptait pas un tel coup de force. Il se détacha de sa statue et, sous les traits dorés et vermeils de l'Homme-Météore, alias Robert Tardivel, il s'élança vers la tour Eiffel, bien décidé à délivrer saint Nicolas et à faire plier le méchant Abbedon.

Il demeura, flottant dans l'air comme un nuage, suspendu devant la tour, et se demanda où se cachait le démon, mais, sûr qu'il l'entendait, il le somma, à haute voix, et au nom du saint principe qu'il incarnait et de sainte Geneviève même, de libérer immédiatement le Père Noël, indûment mis aux fers par lui.

Aucune réponse d'abord ne lui parvint. Puis, soudain, un éclair rouge jaillit de la tour, et le frappa en pleine poitrine. Des étincelles jaillirent, mais son haubert doré tint bon: les écailles dont il était tissé ne se rompirent pas, sous la poussée du trait de feu. Le héros en fut seulement repoussé de quelques dizaines d'empans - soit une douzaine de mètres selon le système en cours.

Il resta quelques instants dans les airs, incertain, et Abbedon le démon, incontestablement l'auteur de cette attaque, pensa ne pas laisser l'Homme-Météore respirer, car un nouveau trait vermeil sortit d'entre les lames de fer croisées de l'édifice.

Cependant, le génie de la liberté, ramené à lui-même après un bref moment d'étourdissement, put l'éviter: il fit un saut de côté, maniant l'énergie dont était gonflée la pierre en forme de triangle qui ornait sa poitrine. Elle luisait, quand il volait, et obéissait à la moindre de ses injonctions; par elle pouvait-il vaincre la pesanteur, et dominer les vents.

Deux autres traits vermeils encore jaillirent du treillis de fer, mais ils ne l'atteignirent pas davantage.

Du court bâton d'or qu'il tenait à la main, et qu'emplissait une autre forme d'énergie cosmique, l'Homme-Météore fit à son tour partir un jet de feu concentré, teinté d'or, qui pénétra dans la tour par un interstice où le héros avait cru voir une ombre passer. Il entendit crier, et le démon se montra, car le voile d'invisibilité qu'il avait revêtu s'était déchiré: le trait l'avait atteint à l'épaule; le voile s'était dégrafé.

Son visage apparaissait, entre les tiges de fer, et on reconnaissait ses traits; car ils étaient ceux des gargouilles sculptées sur la cathédrale Notre-Dame. gargoyles_genesis__thales_3_by_benco42-d8vrpwk.jpgAvec ses cornes et sa queue luisantes, ses yeux globuleux et rouges, ses mains longues et crochues, ses ailes épaisses et noires, aisément était-il identifiable.

Qu'on ne s'y trompe pas. Son apparence n'était point gracieuse, mais il était doué d'une puissance qui le rendait presque beau: il se mouvait ainsi qu'une vivante machine, déroulant ses muscles comme des rouages, et sa peau, luisante, était dure comme du fer. Si on avait imaginé un robot qui eût pris vie et par surcroît fût doué d'une prodigieuse intelligente, il eût été pareil à lui, Abbedon!

Le génie de la liberté savait pourquoi il ressemblait tant à une des gargouilles de Notre-Dame: il en était une! Il était même le chef de toutes.

Jadis, on s'en souvient, sainte Geneviève les avait exorcisées, parce qu'elles avalaient, depuis l'eau de la Seine, des navires, des mortels. Elles y créaient des tourbillons - ou y étaient les tourbillons, leur âme. La gardienne de Paris les avait expulsées, lançant ses traits pour eux brûlants d'amour pur, et ils avaient dû sortir du flot d'émeraude; aussitôt, elle les avait enchaînées, et on les avait liées à la façade de Notre-Dame, afin qu'elles en constituent le ferment. Elles étaient condamnées à soutenir le saint édifice!

Néanmoins, la négligence des hommes avait laissé libres ces êtres, et de leurs formes il ne restait plus que l'ombre, la poussière qui s'était déposée sur leurs corps au cours des siècles: la dissolution de la foi, en l'être humain, avait fait cet office. Désormais les statues étaient pareilles à des coques vides, et les gargouilles elles-mêmes, comme êtres vivants, s'en étaient arrachées, et s'étaient répandues dans Paris.

D'abord faibles, elles prirent force et assurance grâce aux hommes qui leur vouaient un culte et leur faisaient des offrandes, souvent sans le savoir. Car elles détenaient des connaissances prodigieuses, que les êtres humains brûlaient de posséder. Elles connaissaient les matériaux de l'intérieur, savaient leurs degrés de résistance, d'instinct pouvaient les assembler pour édifier des tours énormes.

Elles se nourrirent des vœux des hommes, de leur énergie morale, de leurs idées - parfois de leur sang, quand des ouvriers mouraient pour que fussent bâties leurs constructions rêvées. Et ainsi Abbedon leur prince retrouva sa force antique, et inspira à Gustave Eiffel l'érection de la tour qui porte son nom.

Elle lui servirait de château, le protégeant contre les rayons du soleil et de la lune - pour lui autant de flèches: le treillis de fer tamisait leur lumière.

Dans cette sorte de gant énorme, la main qu'il était pouvait se glisser, et œuvrer.

La main de quel être? demandera-t-on. Cela restera un mystère. Mais Abbedon n'était bien qu'une main - que la main d'un géant.

Main consciente d'elle-même, mais main. Et la tour la revêtait, comme une résille élégante et fine. Le th.jpggéant inconnu pouvait par elle agir, libre des résistances venues d'en haut. Abbedon était son héraut. Il était sa main droite.

Sainte Geneviève n'avait pas rejeté Abbedon ni assiégé son château, parce que les Parisiens l'aimaient, et avaient besoin de lui. Il leur livrait des secrets pour rendre plus douce leur existence; c'était un don appréciable. Mais le génie de la liberté avait été chargé d'empêcher ce démon d'outrepasser ses droits, et le moment était venu d'accomplir cette mission: car si Abbedon était libre, lui-même, il n'avait aucunement le droit de priver le Père Noël de ses mouvements, ou d'empêcher les Parisiens qui le voulaient de lui rendre hommage.

La bataille devenait légitime. Peut-être que sainte Geneviève savait qu'il aurait lieu, et n'en attendait que l'occasion, persuadée qu'elle était que le démon ne saurait jamais rester à sa place, que sa nature était fondamentalement la présomption, l'orgueil! Mais peut-être exagérait-elle; on ne sait pas.

Le génie de la liberté, vêtu de son armure rouge et or, se jeta vers la tour Eiffel, et passa entre quatre lames de fer, au-dessus de la seconde plateforme; et il vit distinctement le Père Noël, ligoté à des tiges de fer par des liens de fer, tandis que le démon était debout sur une poutrelle. Il tenait en équilibre au-dessus du vide, mais cela ne lui posait aucun problème. Avec ses ailes, de toute façon, il pouvait voler.

(À suivre.)

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25/12/2016

Le Père Noël prisonnier de la tour Eiffel (conte du 25 Décembre, I)

Eiffel tower in Christmas.jpgOn m'a raconté que la nuit dernière, le Père Noël fut capturé par le démon de la tour Eiffel. En effet, il s'était approché d'un peu trop près, séduit par les lumières qui ornaient la fameuse tour de fer, ou alors ému parce qu'on l'avait éteinte pendant le siège meurtrier de la cité d'Alep, en Syrie: il pensait à tous les enfants qui souffraient, et surtout à ceux qui mouraient, et auxquels il ne pourrait pas apporter les cadeaux prévus.

Or, dans la tour Eiffel – on le sait peu, mais c'est vrai – vit depuis l'origine un démon, qui n'est pas forcément aussi mauvais qu'on pourrait croire, mais qui est quand même un démon. Il n'est pas aussi mauvais qu'on pourrait croire parce qu'il est le génie de la tour Eiffel: c'est lui qui a inspiré à Gustave le treillis de fer que constitue la tour, qui lui a confié les formules pour l'ériger. Il lui parlait à l'oreille, pendant qu'il regardait les yeux vides l'horizon de Paris depuis la colline de Chaillot. Plus tard, même, il rêva de lui. À son réveil, il fut émerveillé de sentir naître en lui les formules nécessaires à l'établissement de la structure.

Ayant passé un pacte inconscient avec lui, il put construire l'édifice fascinant, que peignirent les plus grands artistes, que visitèrent les touristes du monde entier, et qui reste le symbole d'une époque et d'un pays qui a fait triompher la science des matériaux.

La France aime les ouvrages d'art, elle a de grands ingénieurs, et le génie de la tour Eiffel a été inconsciemment regardé par un dieu par la plupart des Français - et même beaucoup d'étrangers -, et on lui a voué un culte, quoique sans le savoir: beaucoup d'offrandes lui ont été faites; on lui a beaucoup sacrifié.

Il est, assurément, l'ami des Parisiens, dont il a accru le bien-être - tant en faisant venir des touristes qu'en prêtant sa tour à la radiodiffusion; mais il n'est pas l'ami de tous Cosy-Santa-Claus-Christmas-Art-Desktop-Wallpaper.jpgles protecteurs secrets de Paris, et sainte Geneviève, dit-on, l'aime peu. Or, à son tour, ce démon ou génie de la tour Eiffel a une acrimonie particulière contre le Père Noël, dont il voudrait bien qu'il n'existât pas. Il en répand le bruit, à l'occasion.

Et lorsqu'il a vu saint Nicolas s'approcher d'un peu trop près de son exclusif domaine, nonobstant les motifs du patron des enfants - à la fois admiratif des ornements du démon, et touché par sa compassion à l'égard des enfants d'Alep -, il a jeté un filet de fer sur cet homme fait ange, puis l'a arraché à son traîneau, désormais sans direction. Les rennes se sont contentés de rentrer dans la base terrestre du Saint, au Pôle Nord. (Ne sentant plus l'être qui les dirigeait, ils n'avaient plus d'autre option.)

Le démon de la tour Eiffel, que l'on nomme Abbedon, entraîna son prisonnier dans le treillis de la tour même, et l'y enferma, tissant un sort qui l'empêchait de sortir. Il voulait, ainsi, convaincre les êtres humains qu'il n'existait pas, et qu'ils ne devaient se fier qu'à lui, lui offrir tous leurs prémices, lui vouer 12991013_1108568732547365_2813193460117243678_n.jpgtoutes leurs pensées, lui adresser toutes leurs prières, lui sacrifier toute la partie d'eux-mêmes réservée jadis au Père Noël. Peu lui importait qu'on fût sage et aimant durant l'année, qu'on respectât son père et sa mère, qu'on chérît ses enfants; il voulait avant tout que les hommes recherchassent l'efficacité pratique, et transformassent la tour Eiffel en vaisseau spatial propre à conquérir les cieux et à coloniser la planète Mars, afin que lui-même en devînt le maître secret! Que les enfants même ne rêvent que de machines sublimes, dirigées par le génie de l'avenir radieux! Qu'ils ne songent aucunement à toutes ces fumées, d'amour et de respect, et qu'ils chassent de leur esprit les fantaisies dangereuses par lesquelles les hommes, au lieu de s'unir pour le bien commun et la construction de machines utilisables par tous, se divisent sans fin en sectes sanguinaires! Oui, qu'ils percent le fantôme du Père Noël, et ne croient plus qu'en lui, Abbedon, seigneur secret de la tour Eiffel!

Espérant qu'on oublierait saint Nicolas et qu'il pourrait le laisser dépérir dans sa prison, il n'osait cependant le mettre à mort, craignant la réaction de sainte Geneviève, toujours officiellement patronne de Paris et amie personnelle du saint patron des enfants. Pour mieux faire oublier l'homme au capuchon pourpre, il se promit de multiplier les ornements dont son corps à la vue de tous se revêtait, et de manifester sa compassion à l'égard des malheureux, mais aussi de déployer sur ses membres les instruments d'une puissance nouvelle, rêvée jadis par les hommes, réalisée par lui. Il se mit au travail, et, pour atteindre son but, vola bien des c7ce8a2965e23d4a3d12726ecf45138c.jpgsecrets au Père Noël, obtenus sous la torture. Il lui subtilisa son art de se faire aimer des enfants, et aussi de nombreux cadeaux qu'il cachait sous sa robe, et qu'il distribua en son nom propre, à lui, Abbedon. Mais c'était pour mieux préparer l'avènement de son règne, plus fait de puissance brutale et de lourdeur physique que de beauté et d'amour.

Malheureusement, il y eut un autre génie qui ne l'entendit pas de cette oreille. Il épousa la cause de sainte Geneviève, dont les plaintes, lorsqu'elle avait vu ce qu'avait fait le démon de la tour Eiffel, lui étaient parvenues. Le génie de la liberté, car c'était lui, voyait pareillement saint Nicolas enfermé dans le treillis de la tour, étoile saisie dans un filet, clarté ternie par le fer terrestre. Il l'apercevait depuis sa colonne de Juillet, puisque sa demeure sur Terre est la statue dorée qui y est dressée. Ses yeux s'allumèrent, signe qu'il habitait pleinement cette noble effigie, et il fut mécontent de voir que le Père Noël était indûment empêché de remplir son office auprès des enfants de Paris, qui l'aimaient.

(À suivre.)

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25/12/2015

Conte de Noël

095a7ba21944ea6063c175e8ee5c49ca.jpgLa nuit dernière, m'a-t-on raconté ce matin, il s'est produit quelque chose de fâcheux. Le Père Noël a été bloqué sur le mont-Blanc.

En effet, c'est un secret qu'il faut maintenant révéler, qu'il s'y arrête aux alentours de minuit, pour se reposer quelques instants. Ce qui représente quelques instants pour les mortels peut être assez long chez les êtres enchantés, car le temps n'est pas le même pour eux. Dès qu'ils le désirent, ils le remontent, s'arrachant à l'emprise de la Terre. Et puis ils le descendent, quand ils s'y placent. C'est de cette façon que le Père Noël - saint Nicolas - a tout le loisir d'honorer l'ensemble de ses commandes. Il a d'ailleurs aussi des elfes qui le dédoublent. Il est le maître d'un grand nombre d'êtres élémentaires.

Chaque année, donc, il séjourne dans le royaume caché de la fée du mont-Blanc; il lui rend visite, l'assure des bonnes intentions à son égard de l'assemblée du Ciel, et c'est un rite qu'apprécie la reine secrète de notre montagne sainte.

Mais cette année, des brigands du monde immortel étaient passés par une brèche qu'ils avaient pratiquée dans le mur qui entoure la cité de la fée, et celle-ci, avec ses chevaliers et ses nymphes, avait dû fuir, prise par surprise. Ils s'étaient réfugiés dans une partie de leur cité qui est excentrée, et les brigands purent occuper le palais royal (évidemment fait de diamants), et leur chef s'asseoir sur le trône de la fée.

Ces brigands du monde immortel ont une apparence hideuse; ils sont ce que nous nommons des démons, et peuvent être monstrueux. Certains ont les bras doublés par des tentacules, parfois aussi les jambes, d'autres ont des cornes, d'autres encore des griffes, ou des défenses, comme les sangliers. Dans le septentrion on les appelle des trolls, et ils vivent dans les glaciers du massif du mont-Blanc - en particulier celui des Bossons.

Lorsque saint Nicolas, descendant de la Voie Lactée, est arrivé dans le royaume de la fée, il fut très surpris de n'être pas accueilli comme d'habitude; tout était désert. Le garde ordinaire - fameux fils de Heimdall - n'était point présent, avec son épée flamboyante. Il est quand même entré, circonspect, faisant glisser son traîneau sur le pavé de cristal.

Soudain, trois des monstres ci-dessus décrits fondirent sur lui et le ligotèrent, puis l'emmenèrent auprès de leur chef. Celui-ci se réjouit de le voir à sa merci, et pensa qu'il pourrait en tirer une grande rançon, et aussi qu'il pourrait s'emparer de ses pouvoirs et accroître les siens: car saint Nicolas peut matérialiser les rêves des enfants, mais c'est pour mieux les leur rendre; tandis que ce monstre voulait les leur voler, et donc les vampiriser, les assécher complètement de l'intérieur à son profit. Il exigeait en quelque sorte un sacrifice de ces innocents.

Par bonheur, un homme appartenant à la fée du mont-Blanc les vit enlever le Père Noël et le tourmenter, et il courut prévenir sa dame, passant par un souterrain secret que ne connaissaient pas les méchants. Celle-ci eut alors l'idée de faire prévenir Captain Savoy par sa sœur, la propre épouse de ce héros. Elle envoya vers la Lune une de ses nymphes armées, qui put échapper à quelques brigands du monde occulte en donnant des coups d'épée à droite et à gauche, et ainsi la belle épouse de Captain Savoy fut prévenue.

Or, on sait qu'elle entretient à distance une relation privilégiée avec son époux, qu'elle lui parle au sein de son âme. Celui-ci donc s'éveilla de son sommeil, et s'arracha à sa base secrète du Grand Bec, en Tarentaise, et accourut vers la première montagne de Savoie, pour y délivrer à la fois le Père Noël et la fée du mont-Blanc.

Muni de la lance et de l'anneau de saint Maurice - lequel les remplit à nouveau de puissance depuis le ciel où il réside -, Captain Savoy attaqua furieusement les démons, qui tentèrent quelques instants de résister, mais 988418_717006645055264_4058087367881277633_n.jpgrapidement n'en purent mais. Il leur envoyait la foudre, depuis sa lance éclatante; et eux en étaient transpercés, ou réduits en miettes. Une fois, l'un d'eux, propre frère du chef, parvint jusqu'à lui en se protégeant de son bouclier; et il tenta de lui infliger un coup de son épée noire, mais Captain Savoy para de sa lance, et de son poing muni de son anneau il l'abattit, par un crochet rudement asséné. Il allait l'achever de la pointe de sa lance, pointe qui brillait comme une étoile, mais le monstre demanda grâce, et le héros eut pitié.

Les ennemis crurent pouvoir se réfugier dans le palais de la fée, mais c'est alors que celle-ci, suivie de ses guerriers, effectua une sortie, au moment où sa nymphe préférée, entrant directement dans le palais par un passage secret, leur ouvrit la porte, ainsi qu'à Captain Savoy. Dès lors les démons se rendirent.

On délivra le Père Noël, et il put continuer sa mission; une petite fête fut donnée en l'honneur de Captain Savoy, mais il ne put pas y rester longtemps, car d'autres missions l'appelaient, et il demeurait mélancolique, car cette fête lui faisait penser à celle de ses noces, et il se languissait de sa femme. Les nymphes eurent beau s'efforcer de le dérider, il ne voulut point se laisser aller; il ne le pouvait.

Et c'est ainsi que cette nuit les enfants eurent leurs cadeaux. Car même s'il était vrai que le Père Noël n'existe pas, comme certains le prétendent, il faudrait bien savoir que c'est lui, saint Nicolas, qui inspire aux femmes et aux hommes le désir de faire des cadeaux aux enfants. Il agit invisiblement dans leur cœur. En quelque sorte il prend leur place, habitant à leur insu leur corps. C'est ce que voient les enfants en vision. Et en ce cas il faut dire que cette affaire du Père Noël kidnappé n'a pas eu lieu seulement cette nuit, mais durant plusieurs jours de la fin de l'automne. À présent l'hiver commence, et naturellement les dons célestes grandissent obscurément en chacun de nous, cherchant à honorer l'enfant spirituel qui est en nous. À cela toujours Captain Savoy aidera!

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